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LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

quant à toutes ces idées antédiluviennes, ce ne sont, quels que soient les hommes qui les professent, que ces hommes se disent bleus, rouges ou blancs, que de belles et bonnes tentatives de réaction et de recul tellement exagérées, qu'elles sont impossibles à mettre sérieusement en pratique, mais très-pernicieuses par le temps qu'elles font perdre, et l'abrutissement dans lequel elles plongent les esprits.

Je ne leur connais qu'une qualité. Comme on les fait accepter par les esprits paresseux, par ce motif qu'elles ont été réalisées dans l'humanité, elles servent à battre en brèche les institutions existantes, et comme elles sont incapables de se maintenir longtemps, elles disparaissent peu à peu d'elles-mêmes en laissant la place libre pour les idées d'avenir. Mais cet avantage ne compense pas leurs inconvénients, Presque toutes les violences et toutes les haines ont été dues depuis soixante ans à l'emploi de ces fâcheux moyens d'attaque et de défense.

Telles ont été les idées de Montesquieu, notamment l'aphorisme que je viens de citer sur la légitimité de l'influence des races, des climats, des lieux, etc. , sur les bases constitutives des sociétés, et la théorie de la balance des pouvoirs ; idées, bonnes à tout détruire, inhabiles à rien édifier, idées qui servent maintenant à la réaction après avoir été les instruments de la révolution ; idées mortes ! vieilles momies exhumées de la nécropole des nations, nouvellement vêtues, déguisées et fardées! cadavres de Mézence, poison et supplice des peuples qui les ont embrassées I

Ces théories sont tout simplement un mélange de grec

et de romain, hideusement recouvert de protestantisme royal à la mode d'Angleterre. Il est vraiment honteux que ce soit avec de telles doctrines qu'on ait achevé la destruction du grand œuvre politique et social du catholicisme. C'est pitié de voir ce vieux lion mourir ainsi de cette suprême injure.

Étrange aberration ! que Ton ait accusé le catholicisme d'avoir, par le génie, soumis à une loi commune un empire plus grand que l'empire romain, et, sur une idée, d'avoir organisé l'Europe entière et fondé la chrétienté.

Bizarre événement ! que de cette gloire on lui ait fait un crime; et qu'une telle accusation ait eu quelque puissance et quelque crédit près d'hommes intelligents et sérieux.

Ah! ce fut là sa force et ce sera son éternel honneur que d'avoir audacieusement posé cette grande formule au destin de l'humanité. Une foi, une loi, un droit. Cette formule, que Rome en s'adorant proclamait à son proût et propageait par l'épée, le catholicisme, en adorant l'Infini, la proclamait au profit des hommes et la propageait avec la parole. Elle est acquise à l'esprit humain et ne disparaîtra plus du monde; toute doctrine sociale qui la méconnaît ne saurait exister. Désormais il n'est plus de solution en dehors de cette idée d'universalité. Tel est le critérium auquel se mesure tout d'abord un principe. S'il n'est pas universel il n'est pas, et ne saurait aspirer à remplacer la grande idée qui descend au tombeau. Quiconque veut enfermer la révolution dans l'étroite limite d'un peuple, ignore la marche de l'humanité; et si le principe révolutionnaire

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