LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
Allons! faites couler son sang, lentement, goutte à
goutte à ce sang donnez le temps de renaître! il faut
qu'il en répande autant qu'il en a fait répandre! Arrachez de sa poitrine autant de cris qu'il en a fait pousser! de ses yeux autant de larmes qu'il en a fait verser! Cette histoire des martyrs on vous en a bercé ! Rome agissait ainsi. Vous proclamez son principe et son droit! Imitez 1 essayez I non ! vous ne le voulez pas. L'humanité devant vous reculerait d'horreur! vous reculez vous-mêmes! eh bien! alors! que signifient ces mots que vous prononcez sans savoir ce qu'ils disent? Allons! vous n'êtes pas méchants ! vous êtes ridicules ! on rit de vos expiations qui n'en sont point, et de vous et, par malheur, de vos lois.
0 honte! il a fallu vivre en ce temps pour entendre des législateurs parler de lois inexécutables et menaçantes.
La loi ne dit jamais que ce qu'elle exécute ; elle sait agir ou protéger ou frapper; elle ne sait point dormir, ou promettre ou menacer.
Le prétendu droit d'expiation n'est plus qu'un motif d'avilissement des lois. Cela est grave; mais ce qui peut l'être davantage, c'est le maintien de l'attentat.
L'attentat cessant en effet^d'être définissable, l'abus des accusations devant une justice exceptionnelle peut devenir excessif, hors de toute proportion avec ce qu'on peut prévoir. Comme l'attentat rentre désormais dans les crimes contre les personnes, les limites de la juridic-
tion prétendue politique deviendront tous les jours plus insaisissables, et, Dieu veuille que nous ne voyions point renaître cette série d'accusations d'attentats et de crimes contre la majesté du peuple, qui déshonore l'histoire judiciaire de l'empire romain.
Attentat contre la souveraineté du peuple! expiation devant le peuple souverain! C'est ainsi qu'après dix-huit siècles nous voyons reparaître ces formules oubliées ; la contre-révolution nie le christianisme pour se défendre, et c'est ainsi qu'elle tend, contre la volonté du peuple, à faire de la souveraineté du peuple et de la révolution un instrument de tyrannie au lieu d'en faire une expression de liberté.
Quand j'entends ces mots : la majesté du peuple, la défense de la société, je sais ce que cela veut dire, et j'entends : tyrannie! J'aime mieux les rois, et j'aime % mieux les chrétiens. Qu'on me ramène aux carrières !
Quand j'entends au contraire ces mots : la majesté de la conscience et de la raison, la défense des droits de l homme, cela plaît à mon oreille; je reconnais la Révolution, et j'entends : liberté!
De tout ce qui précède, nous voulons tirer une conséquence de politique pratique, et conclure à une ligne de conduite gouvernementale. S'il en était autrement, ces considérations seraient au moins inutiles, et nous auraient singulièrement écarté du but que nous nous som mes proposé !
Nous avons rencontré dans cette étude sur le mouvement révolutionnaire de l'opinion deux symptômes cri-