L ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
Ces notions inséparables, l'ordre et la révolution, ayant été momentanément disjointes dans l'esprit des hommes, il dut résulter de ce fait anormal une véritable anarchie de l'opinion, et, privé d'une impulsion ou d'un appui nécessaire, tout gouvernement sérieux, c'est-àdire tout système politique s'appuyant sur une base solide et se dirigeant vers un but déterminé dut devenir impossible.
Il fallut obéir aux fluctuations de l'opinion les plus irrégulières et les plus inattendues, et s'exposer encore à la froisser au moment même où l'on espérait lui complaire.
Sous la préoccupation exclusive de l'ordre, un parti politique, oublieux de la révolution, se trouve privé des moyens de réaliser son rêve.
Et de même, du moment où la révolution se trouve posée comme l'ennemie de l'ordre, elle n'est plus qu'une aspiration sans but.
Aussi, sous l'empire de cet antagonisme factice, toutes les lignes politiques furent-elles flottantes, toutes les allures indécises, toutes les résolutions contradictoires, et les partis semblèrent frappés d'impuissance et d'aveuglement. Il en résulta bientôt une nouvelle cause d'erreur.
Il y eut une sorte de frayeur universelle, une époque de périls imaginaires. C'est que chacun, en se sentant si faible, si impossible, crut à la force de ses adversaires, à la fatalité de leur succès.
La faiblesse, la défiance et l'antipathie réciproques des diverses fractions de l'assemblée durent s'exagérer d'ailleurs sous l'empire d'une situation fausse qui, ne leur permettant pas d'agir avec loyauté, ne leur laissa que le choix des désaveux ou des fautes.
Cette situation fausse a dominé toute la polémique des partis. Elle eut les plus graves conséquences.
La voici dans toute sa netteté.
Par un singulier changement de leurs habitudes, les défenseurs des formes sociales se trouvaient en lutte contre le fait social le plus saisissais \ savoir : le gouvernement établi; ils étaient ennemis de la république.
Leur but allait être le renversement de cet ordre de choses.
Ils en étaient tout étonnés.
Mais pour entreprendre cette tache, ils ne pouvaient