LIVRE D. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
de l'autorité de la conscience n'était pas catholique en ce sens, la révolution ne serait qu'un recul dans le mouvement, et n'aurait pas de raison d'être. Mais ce grand principe moderne jouit de ce caractère à un si haut degré, qu'il paraît en cet ordre réaliser l'absolu.
Il proclame, en effet, pour tous, sans acception de lieux, de temps ou de circonstances, une foi, la solidarité; une loi, la conscience; un droit, la liberté. Et, chose bien digne de remarque, cette unité que Rome païenne cherchait par la guerre, et Rome chrétienne par la propagande, il n'a pas besoin de la créer, il la dévoile, il la constate : elle est. La loi n'est plus à enseigner ou à imposer; elle est écrite dans le cœur de chacun, et chacun l'aime. La catholicité n'est plus à poursuivre et n'est plus à fonder : elle existe, elle est trouvée.
Nous pouvons ici montrer toute l'immensité, toute l'harmonie du grand mouvement qui s'accomplit de nos jours. En même temps que dans les sciences morales l'unité se constituait ainsi , les sciences physiques obtenaient un semblable résultat. Toutes marchaient vers une synthèse commune ; les entités impondérables et les hypothèses, disparaissant tour à tour, se fondaient dans un majestueux ensemble, et ce n'est point énoncer une affirmation téméraire que d'annoncer dès aujourd'hui l'unité de toutes les lois physiques.
Ces deux termes : l'humanité, la nature, nous apparaissent ainsi dès à présent comme deux unités distinctes, régies chacune par une loi, spéciale mais
unique : la loi physique et la loi morale. Or, dès le début de la vie sur le globe, la tradition nous montre les hommes ennemis et séparés, en lutte contre euxmêmes et contre la nature, qui ne leur apparaît encore que sous l'aspect d'un chaos monstrueux de forces contradictoires. Une implacable malédiction plane sur la création tout entière ; par elle l'amour et la vie, l'homme et la nature semblent divisés pour toujours; et l'anathème sur le bonheur et la science, l'épouse et le travailleur, en est la sombre traduction.
Un des plus anciens livres que nous possédions a conservé l'histoire de ces temps primitifs. Ce livre enferme tout : et le bonheur premier, l'ignorance et le repos, et la lutte sanglante, et l'humanité divisée ; les fils de Caïn et les enfants de Seth ; ceux-ci paisibles et pasteurs ; ceux-là guerriers et industrieux , les premiers qui déchirèrent les flancs de l'homme et les flancs de la terre ; et la malédiction sur la fécondité du travail et de l'amour; le crime de la science et de l'orgueil, la connaissance du bien et du mal. Mais il est nécessaire de contrôler la Genèse par l'étude de la situation actuelle de la race humaine, et par la logique, cette lumière de tous les temps et de tous les lieux. Alors l'esprit reste frappé d'un phénomène étrange : cette histoire des premiers jours apparaît dans^ia Bible comme en un miroir où les objets sont renversés.
De l'accroissement de population et de l'appropriation par le travail naquirent la misère et la guerre, et de ces maux naquirent les efforts rédempteurs qui devaient, par les sciences physiques, reconnaître l'unité de la nature, par les sciences morales reconstituer