‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 26 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION

plongé les esprits. Le courant de l'opinion était clair et limpide, il ne Tétait que trop, ils ont voulu le troubler pou» pêcher à leur aise.

Ce sont là de misérables allures.

Ils allaient en être punis par l'impuissance. Ils se liguèrent. Ils furent dans les pouvoirs une majorité. Mais, chose étrange, chargés par l'union du président de la république et de la droite d'imprimer une direction aux affaires, ilsfurentdès le premier jour vaincus par leur propre mensonge ; ils ne purent rien affirmer. Ils niaient la révolution, mais ils ne pouvaient la remplacer. Ils se nommèrent bien le parti de Tordre. Mais quel ordre? L'ordre impérial, Tordre bourbonnien, celui des cadets, celui des aînés, ils n'en savaient rien: ils n'avaient pas le droit de le savoir. Ils s'étaient enfermés dans une négation incessante, ils s'étaient enfermés dans l'impossible : leur ordre c' était le vide, le pays ne voulait plus rien !

Qu'on s'en rende bien compte ! s'appeler Tordre ou la révolution, c'est une honteuse tactique sous laquelle s'abrite un mensonge. C'est tout simplement employer un stratagème, une fourberie, pour voler des influences et pour voler des voix.

Mettez Tordre aux voix, il aura l'unanimité.

Mettez y la révolution, elle aura la même unanimité.

Qu'est-ce que cela signifie donc alors?

Que le pays ne sait point les séparer, et que c'est surtout alors qu'il croit la révolution assurée qu'il est prêt à faire de l'ordre, que c'est alors que Tordre est établi qu'il songe à faire delà révolution.

Aussi profiter de ce sentiment d'ordre presque unanime pour tenter une contre-révolution, c'est aux yeux du pays une véritable trahison; lui dire que le vœu»qu'il exprime est incompatible avec l'idée révolutionnaire, c'est le rejeter brusquement vers elle. Il sait que désormais ordre et progrès sont synonymes et que l'heure du repos n'a point sonné. Ce qu'il demande, ce n'est point que le mouvement s'arrête, bien moins encore qu'il recule, mais au contraire qu'il s'opère avec prudence et régularité.

Je sais quel est le but final d'une telle lactique. A force de parler d'ordre en calomniant la révolution, à force de déclarer que l'on défend l'un en attaquant l'autre, on espère faire considérer les défenseurs du progrès comme des ennemis systématiques de l'ordre et de la paix entre les citoyens. On veut ainsi forcer les hommes à faire un choix entre des biens qui leur sont également chers, on s efforce d'abriter des intérêts mesquins, des questions de détail, sous ces grandes formules respectées de tous, et de vendre sous une étiquette sacrée des marchandises frelatées. Ce sont là de véritables faux politiques. Mettez donc aux voix l'air et le soleil, et vantez-vous de votre majorité !

Sachez-le bien, l'ordre et la révolution, ce sont là de trop grands mots pour qu'ils servent à ces querelles, ils ne sont pas à des partis, ils sont à la France, ils sont au inonde, ils sont au siècle et planent au-dessus de vos passions et de vos luttes d'un jour.

Ces tactiques appartiennent du reste aux minorités vaincues : quand elles n'osent plus montrer leur drapeau, quand elles se sentent enveloppées de solitude et de si-

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