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LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

est si vrai, qu'à une époque et surtout en une matière où l'on n'avait pas un intérêt politique à embrouiller ces questions, il fut proclamé que tout contrat personnel était nul de soi. Parce qu'il est en effet contradictoire de partir du droit que l'on a de disposer de soi-même pour aboutir à se priver de ce droit. Peut-on déléguer sa conscience et sa raison?

Si j'appuie sur une notion si claire, si évidente par elle-même, c'est que depuis quelque temps on s'est efforcé de l'obscurcir. Un des procédés habituels aux hommes dits habiles est, lorsqu'ils n'osent nier ouvertement un principe, de le proclamer des premiers tout en en déduisant des corollaires qui n'en sont que la négation effrontée. C'est ainsi que l'on affirme avec une merveilleuse assurance que les pouvoirs délégués par le peuple l'ayant été de par sa souveraineté, en ont reçu les droits et le dépôt, et sont devenus eux-mêmes le souverain en vertu de cette délégation.

Les masses ont été vivement frappées d'un tel abus et de ses conséquences. Une de leurs préoccupations les plus constantes est aujourd'hui d'enfermer leurs re-. présentants dans le cercle de leur mandat. Elles ont été, pour assurer le maintien de leur souveraineté, jusqu'à chercher les moyens légaux de retirer ou de restreindre le mandat, et d'annuler la délégation.

Ce sont là de fâcheux expédients, de nature à donner l'apparence du caprice aux actes les plus sérieux ; ils sont plus dignes d'enfants qui ne savent ce qu'ils font, que de la sagesse et de la résolution d'hommes graves et réfléchis. On n'obtiendrait d'ailleurs nullement ainsi le but que l'on se propose. Il n'y faut point songer. Ce

qu'il faut , c'est conserver la souveraineté , toute la souveraineté; ce qu'il faut, c'est ne jamais se départir du droit de sanction , et pour arriver à ce résultat, il faut étendre à tous le droit de juger, et de juger avec leur seule conscience, avec leur seule raison.

Or, si tous doivent être juges en équité, il faut que tous puissent juger équitableraent.

Quelles sont les conditions du jugement équitable?

Ces conditions sont de deux sortes : les unes s'adressent à la conscience, les autres à la raison.

Pour que le jugement en équité soit vrai, il faut en effet que le juge obéisse à sa conscience, et qu'il soit guidé par sa raison.

Or, s'il est une chose certaine, c'est que le bonheur est le but de tous les efforts des hommes, c'est qu'il leur semble tellement la fin de leur destinée, qu'ils regardent comme faux et injustes toute organisation et tout ensemble de rapports qui s'opposent à cette cause finale de leurs efforts, au lieu de la favoriser.

Une conséquence» découle de cette seule observation : la conscience du juge en équité ne saurait accepter l'organisation et les rapports sociaux qu'à cette condition qu'il lui semble être aidé dans sa tendance au bonheur par cet ensemble de rapports et par cette organisation.

Pour être compatible avec le jugèment en équité, pour être défendue par lui, l'organisation sociale doit donc être ennemie de la misère et de la douleur, et leur faire une guerre réductive.

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