‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 66 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

tiques des plus menaçants : l'amoindrissement des pouvoirs constitués et des idées qui leur ont longtemps servi de base; l'amoindrissement des lois écrites.

Nous avons conclu à un mouvement dans une direction dont nous avons caractérisé la tendance absolue, en ces termes : le peuple législateur et juge, la loi vivante.

Nous avons ensuite montré cette tendance dans les institutions modernes qu'elle a déjà réalisées. Nous avons nommé quelques-unes de ces institutions, et, certes, nous espérons que leur énumération seule est de nature à calmer toutes les frayeurs qu'eussent pu causer nos premières affirmations.

Bien loin, en effet, que ces institutions apparaissent sous des caractères de violence ou de désordre, ce sont, au contraire, celles qui sont le plus fortement frappées du cachet de l'ordre et de la liberté. Elles semblent universellement acceptées, chacun de leurs actes est naturellement sanctionné par l'opinion, elles jouissent d'une véritable autorité.

Nous avons fait voir qu'en raison même de leur principe, elles sont en lutte contre les pouvoirs législatif et exécutif, et tendent à les envahir ou à les subalterniser ; on peut prévoir l'issue de cette lutte par cette seule observation, qu'elles s'étendent en fait et grandissent dans l'opinion en même temps que les pouvoirs dont nous parlons s' amoindrissent et dans leur principe fondamental etdans leurs représentants.

Voilà que se dessine ainsi la grande et véritable question politique de ce jour.

Les deux pouvoirs acceptant cet amoindrissement nécessaire, doivent-ils développer avec prévoyance et rapi-

dite ces germes excellents d'une grande et nouvelle autorité destinée à se substituer à leur propre autorité qui s'éteint?

Ou bien,

Les deux pouvoirs résistant au mouvement de l'opinion, doivent-ils, au milieu des assertions et des actes les plus contradictoires, s'efforcer de jeter le doute dans tous les esprits, le trouble dans toutes les consciences? et, dans leur lutte contre l'avenir et le progrès, doivent-ils, plutôt que d'accepter leur amoindrissement, combattre ces institutions, empêcbcr ainsi le développement de toute autorité nouvelle, et conduire, au bout de leurs efforts, l'ordre social au plus effroyable cbaos ?

Poser la question, c'est la résoudre.

En somme, il ne s'agit que de ceci :

Au nom de la souveraineté du peuple et de la liberté de conscience, faut-il s'imposer aux consciences et gouverner les peuples? ou bien, faut-il habituer les peuples à se gouverner eux-mêmes par leur raison et leur concience?

Faut-il enfin vivre dans le mensonge et l'hypocrisie, pour quelques lambeaux de pouvoir chèrement disputés? ou faut-il vivre dans la paix et dans la liberté?

Qu'y a-t-il donc à faire?

Etendre la juridiction du jury, éviter d'amoindrir son autorité en créant des tribunaux en apparence plus élevés, haute cour de justice ou autres; l'introduire dans les procès en police correctionnelle et dans les procès

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