‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 40 sur 228 · LIVRE l«r. LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE l«r. LES POUVOIRS ET L'OPINION

Tel est le sort du parti conservateur.

Telle est sa légitimité.

Mais lorsque la lutte entre le mouvement et la conservation prend un caractère excessif et s'exaspère sous l'empire des circonstances, il arrive que l'ensemble des droits et des libertés nouvellement conquis, ce couronnement des constructions du passé , qui n'est que le fondement nécessaire des constructions à venir, est menacé.

Quelquefois en effet, dans l'ardeur du combat, le progrès se produit avant d'avoir été bien compris ; il se présente alors sous des formes incompatibles avec les plus récentes conquêtes de ses propres défenseurs, circonstance fâcheuse qui ne tendrait à rien moins qu'à rendre le mouvement contradictoire et qu'à le faire tourner dans un cercle vicieux.

Plus souvent il arrive que le parti de la résistance, à bout de ses efforts, s'irrite contre cette nécessité fatale qui le contraint à céder, il comprend que le mouvement est un et que tous les progrès se tiennent; il ne se contente plus de résister, il entreprend de détruire les institutions nouvelles et les résultats acquis; il devient réaction .

Dans l'un et l'autre cas, lorsqu'ils sont restés fidèles à leurs antécédents, le rôle des hommes qui sont passés du camp du mouvement dans celui de la conservation est tout tracé ; c'est alors qu'ils sont utiles.

Ils ont les progrès accomplis à défendre.

Si l'attaque vient de leurs anciens alliés, ils ont à les

rappeler aux principes qu'ils ont ensemble fait autrefois prévaloir, ils ont à leur reprocher leur inconséquence et leurs oublis, et, s'ils persistent, leur mauvaise foi et leur palinodie.

Si le danger vient au contraire de leurs nouveaux amis, leur situation donne à leur parole plus d'autorité, et s'ils ne sont point écoutés, fidèles à leurs convictions, il leur reste à retourner dans les rangs du parti qu'ils avaient quitté, donnant ainsi par leur conduite un sérieux avertissement au pays.

Puisque j'ai cité dans une circonstance moins honorable le nom d'un de mes adversaires politiques, qu'il me soit permis de rappeler ici le discours de M. Odilon Barrot au sujet de la rétroactivité, lors de la discussion du projet de loi sur la déportation.

Mais lorsque ces hommes, si heureusement placés, oublient leur devoir le plus sacré; lorsque donnant eux-mêmes l'exemple d'une honteuse palinodie, au lieu de défendre leurs propres conquêtes, ils sont les premiers à les renier, les premiers à les attaquer, ce n'est point seulement une honte, c'est un crime.

En reniant ainsi tout leur passé, ils troublent la conscience humaine, ils sont des objets de scandale, ils enseignent, par leurs propres actes, à mépriser les croyances, l'honneur et la vérité, leurs fautes se multiplient, et cessent de leur être particulières ; ils ne sont point seulement adorateurs du mensonge et traîtres à leur foi, ils sont pères d'hypocrisies infâmes et générateurs de traîtres.

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