‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 41 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION

Mais, ce n'est point assez! Quand un progrès est réalisé, c'est que la nation l'a voulu; ils ne l'ignorent point ! eux qui, pour le conquérir, l'ont dit si souvent! Quand, par une lâche frayeur ou par une ambition avare, ils abandonnent ainsi leur conscience et leur mission, le pays s'arrête d'abord étonné, puis se rejette soudain, indigné, dans les bras de ceux qui persistent à défendre ce qu'eux auraient dû conserver. Ce sont là les conditions d'une révolution brusque, et les hommes de « progrès, trompés sur les intentions de ces nouveaux adhérents que l'indignation seule a portés dans leurs rangs, tentent d'en profiter pour établir des formes qui ne sont point encore attendues.

C'est ainsi que par la faute de ces hommes le pays est le jouet de secousses imprévues et rapides ; c'est ainsi que par leur faute la conservation est entachée d'hypocrisie, et, par leur faute, le progrès est entaché de violence.

Ce n'est point tout encore. Toute chose, quelle que soit sa nature conserve toujours une trace de son origine.

Ce n'est pas avec des abstractions pures que l'on obtient un sentiment de la part des hommes. L'on a beau dire à tout propos que la loi doit être respectée, cela certes, est fort désirable, mais il ne suffit pas de le dire pour qu'il en soit ainsi; il faut encore qu'elle soit entourée de toutes les conditions qui produisent le respect.

Or, il est certain que le mépris pour les hommes rejaillit toujours sur l'œuvre à laquelle ils ont concouru, le mépris pour certains actes sur l'œuvre à l'occasion de laquelle ils se sont produits.

C'est ainsi que les hommes dont nous parlons compromettent tout ce qui conserve encore quelque autorité.

C'est ainsi que le mépris de leurs personnes rejaillit sur les institutions et que dè la société se retire toute considération et tout respect. Aussi leur appui devientil toujours plus funeste qu'utile, et malheur aux gouvernements qui ne savent point repousser ces instruments avilis !

Ces hommes apparaissent d'ordinaire à la suite des révolutions ; ils surgissent comme les champignons après les orages ; il ne s'en montra jamais un plus grand nombre que dans ces derniers temps. C'est un triste signe d'abaissement moral dans les régions gouvernementales.

Leur intervention parut surtout anormale et repoussante dans la production et la défense des mesures dont nous allons parler.

Ils nuirent beaucoup à la considération de la majorité et furent pour elle, ainsi que pour le pouvoir exécutif, une cause incessante de discrédit.

Ils se mirent facilement en avant, et furent souvent les promoteurs des mesures les plus dangereuses et les plus antipathiques aux sentiments du pays. Cela se conçoit.

Dès l'abord ils n'eurent plus rien à perdre.

Ils eurent toujours des gages à donner.

S'il est une chose certaine, pour quiconque étudie cette matière, c'est que toute loi provisoire est une loi d'exception.

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