‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 45 sur 228 · LIVRE 1". LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE 1". LES POUVOIRS ET L'OPINION

C'est là le dernier moyen qu'une coalition songe à employer, elle tente auparavant tout pour y écbappeT.

Les chefs des partis coalisés avaient reconnu les périls et les difficultés de la situation ; ils attendaient qu'elle devint meilleure et se tenaient à l'écart. Or, ils attendaient en vain, ces difficultés ne pouvaient que croître et cette situation qu'empirer. Aussi bientôt cet acte de prudence ne leur fut plus permis : chacun sentait l'abîme où marchait la réaction. Le pays s'éloignait, les prévisions s'assombrissaient, les complications augmentaient, tous les ressorts étaient tendus et les forces s'épuisaient.

La majorité ne voulait pas encore avouer que de telles conséquences tenaient à son défaut de principes communs et à son ignorance de l'état de l'opinion ; elle n'eût plus eu de raison d'être.

Elle crut devoir les attribuer à l'absence de direction de la part de ses chefs; elle menaçait de se dissoudre, il fallut employer la réserve.

Je ne crains pas d'affirmer que, dans cette tentative pour échapper à la nécessité, cette réserve fut considérablement amoindrie.

Il est des situations soumises à des lois invincibles. Contre ces lois, rien ne peut, ni science, ni talent, ni courage.

Pour gouverner les hommes, il faut une doctrine. Ni contrat, ni convention, ni réunion du conseil d'État , ni complots n'y suffisent. Si vous voulez être, soyez unis par votre amour et non point par vos

haines, soyez-le par votre espoir et non pas par vos craintes.

Ayez une idée ; proclamez votre idée.

La majorité se disait la société. Mais la société sans doute se connaît un but, un idéal, une mission, elle n'est pas une résistance aveugle, une immobilité, elle poursuit une pensée.

Cette pensée, il fallait la dire.

Non ! la majorité n'en savait rien et ne pouvait rien dire : elle n'était pas la société.

Le moment arrivait d'ailleurs où la pensée sociale allait se séparer d'elle d une manière éclatante. Ceci n'est point à discuter. La coalition des partis allait elle-même en faire l'aveu; contre cette déclaration évidente, elle allait lutter.

Une pareille résolution équivalait à la dissolution du grand parti de l'ordre.

Mais avant de caractériser les actes principaux de ce parti, nous devons insister sur le vice organique par lequel se manifesta la situation réciproque des diverses fractions de l'assemblée.

Il en est du règlement, dans toute réunion d'hommes, comme d'une constitution dans une société ; de même qu'on peut juger de tous les vices et de toutes les qualités d'un peuple par l'étude intelligente de sa constitution, de même, dans le règlement d'une assemblée, se reflètent tous ses défauts et se peint la situation des partis.

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