‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 4 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION. îl · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION. îl

nient eux-mêmes. Ils n'ont été ni lâches ni niais ; et ce sont là des exagérations funestes. Voilà ce que nous espérons démontrer et nous croyons faire ainsi le premier pas vers la concorde; car, avant d'essayer de les unir en vue d'une œuvre commune, il faut tout d'abord les réconcilier avec leur conscience. Tant qu'ils seront agités de regrets ou de remords, ils seront agités de colère, et c'est une condition nécessaire pour vivre en paix avec les autres et pour les estimer que d'être calme de cœur et de s'estimer soi-même.

Celte œuvre conciliatrice consiste à montrer à la réaction la puissance invincible et la nécessité de la révolution, à l'opposition, la grandeur et la force de ses plus récentes conquêtes. Elles seront ainsi consolées toutes deux ; l'une en voyant combien les premiers élans qu elle se reproche ont été légitimes, la seconde en comprenant que ses fautes sont loin d'être irréparables et n'ont peutêtre pas même été sans utilité pour la cause du progrès et delà liberté.

Un déplorable malentendu masquait en effet le sens des élections du 10 décembre et du 13 mai. Dès lors, les pouvoirs constitués méconnaissant leur mission et le caractère même de leur mandat ne purent que rencontrer des impossibilités sans nombre.

Les partis dans une position fausse et mal comprise se trouvèrent enveloppés à la fois de ténèbres et d'obstacles invincibles. L'irritation dut augmenter chaque jour avec l'impuissance; il fallut récriminer faute de pouvoir agir, et de part et d'autre on fut plus effrayé de sa propre faiblesse que de la force de ses adversaires.

Ce sont là de ces situations dont il faut sortir à tout

prix, et lorsque les habiles et les tacticiens ont échoué, peut-être y a-t il encore une ressource dans la franchise, et nous croyons devoir en essayer.

Il est une cause d'erreur à laquelle les partis sont sujets : c'est leur tendance à confondre l'intérêt d'un principe avec celui des hommes qui l'ont proclamé. Nous sommes tous plus ou moins portés à considérer une idée comme notre propriété, alors même qu'elle est devenue l'idée de tout le monde. Quand les convictions d'une de ces associations politiques que nous nommons partis , acquièrent une puissance réelle par l'acceptation générale, c'est avec une étrange bonne foi que ces partis supposent que l'exploitation, pour ainsi dire, de ce nouvel état des esprits, le gouvernement, en un mot, leur appartient. Ils ne songent pas que ces convictions n'ont acquis valeur que par le consentement universel et que le gouvernement est de droit une chose commune dans la société, qu'il appartient enfin à tous les citoyens. D'autre part quand ces convictions surannées viennent à perdre leur valeur par l'abandon du plus grand nombre, ils se considèrent en quelque sorte comme spoliés par l'esprit humain, ne peuvent se résoudre à voir ainsi dépérir leur propriété, et songent, par tous les moyens, à lui rendre, fût-ce pour quelques jours, une partie de son prix.

Ce déplorable égoïsme les porte à sacrifier incessamment l'intérêt général à l'intérêt ou aux passions de quelques-uns ; ils en viennent à croire que les nations sont faites pour les gouvernements et non point les gouvernements pour les nations. Alors même que les peu-

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