LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
Dans la société romaine tout avait pour but la grandeur et l'existence de cette Rome reine entre les nations et qui devait gouverner tous les peuples. La justice était ce qui convenait à Rome; la vérité ce qui plaisait à Rome. Rome était pour le Romain la mère et la fille, le but et la cause de tout, le commencement et la fin, le droit, la force et la vertu. Rome était l'infini, l'idéal, en un mot, le véritable et le seul Dieu du Romain. Tout se rapportait à elle et toute faute contre elle s'expiait devant elle; le principe du droit judiciaire était donc à Rome l'intérêt et la gloire de Rome, le crime c'était ce qui nuisait à Rome, et le but de la répression c'était l'expiation devant Rome.
Un des caractères sociaux les plus importants de la grande révolution produite par le christianisme, fut la modification de ce principe. Dieu étant désormais en dehors de la société, celle-ci n'eut plus pour mission que de préparer les hommes, en les améliorant, à paraître devant celui par la volonté de qui toute expiation devait se faire ; le principe du droit judiciaire chrétien fut donc l'autorité d'une doctrine supérieure à la société, le but de la répression fut la moralisation du coupable.
Nous pouvons ainsi construire ces trois termes successifs de la série judiciaire dans l'histoire. Série double par son origine et ses effets :
La société idolâtre d'elle-même, et le droit d'expiation;
La société expression d'une doctrine, et le droit de moralisation ;
La société expression de la liberté, et le droit de défense.
Ce simple rapprochement fera comprendre toute la grandeur et la portée de la révolution moderne. Ce sont là les marches de l'échelle humaine, et pour en monter une, dix-huit siècles d'efforts, le sang des martyrs, l'épée des héros, la voix des penseurs et les élans des nations ont à peine suffi.
Ceci seul doit faire comprendre combien les idées et les formes de la démocratie moderne devront s'éloigner des idées et des formes des républiques antérieures au christianisme. C'est une vérité que l'on ne doit point se lasser de répéter que dans la donnée chrétienne, les formes les plus autocratiques et les plus absolues, sont encore de beaucoup plus libérales et plus respectueuses à l'égard des personnes et de leurs droits, que les formes en apparence les plus démocratiques et les plus libres des anciennes sociétés.
Ce n'est point vers elles que nous pouvons revenir, mais c'est vis-à-vis du catholicisme que nous avons à faire ce que le christianisme a fait vis-à-vis d'elles.
Je ne m'arrêterai pas à montrer combien, sous l'empire du nouveau principe, la loi pénale doit tendre à s'adoucir, cela est évident, et désormais tout ce qui dépasse, dans la peine, la limite imposée par les nécessités de la protection et de la défense des personnes et de leurs droits est une injustifiable cruauté.
La société ne puisant plus sa raison d'être quo dans une autorité humaine, elle ne saurait jouir de droits qui