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LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

façon sa mission progressive. Eh bien! c'est pour cela même que l'on se plaît à obscurcir toutes les questions. On sait que du moment où le dilemme serait posé, la conclusion ne saurait être douteuse. On s'efforce par tous les moyens d'empêcher qu'il ne se pose : voilà ce qui est misérable, ce qui est indigne d'hommes sérieux et de bons citoyens. Or, entre temps le scepticisme arrive, et le désordre et la corruption l'accompagnent.

L'autorité nouvelle étant repoussée, l'autorité ancienne étant inacceptable et même impraticable aujourd'hui, la nation se trouve momentanément comme dépourvue de sens par suite de ce manque d'autorité. Le signe d'un tel état est dans une incessante réclamation de pouvoir. On s' imagine qu'il manque de la force aux agents de l'autorité et qu'il n'est nécessaire que de leur en donner. On ne s'aperçoit pas que le pouvoir n'est qu'un outil, et que si fort et acéré qu'il soit, il ne vaut que par la main qui l'emploie; cette main c'est l'autorité. Le jour où vous aurez six cent mille hommes et pas d'autorité, c'est-à-dire pas d'idée commune qui les unissent, cinquante hommes unis qui se jetteront au milieu d'eux, les auront renversés en un jour. C'est l'histoire de la tour de Babel : que voulez- vous que fassent des hommes qui n'ont pas une idée commune? Que dis-je? cinquante hommes; il n'y aura besoin de personne, ils se disperseront d'eux-mêmes.

Cela est si vrai qu'une grande autorité n'a pas même besoin de pouvoir, que je ne sache pas que l'on ait jamais songé à imposer aux hommes cet usage de considérer deux fois quatre comme faisant huit : pourquoi? parce qu'il est tellement adéquat à la conscience et à la

raison, qu'il s'impose de lui-même et que personne n'a jamais songé à se révolter de l'obligation de penser et d'agir à ce sujet comme tout le monde.

A mesure que l'autorité augmente, le pouvoir, devenant inutile, diminue. À mesure que le besoin de pouvoir augmente, c'est que l'autorité diminue. Mais il est digne de remarque que cela ne sert à rien; parce que le pouvoir, pour agir, a besoin d'unité, c'est-à-dire d'autorité, et que si elle se rencontrait dans l'ensemble de ses agents elle serait en même temps dans la société.

Faire du pouvoir c'est badigeonner une maison qui menace ruine.

La grande question c'est de rechercher l'autorité. Tel est le but d'une constitution : elle ne devrait absolument renfermer que l'ensemble des idées qui sont universellement acceptées. Rien de plus, rien de moins. En ce temps, elle ne peut renfermer qu'une déclaration des droits individuels garantissant la liberté et limitant les attributions des pouvoirs. Elle ne peut que se développer de jour en jour par l'extension de ces droits, la limitation plus étroite de ces pouvoirs. On peut ainsi créer une autorité réelle et la conséquence de cette autorité sera un pouvoir à la fois moins dispendieux et plus véritablement fort.

Quant aux prétendus principes de la souveraineté des majorités, de la majesté du peuple, du salut du peuple, etc., et celui-ci, qu'on peut y ajouter, que le constitutions doivent être conformes au génie des peuples et aux conditions géographiques de leur territoire;

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