LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. i
la volonté d'un homme, la raison d'État; après la raison d'État, la religion; après la religion, la liberté : voilà toute la philosophie de l'histoire. Les rois de l'Égypte et de l'Orient , les peuples de la Grèce et de Rome , les croyants du Christ et de Mahomet, l'humanité : voilà la dynastie des souverains du monde.
Ne croyez pas que la révolution ait pour enfant la démocratie d'Athènes, pour appui les lois du peuple romain. Que me parlez-vous du suffrage de tous s' imposant à ma conscience, et de la souveraineté du peuple, n'ayant que son intérêt pour guide? Salus populi suprema lex esto I Êtes-vous fous? oubliez-vous que les peuples ont depuis dix-huit siècles appris une plus noble doctrine? Oubliez-vous qu'ils ont tout sacrifié, leurs intérêts, leur bonheur et leur sang, pour une plus idéale vérité? Oubliez- vous les croisades? Oubliezvous cet amour de la justice et de la perfection qui fut, à travers tant de douleurs et tant de ténèbres , leur guide et leur flambeau?
Non, mais vous êtes sans croyance et sans foi ; vous êtes aveugles et vous ne croyez pas à la lumière. Où vont les peuples? que vous importe? D'où viennent-ils? que font-ils? que vous importe encore? Y avez-vous seulement jamais songé? Qu'est-ce que l'histoire? qu'estce que la science? qu'est-ce que la religion? qu'en savezvous? Que dis-jeî que voulez-vous en savoir? Vous trouvez malséant qu'il vous en soit parlé! cela n'importe point aux lois. Et vous-mêmes, si vous ne savez rien des nations ; que savez-vous de vous-mêmes? que
pensez-vous? qu'espérez-vous? Hélas! vous n'en savez rien, et cependant c'est ainsi qu'on gouverne les peuples. Au hasard : le hasard est si grand! triste! triste!
Ah! disent quelques uns, nous savons qu'il en est ainsi, et nous le déplorons. Ce sont à peine des abris d'un jour que nous bâtissons dans la nuit, et demain il faudra les détruire; mais nous ne pouvons mieux faire, il n'est pas temps encore. — Il est toujours temps de ne point proclamer de fausses doctrines. — Non! il faut attendre avant de passer sur la rive nouvelle : il faut attendre encore.
Attendre! qu'attendez-vous? que l'idée s'apaise, que l'espoir s'éteigne, que le progrès s'arrête. Oh! la charmante et la naïve idée! Paysans assis sur les bords du Danube, vous attendez que le fleuve aitf>assé.
Il faut faire un choix, et le temps presse : ou le catholicisme, et alors pas de demi-mesures, pas de liberté de conscience, pas de liberté d'examen, pas de séparation des pouvoirs ; ou la liberté entière, absolue, devenue l'autorité. Il n'y a pas de moyens termes , croyez-le bien. Tout éclectisme ne sera que ruine, secousse, confusion. Maintenant, examinons.
De ces deux autorités : le dogme et la foi, la conscience et la liberté, laquelle fait aujourd'hui véritablement autorité? car, entre elles, je vous dis de choisir. Mais en pareille matière le choix n'est pas possible : on croit, où l'on ne croit pas; mais croire ne dépend pas de la volonté. Or, il est nécessaire qu'une autorité soit crue; elle ne saurait autrement remplir en aucune