LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
Ainsi s'accomplit l'anéantissement fatal et définitif de l'Église et de la royauté par celui des institutions puissantes qui les avaient longtemps représentées» et qui, désormais, doivent être transformées pour devenir aptes à représenter l'autorité nouvelle.
Nous n'appuierons pas sur cette conséquence nécessaire, elle devait être prévue. Nous nous contenterons de remarquer, d'une part, l'impossibilité de réaliser l'amélioration matérielle du sort du plus grand nombre tant que la partie de la population la plus forte» la plus active, la plus propre à la production, sera maintenue dans un état d'improductivité absolue. En somme, on ne peut convenablement augmenter le bien-être, c'està-dire la part de chacun dans les produits, qu'en augmentant la somme des produits. Il faut, pour cela, augmenter la somme des producteurs : or, il est de l'essence de l'organisation de l'armée de diminuer cette somme de producteurs de la manière la plus fatale.
D'autre part, nous signalerons l'antagonisme des instituteurs primaires et du clergé. Dans ces derniers temps, on a fait les plus énergiques tentatives pour le faire disparaître. Ces efforts sont mauvais parce qu'ils * sont inutiles. Il est de l'essence de toute la science moderne de reposer sur l'examen, il est de l'essence du dogme de reposer sur la négation do l'examen. Le dogme catholique et la science moderne sont donc essentiellement incompatibles. Quoi qu'on fasse pour les accorder, on ne saurait y réussir. Ce n'est point la faute des prêtres ou des instituteurs, c'est la faute de la nature des choses, de la nécessité.
U ne faut point s'effrayer de cette double tendance.
La peur ne remédie à rien, et c'est alors que se produit le danger qu'il est nécessaire de l'envisager avec calme et sang-froid.
Loin, d'ailleurs, que cette substitution de l'instruction scientifique à l'instruction religieuse, et de l'ordre par le bien-être à Tordre par la force, soit un véritable péril, nous ne craignons pas d'affirmer que c'est là l'unique moyen d'ordre spirituel et matériel qui se présente aujourd'hui.
En effet, alors même qu'il ne se présenterait rien pour les remplacer, l'armée et le clergé sont étrangement portés à se désorganiser d'eux-mêmes; et le moment approche où ils seront absolument incapables de remplir leurs fonctions normales : ils sont déjà devenus de véritables éléments de désordres moral et physique. Pourquoi ? C'est ce que nous allons dire sans entrer dans une discussion qui nous entraînerait loin.
Par des motifs qu'il serait trop long de déduire, l'enseignement ne suffisant plus aujourd'hui pour produire l'amour divin et la foi, l'Église n'a point craint, pour exciter l'esprit religieux, d'avoir recours à l'ébranlement des sens. Le culte s'en est profondément ressenti ; chaque jour, il devient plus contradictoire avec la doctrine, et fait pénétrer dans l'àme du fidèle une cause de trouble et d'illogicité qui le rend incapable de toute notion d'ordre et de toute véritable énergie. C'est ainsi que l'Eglise, en adoptant pour se défendre, les armes avec lesquelles le siècle l'attaquait, sans songer que ces armes ne pouvaient lui servir, s'est elle-même suicidée. Cette