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LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

Le pouvoir enfin ne peut être désormais qu'un serviteur ou qu'un ennemi. Il ne peut plus être un guide.

L'autorité, d'autre part, n'est plus que dans les consciences et dans les raisons, c'est-à-dire dans les opinions.

Si l'on n'organise pas la souveraineté de l'opinion publique, les partis s'organiseront eux-mêmes, et l'on subira la souveraineté de ces opinions restreintes. On se révoltera contre elles; après bien des luttes, après des malheurs irréparables, après des combats acharnés, on finira par où l'on eût dû commencer.

Ne vaudrait-il pas mieux commencer de suite?

L'expérience enseigne tout, je le sais, et peut-être estelle nécessaire au développement des sociétés; mais l'on ne peut songer sans douleur à cette nécessité, car l'expérience est un rude professeur, et ses enseignements sont cruels.

Je n'ai sans doute pas besoin de préciser ici que par ce mot : dictature, je n'entends pas seulement le gouvernement d'un seul homme : des comités ou des conseils de ministres agissant sans contrôle ou sous la présidence d'un homme nul, constitueraient des oligarchies probablement plus violentes et plus oppressives qu'un dictateur unique.

Quoi qu'il en soit, il est certain que partout une tendance favorable au pouvoir exécutif dispose aujourd'hui les esprits à chercher une solution aux difficultés delà situation, et l'accomplissement de leurs désirs po-

litiques dans l'action de ce qu'on appelle un pouvoir unitaire et fort

Ce qui fait de cette tendance un mouvement invincible, et ce qui montre combien elle est dans les nécessités de l'époque, c'est qu elle est partagée par ceux-là même qui sont le plus opposés au pouvoir exécutif. Ceuxci, préoccupés également de ce besoin d'action et d'unité dans le pouvoir et favorables au parlement, s efforcent de rechercher des combinaisons électorales destinées à lui donner le caractère d'unité qui lui manque. C'est ainsi qu'on a proposé de faire nommer les représentants par toute la France. On espérait imprimer, par ce moyen, à la représentation un plus grand caractère d'unité ; d'autres moyens ont encore été proposés. Il est inutile d'en faire la critique ; un grand fait domine l'existence et fixe le rôle des assemblées électives nombreuses : toutes leurs résolutions sont déterminées par la discussion. Or, la discussion suppose inévitablement des idées différentes, des doctrines opposées ; dans une assemblée, si elles n'existaient pas, il faudrait les créer. Aussi, quoiqu'on fasse, le parlement restera, par sa nature, un instrument de critique, d'examen et de contrôle. Telles sont ses fonctions, et l'on ne saurait l'en détourner sans violenter la nature des choses. Il est du reste très-heureux qu'il en soit ainsi. Certes, il ne viendrait à personne l'idée de faire du pouvoir exécutif le contrôleur et le surveillant de l'assemblée. Or, si l'assemblée agit et décide de tout, où sera donc le contrôle et le recours contre ses décisions? L'élection à venir, dira-t-on, c'est bien loin, et c'est un peu tard quand le mal est fait. Il reste l'insurrection. Voilà certes un joli moyen

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