LIVRE If. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. SOI
l'unité humaine, et résoudre enfin ï antinomie primitive, après en avoir ainsi déterminé les éléments.
Eh hien! c'est de cette recherche de la science que la Bible fait le crime originel, et la cause même de la lutte et de la douleur ; et ce sont les causes premières de cette recherche dont elle en fait les conséquences. De là une double malédiction sur l'amour et le travail.
Ainsi se reconnaît dans la Bible l'œuvre de l'esprit dominateur de la théocratie, qui se réserve à lui seul la science et se prépare à jeter l'anathème sur quiconque oserait discuter ses affirmations et renouveler le crime originel.
Là se reconnaît encore cette tendance aveugle du vulgaire, cette facilité déplorable avec laquelle il confond incessamment les effets avec les causes. Telle est la funeste origine des tyrannies et des troubles, et dans nos sociétés les plus avancées, tel est encore l'aveuglement de la plupart des hommes.
Nous qui résolus à vaincre le mal en cherchons l'origine et marchons à travers tant de ruines vers un mondo meilleur, si nous parlons ignorance, on répond misère; si nous parlons misère, on répond ivrognerie, vices, paresse. Toujours nous rencontrons ainsi l'effet à la place de la cause, toujours la volonté de combattre les symptômes en éternisant la maladie; et si, remontant aux causes premières du mal, nous voulons l'extirper dans sa racine, tous de s'écrier et de s'unir contre cette tentative criminelle, chercher le bonheur et la fraternité.
Jamais cette horreur du bien-être et de la concorde,
50î LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE.
cette haine du plaisir et de l'amour, jamais cette malédiction sur l'humanité ne furent plus logiques et plus absolues; jamais l image d'un Dieu de vengeance n'apparut plus cruelle que dans la Bible. L'humanité est maudite dans la solidarité par le péché originel, maudite dans la femme et dans le temps où se reproduit l'espèce : « Tu enfanteras dans la douleur. » Maudite dans le travailleur et dans l'espace où s'accomplit son œuvre : «Tu gagneras ta vie à la sueur de ton visage ; » c'est le génie de l'anathème. Eh bien ! livre menteur, livre méchant, sois maudit à ton tour ! Ton peuple, couvert du sang du dernier émancipateur, depuis deux mille ans, sous la haine et le mépris des nations porte le poids de ton crime; tu maudis l'humanité; l'humanité maudit te3 tils ! Qu'ils rentrent aujourd'hui dans son sein ! Qu'ils t'oublient! ton œuvre est accomplie.
Comme les fleurs sous la neige, sous ta loi cruelle a germé la vie ; la vie te renie, vieux livre ! retourne au néant. Disciple de Calvin et nourri de ton esprit, un corrupteur austère a gouverné la France. Cet homme a dit : « Le travail est un frein. » Quelques jours à peine étaient écoulés, et le trône qu'il voulait défendre a glissé dans l'abîme ; le silence règne encore dans l'enceinte où sa bouche a prononcé cette parole impie. Frères et sœurs courbés sous l'antique anathème, votre joug est brisé, relevez-vous et gouvernez la terre! Humanité, reine ! l'amour est tout ton être, la science est ta loi, le travail est ton sceptre et l'art est ta couronne !