LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION
de guerre, et des instruments de lutte. Ils ne compromettent que leurs auteurs.
Il ne saurait en être de même quand ils sont mis en œuvre par ceux qui s'intitulent les défenseurs de la société. Ils compromettent ainsi ce qu'ils voulaient défendre, ils font descendre le droit social au niveau des intérêts et des haines de partis.
Il est alors de grandes chances pour que la société soit bientôt elle-même considérée comme un parti.
Que l'on veuille bien y réfléchir!
C'est là, certes, le plus grand danger qu'elle puisse courir.
C'est pourquoi le gouvernement qui Ja représente, quand il assure qu'elle est en péril et prétend la défendre, doit surtout se préoccuper de ne rien faire qui puisse amener une telle confusion. #
C'est alors surtout que ses actes doivent être empreints de plus de sérieux et de gravité, c'est alors qu'ils doivent témoigner de plus de largeur et d'impartialité.
Mais, je l'ai déjà remarqué, le grand vice de la majorité fut de conserver au pouvoir toutes les habitudes et le caractère d'une opposition.
C'est ainsi qu'elle ne cessa point d'être un parti, même alors qu'elle était un gouvernement.
Ce fut là son erreur, et ce fut là sa faiblesse.
Ce qui rend de tels résultats dignes d'examen et ce qui peut en faire jaillir un enseignement sérieux, c'est qu'ils ne furent point un acte de la volonté libre et spon-
tanée de l'assemblée. Ainsi le provisoire fut pour elle le résultat d'une sorte de capitulation de conscience et servit surtout, comme nous l'avons d'abord dit, à rassurer quelques esprits timorés.
L'assemblée se trouvait sur une pente fatale. Bientôt la situation fut telle, que la droite dut renoncer à tout ce qu'elle avait entrepris, ou se servir de lois à ses propres yeux entachées d'arbitraire et d'excès. Quelques-uns s'émurent. On lit alors valoir auprès d'eux le provisoire comme une atténuation, on parla de nécessité, de sacrifices à l'union, et l'on sut obtenir ainsi qu'ils livrassent à bail la justice et la vérité, qu'ils n'eussent pas osé vendre.
Il est rare que dans une telle voie l'on ait le courage et la force de s'arrêter, et, lors même que l'on voit tout le vice et tous leg dangers d une direction, on se croit obligé de ne pas abandonner les siens. C'est pourquoi les partis accomplissent pour leur propre défense des actes auxquels les hommes qui les composent ne consentiraient jamais s'il ne s'agissait que de leur propre vie.
Aussi, la grande faute de la majorité fut-elle la précipitation et l'imprévoyance avec lesquelles elle fixa son point de départ et sa ligne de conduite.
De ce jour, tous ses actes, devenus indépendants de sa volonté, se succédèrent comme des conséquences fatales des fausses données qu'elle avait acceptées. Elle fut prise dans la logique des faits et de sa position comme un ruban dans un laminoir. Elle n'eut plus qu'une destinée, y passer tout entière; et qu'une ressource, se rompre pour se sauver.