‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 93 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. t9l · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. t9l

que cet ordre, fait pour un peuple chrétien et fervent, devient quelque chose d'essentiellement vicieux et détestable chez un peuple que la foi abandonne ; de sorte que l'organisation se trouve privée du correctif sur lequel, en l'établissant, on avait légitimement compté.

Il suffira de citer un exemple.

Un des correctifs les plus nécessaires contre la tyrannie des pouvoirs dans l'ordre chrétien était l'appel des peuples contre ces pouvoirs près des gardiens de la doctrine, appel que sanctionnait l'excommunication eu déliant tous les hommes du devoir d'obéissance aux lois et aux souverains injustes. Politiquement, l'excommunication était une formule par laquelle l'Église proclamait, en certain cas, que Y insurrection était devenue le plus saint des devoirs. C'était une puissante garantie, Que, par l'abus, l'Église l'ait compromise en faisant un instrument de puissance personnelle de ce qui devait rester un moyen de protection pour les opprimés , cela n'est point douteux. Toujours est-il que depuis la séparation des pouvoirs, l'ensemble harmonieux du catholicisme, qui n'est que le socialisme dont le christianisme est la philosophie, s'est profondément altéré. Dès lors, on put prévoir la dissolution et la décadence de cette grande chrétienté, noble empire qu'avait fondé la doctrine, lentement élaborée par tant de générations ardentes guidées par tant d'hommes de savoir , de sagesse et de génie, puissants par l'amour et surtout puissants par la foi. La construction sociale catholique reçut le coup mortel par la proclamation de la liberté d'examen, et l'autorité sociale, qui lui avait servi de fondement,

fut anéantie par la proclamation de la liberté de con-

science. , ,

Je conçois qu'on accepte encore cette autorité, qu on tente de 'rétablir cette organisation ; mais quel que soit le parti auquel on appartienne, je ne comprends point qu'on recule au delà dans le passé pour recueillir les débris de ce vieux monde que le christianisme a detruit, sur les ruines duquel le catholicisme a élevé tout

un monde nouveau.

Ne comprend-on point que ce sont là des efforts puérils, des exercices de collégiens en vacances, peu dignes d'hommes d'État et de législateurs? Le De viris illustrtbw est un bon petit livre, et M. Plutarque est excellent à lire ; mais je doute que l'on puisse aujourd'hui remplacer avec eux l'Évangile et saint Paul. Aratus et Phocion furent de grands citoyens, n'aimeriez-vous pas mieux Origène, Augustin ou Jérôme? Le sénat romain n'est pas à dédaigner. Ah 1 certes, mon cœur bondit, mon àme se révolte et s'indigne, et tout mon sang tressaille quand je pense à Constance î Cependant j'aime mieux ces hommes, humbles esclaves d'une inflexible loi, qui condamnaient au bûcher Jérôme de Prague et Jean Huss, et pleuraient en les condamnant, que l'orgueilleuse assemblée qui tentait d'infliger des lois humaines à l'humanité.

Non, sachez-le bien, tout ce travail rétrospectif fait pitié. Après avoir aimé des lois divines, si l'humanité les abandonne , elle ne subira jamais les lois d'un homme ou d'un peuple; elle ne fera point au sang du Christ, au sang des martyrs qui l'ont affranchie, elle ne leur fera pas l'injure de reprendre des chaînes. Après

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