LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION
cette influence momentanée pouvait être suivie d'une puissance définitive.
A cette influence, le parti de Tordre résistait. Voilà tout. Mais nous avons déjà maintes fois remarqué qu'il ne pouvait rien affirmer. D s'ensuivit que, faute de pouvoir le constituer au nom d'un principe ou d'une espérance, d'une doctrine, en un mot, ses chefs furent dans la nécessité de faire appel à une union toute matérielle.
On ne pouvait se reconnaître à des idées contradictoires, à des sentiments opposés ; on se reconnut à des votes communs.
Bien que volontairement acceptée, cette obligation de soumettre, pour maintenir une alliance factice, la conscience et l'intelligence individuelles à des volontés étrangères, semble quelque chose de monstrueux et d'incompatible avec la qualité de législateur.
Cette nécessité n'en a pas moins pesé de tout son poids sur les décisions et les actes de la majorité.
Elle eut sur la confection des lois une désastreuse influence.
Cette influence peut s'apprécier, surtout, par ces trois conséquences principales :
L'inutilité de l'opposition , L'abus de l'urgence, L'usage des lois provisoires.
L'opposition n'eut plus dan s le sein de l'assemblée d'autre mission que de maintenir par sa présence la majorité dans le cercle d'impossibilités où elle s'était enfermée.
Elle y trouvait tout avantage ; avec le drapeau de l'ordre, on ne fait pas de révolution; tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était d'empêcher la coalition, en se fractionnant, d'arborer quelque bannière plus expressive et plus dangereuse.
Une telle situation fut de part et d'autre acceptée.
Dans toutes les occasions où la majorité menaça de se débander, il ne fut jamais question, pour la rallier, de droit et de justice, d'un principe enfin ; un de ses orateurs montait ^à la tribune, battait le rappel et montrait l'ennemi.
On remportait à force de bulletins la victoire ; mais ce sont là des victoires de Pyrrhus.
Toute discussion devint dès lors inutile, elle n'agit plus qu'en sens inverse de l'effet qu'elle eût dû produire, et, même dans les œuvres de simple défense qu'elle allait essayer, la majorité se vit entraînée dans toutes les fautes que produit le défaut d'examen et de discussion.
Ce vice est celui de toutes les assemblées privées d'opposition, et nous venons de voir qu'en l'état des choses, il était plutôt exagéré que diminué par la présence de la minorité; souvent une faute eût pu être évitée; mais il suffisait que la gauche l'eût signalée avec quelque persévérance et quelque énergie pour qu'elle devînt inévitable.
C'est là le principal motif des dispositions véritablement extraordinaires de certaines lois. Or, quel que soit le motif qui rende une loi ridicule ou détestable, c'est toujours la majorité qui, seule, en porte le discrédit; aux yeux du public elle seule en est respon-
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