LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION. SI
sable, et c'est elle, en résumé, dont le vote a tout décidé.
Ce sont là des faits tellement élémentaires dans le gouvernement des assemblées, qu'il est incroyable que les hommes expérimentés qui dirigeaient la droite ne s'en soient point préoccupés.
C'est une vérité depuis longtemps reconnue, et qu'une sanction universelle a consacrée, que dans une assemblée délibérante , quelle que soit une opposition, jamais une majorité ne doit l'opprimer à ce point de se priver de ses observations et de son influence dans la discussion. Ceci n'est point uniquement dans un but de bienveillance et de politesse honorables; mais surtout pour ellemême et dans un intérêt bien entendu de gouvernement et de dignité. Mais cette conduite sage et mesurée suppose encore que la majorité soit unie par une doctrine qu'elle ne craigne point de voir entamer par les arguments de ses adversaires.
Ce n'est point ainsi que peut agir une coalition.
Il est évident qu'un parti qui n'est constitué que par la promesse de voter avec ensemble n'a que faire de la discussion.
Les meilleures raisons deviennent alors dans le for intérieur de la conscience, les accusations les plus pénibles, toute vérité semble un reproche, et l'appel aux meilleurs sentiments ne fait plus qu'irriter.
Autrefois on avait parlé d'oppositions systématiques; nous étions destinés à voir ce phénomène étrange d'une
majorité systématique.
Nous ne poursuivons pas cette critique dans un but mesquin de récrimination contre les personnes.
Nous savons tout ce qu'un tel point de vue aurait de faux et d'injuste, et combien dont les opinions sont le plus opposées aux nôtres, ont gémi de ces fâcheux résultats; ils étaient indépendants des volontés particulières et semblent avoir eu quelque chose de fatal.
Nous avons dit qu'ils avaient pour origine cette ignorance du sens des élections et du mandat de l'assemblée d'où naquit le grand parti de l'ordre, et de même qu'une fausse hypothèse vicie tout raisonnement, nous voulons montrer comment une appréciation politique mensongère vicie toute une situation.
Ici les preuves et les exemples abondent.
Il était impossible que la discussion ne finît pas quelquefois par s'établir et par modifier les résolutions de l'assemblée.
On n'est point tellement soumis à la discipline, que les sentiments ne puissent se révolter contre ses exigences.
Eh bien ! ces honnêtes tendances avaient alors les effets les plus bizarres ; les résolutions subites, les amendements les plus étranges s'entre-choquaient avec les fortunes les plus inattendues.
Dans ces jours de bon vouloir et d'indépendance, chacune des fractions de la majorité s'efforçait de modifier chaque article d'un projet suivant ses propres intérêts ou ses propres désirs; elles y réussissaient tour à tour; la gauche brochait sur le tout, et l'on arrivait à