‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 85 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

société, pour rendre un arrêt utile à l'ordre social. -

Les conditions qui établissent la compatibilité d'une organisation sociale avec le jugement en équité sont donc que cette organisation garantisse au juré le bienêtre et Y instruction, et cela, au minimum, jusqu'au nécessaire et à l' écriture, et nous entendons par ces deux mots: l'existence des vieillards, de la femme et des enfants, la connaissance des premiers rudiments de l'instruction la plus élémentaire : il faut que le juré sache au moins, lire, écrire, compter.

Telles sont les limites les plus étroites, le point de départ le plus rapproché possible du développement ultérieur de V instruction et du bien-être de tous. C'est à ce point que la société doit parvenir si elle ne veut périr. Le jugement en équité se généralisera par la force des choses, et si ces conditions ne sont point réalisées, au lieu d'être une force organique et protectrice, il ne sera qu'une arme d'attaque et de destruction.

La conservation intelligente est donc aujourd'hui dans le développement rapide des institutions d'instruction et de garantie.

Il est superflu que j'examine si cette tendance est indiquée par un mouvement de l'opinion, nul ne peut ignorer combien dans ces derniers temps ces questions ont agité les esprits. Ce sont les conséquences sociales de la souveraineté du peuple et du jugement en équité.

Or, si toute autorité déléguée s'éteint et s annihile sous l'action incessante du grand principe de la liberté •

de la conscience et de la raison ; si ce principe devenu souveraineté du peuple peut seul créer une autorité susceptible de lui résister par la généralisation du jugement en équité ; si telle est enfin la seule ressource d'ordre social qui nous soit laissée ; si d'autre part le jugement en équité n'est un moyen de conservation que dans une société qui assure au juge au moins le minimum d'instruction et de bien-être que nous avons désigné par ces mots le nécessaire et Y écriture; si le jugement en équité devient d'ailleurs une tyrannie instable et monstrueuse tant que tous ne sont point aptes à devenir juges; s'il en est ainsi, il est non-seulement urgent et convenable,* mais de la plus absolue nécessité de préparer Tordre social à cette souveraineté nouvelle par des institutions puissantes d'instruction publique et de bien-être.

Nous devons encore ajouter quelque chose à ces considérations pour les compléter et en justifier l'harmonie.

Nous avons déjà remarqué que la souveraineté ne saurait se déléguer; à plus forte raison, ne saurait-elle se louer ou se vendre : or, comme il est de la nature de la souveraineté de la conscience d'être essentiellement personnelle, toute vente ou tout louage, tout marché enfin de la personne ou de ses attributs est contradictoire à ce principe de souveraineté et finit bientôt par en devenir la négation pratique absolue.

Dès l'instant où nous avons reconnu que le but de la révolution était de substituer le droit divin de l'homme

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