‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 52 sur 228 · LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I". LES POUVOIRS ET L'OPINION

« Je vais dans la nuit à la conquête du jour.

« Je suis un peuple et je veux vaincre !

« Je suis un homme , et je veux lutter!

« Contre ces voûtes noires dont l'obscurité m'en- « chaîne , je frapperai sans relâche avec l'acier; et j'en « ferai jaillir assez d'étincelles pour m'éclairer. »

Allons donc, compagnons ! et frappons ensemble !

Le véritable correctif de cette tendance inquiétante à nier l'autorité du principe de la délégation de la souveraineté, tendance qui dissout tout notre système gouvernemental , est dans un symptôme au premier abord tout aussi inquiétant : je veux parler de l'affaiblissement de l'autorité des lois écrites :

Ces lois ont en effet présenté dans ces derniers temps des caractères si faux et si contradictoires, que chacun a pris l'habitude de les juger. La faiblesse des discussions, la violence dépourvue de dignité de certains débats, la légèreté de certains votes, tous les défauts enfin que nous avons signalés dans le corps législatif, n'ont fait qu'aggraver ce symptôme. La tendance générale à faire de la loi une arme de parti s'est unie à ces causes déjà suffisantes. Ainsi la loi s'est vue critiquée, puis jugée dans sa nature, dans ses dispositions, dans son origine et dans son but ultérieur. Elle s'est trouvée livrée à la dispute des hommes ; aujourd'hui cela semble si naturel que l'on ne conçoit guère qu'il en puisse être autrement. Cest là en effet un résultat inévitable du gouvernement représentatif ; les fictions gouvernementales ne peuvent jamais se prolonger longtemps,

espérer le contraire n'est qu'une illusion; et l'on ne peut discuter le législateur avant son élection sans le discuter bientôt après elle ; on ne peut de même discuter les lois avant leur promulgation sans les discuter ensuite; enfin l'on ne peut discuter la culpabilité sans se laisser entraîner à discuter le jugement.

Telle est la nature humaine et quelles que soient les conventions plus ou moins habiles des faiseurs d'institutions, elle reprend toujours ses droits.

Mais s'il est vrai que ce résultat doive être nécessairement atteint, il dépend de l'inintelligence ou de l'habileté des gouvernements de faire qu'il se produise trèsrapidement ou bien qu'il soit retardé.

Cette tendance critique est singulièrement activée par la fréquence des modifications apportées aux lois et par la variété des décisions législatives sur le même sujet ; les lois perdent alors leur caractère de durée, et l'on ne saurait exiger des hommes qu'ils respectent des prescriptions qui ne semblent plus être que le jouet des circonstances et des opinions individuelles, quand encore elles ne sont pas contradictoires, et n'affirment pas four à tour le pour et le contre ; ce qui n'est que trop fréquent.

Enfin rien n'est plus propre à mettre ainsi les lois en cause devant le tribunal de la raison et de la conscience individuelle, que de modifier celles qui règlent des droits universels ou des libertés très-chères au [plus grand nombre; ce sont là des conditions qui prédisposent à cet esprit d'examen dans le moment même où l'irritation et la passion sont le plus excitées; et c'est dans ces circonstances, qui mettent en mouvement tous

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