‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 60 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. m · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. m

une garantie, change de nature et n'est plus qu'un odieux raffinement de despotisme et de tyrannie ! Aussi est-il reconnu que le jury suppose le jugement en équité, que le jugement en équité suppose le jury. Nous ne devons donc considérer ces deux formules que comme les expressions d'un seul et même principe, et nous allons tirer les conséquences de cette identification de la souveraineté du peuple et de la souveraineté de la conscience et de la raison.

Ce ne sont encore là, comme nous l'avons déjà dit à propos de l'ordre et delà révolution, que les deux aspects d'une même entité : l'âme et le corps, la forme et l'idée. La souveraineté de la conscience et do la raison, voilà l'âme, voilà l'idée; la souveraineté du peuple, voilà son corps, voilà sa forme. Et c'est en voyant la justice jaillir de cette souveraineté dans les institutions qui jouissent de plus de respect et de véritable autorité, qui se maintiennent sans armes et sans violence, grandissent et deviennent puissantes, tandis que tout s'affaiblit, se déconsidère et décroit autour d'elles, que nous acquérons le droit de répéter cette affirmation dont le sens n'avait peut-être pas été bien compris : La création de l'ordre n'est aujourd'hui que la réalisation des formes que la révolution a pensées.

La reconnaissance de ce grand principe de souveraineté nouvelle qui n'est plus pour nous que la conscience, devenue législateur et la raison devenue juge, entraîne de puissantes conséquences. Jusqu'à ce temps, la société fondée sur une autorité religieuse dogmatique avait une

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origine divine; elle dominait ainsi la conscience et la raison individuelles et tendait logiquement, c'est-à-dire légitimement, à s'imposer à toutes les consciences, à toutes les raisons. Aujourd'hui, l'individu recevant de la vérité, par sa conscience, une révélation permanente, et l'appliquant incessamment au jugement du monde, par sa raison, il se fait centre et souverain, et tend logiquement, c'est-à-dire légitimement, à modifier la société conformément à sa conscience et à sa raison.

Autrefois, l'homme était dit mauvais, la société parfaite. Au nom de son droit divin, elle agissait sur le fait humain et le moralisait, c'est-à-dire le rendait par l'éducation, la menace ou la force, semblable à elle. De ce jour, l'homme est dit bon, la société imparfaite ; au nom de son droit divin, il agira sur le fait social et le moralisera, c'est-à-dire le rendra par la parole efc l'action, en d'autres termes, par l'enseignement et le travail, semblable à lui.

Comme, en raison du dogme religieux et social, l'homme s'était fait par le péché originel une seconde nature qui venait de lui seul et point de Dieu, cette grande conséquence peut se formuler ainsi.

« La société était d'origine parfaite, de droit divin.

« L'homme était d'origine souillée, de droit hu- « main.

« L'homme sera désormais dit d'origine divine.

« La société sera dite d'origine humaine.

Telle est la formule fondamentale de la révolution moderne, elle sort ainsi des limites d'une nation, agite l'Europe entière et devient la révolution de la chrétienté. Cette formule comprend le mouvement dérao-

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