LIVRE II. Là LIBERTÉ DE CONSCIENCE
rité, nous montrerons comment le pouvoir ne peut jamais être qu'un instrument entre les mains de l'autorité.
La véritable cause des erreurs gouvernementales et des troubles politiques de ce temps vient de la confusion qui s'est faite entre ces deux mots. C'est comme si Ton confondait l'outil avec l'ouvrier, le bûcheron avec la cognée ; enûn la plupart des hommes semblent arrivés à ce degré d'inintelligence de ces pauvres animaux qui se précipitent sur la pierre qui les a frappés au lieu de se retourner contre la main qui l'a lancée.
La révolution n'étant qu'un changement absolu dans la nature et la place de l'autorité, il s'ensuit que le mouvement des esprits et des choses tend à favoriser le pouvoir, quand il devient un instrument soumis à l'autorité nouvelle, et tend au contraire à l'amoindrir quand il se retourne contre cette autorité nouvelle, au nom de l'ancienne autorité.
C'est ainsi quand on craint que le pouvoir ne blesse, qu'on l'émousse comme les couteaux que l'on donne aux enfants; mais qui peut ignorer qu'un couteau est fait pour couper, et que s'il n'a point de tranchant, il peut encore embarrasser, mais il est à coup sûr inutile?
Aussi la grande question politique, ce n'est point d'annuler le pouvoir, et chacun le sait bien; mais c'est de le rendre obéissant et de savoir s'en servir.
Or, l'autorité résidant autrefois dans une doctrine (le christianisme) , le pouvoir, instrument de cette doctrine, agissait sur les hommes au nom de cette autorité ;
il pétrissait, taillait et dirigeait ainsi les peuples : tel était son droit, et telle était sa mission.
L'autorité résidant aujourd'hui dans la masse des citoyens, de par la liberté de la conscience et de la raison, le pouvoir, instrument de l'opinion, peut agir sur les choses au nom de cette autorité, il organisera, dirigera les affaires (nous étudierons plus loin sa mission) ; mais il ne pétrira ni ne dirigera plus ni l'opinion ni les hommes : tel ne saurait être son droit, telle ne saurait être sa fonction.
C'est toujours l'histoire des petits couteaux. Aussi l'opinion agit-elle sur le pouvoir comme une meule : quand il la blesse, elle l'émousse; quand il lui obéit, elle l'aiguise.
C'est pourquoi la direction des esprits appartient désormais à la liberté, et l'action du pouvoir tend toujours à se matérialiser; sacré par l'opinion, il est l'instrument avec lequel elle agit sur les choses, il ne peut jamais être employé contre elle et réagir utilement sur l'esprit public. Cette tendance est une contradiction, elle tient à de vieux préjugés, à des habitudes qui n'ont plus de raison d'être, et cependant tous les pouvoirs l'ont manifestée.
Le rôle du pouvoir n'est plus de faire des lois, mais des affaires. Légiférez un peu moins, administrez un peu mieux, obéissez, étudiez, et ne dirigez plus : voilà les conditions de l'ordre, du progrès et de la liberté.
Ces conditions sont essentiellement favorables au pouvoir exécutif : cela ne saurait être nié.
Il faut donc distinguer la période pendant laquelle