OU NOUS EN SOMMES
Si je mets en relief le caractère funeste des maximes sous l'empire desquelles fut accomplie la restauration de 1849, c'est que ces maximes nonseulement ont produit toutes leurs conséquences dans le présent en maîtrisant les faits, mais qu'encore et surtout, ayant la prétention de s'élever à la hauteur d'une doctrine, elles ont par avance compromis et vicié l'avenir; c'est qu'elles ont faussé le point de départ de toute la polémique engagée par les défenseurs les plus ardents en apparence
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des intérêts temporels de la Papauté, et qu'elles ont donné à leurs efforts un but absolument chimérique; c'est enfin qu'ayant égaré le sens politique du parti qu'on est convenu d'appeler le parti catholique, elles constituent pour le Saint-Siège, le moins redouté peut-être, mais assurément le plus redoutable et le plus durable péril.
11 est remarquable que les défenseurs de la Sou-
veraineté absolue du Pape énoncent des affirmations tout à fait identiques à celles des adversaires les plus déclarés du pouvoir temporel. Que dit M. Jules Favre : « Ne demandez pas au Pape de • reconnaître les droits du peuple qu'il gouverne ; « car diviser sou pouvoir c'est le détruire ; le li- « miter c'est l'anéantir (1). » C'est identiquement la pensée que développait, ce sont presque les termes dont se servait M. de Montalembert dans son discours de 1849 (2).
(1) Discours au Corps législatif. Moniteur du 12 mars 1862.
(2) « Avec une Chambre investie du suffrage délibératif à
D'une même affirmation, les deux chefs d'opinions concluent diversement, mais avec une logique égale. L'autorité politique du Saiut-Siége ne pouvant pas être partagée, c supprimez le Pape, » dit M. Jules Favre; « supprimez le peuple romain, > dit M. de Montalembert ; « supprimez l'Italie, * ajoute M. Veuillot (1). Cette conséquence est, en effet, rigoureuse et inévitable. On a demandé avec une bonne foi qui effraye et qui confond : « Pour- € quoi y a-t-il encore une question romaine? » 11 y a une question romaiue, parce qu'il y a une question d'Italie. Il est absolument impossible, — je prie quiconque entend parler sérieusement de ces choses de noter ce point, — il est absolument impossible d'isoler la première question de la se coude, c'est-à-dire de constituer dans les États de
« côté de lui, la souveraineté serait partagée, elle serait par « conséquent anéantie. »
(I) Voyez la brochure le Pape et la Diplomatie. M. Veuillot écrit prestement : « Je suis de ceux qui pensent encore qu'il « n'y avait pas de qucstiond'Italie quant aux peuples italiens, « que partout, en Italie, le peuple (Hait gouverné suivant son « génie et son bon sens. »
l'Église un régime politique qui ne serait pas celui de l'Italie tout entière.
Les États de l'Église ont toujours et à toutes les époques vécu de la même vie que les Etats européens, de la môme vie surtout que les autres États italiens. Au moyen âge, ils ont partagé les destinées muuicipales, républicaines des provinces de la Péninsule ; au quinzième et au seizième siècles, la transformation politique s'est accomplie dans les Etats-Romains sous la pression des mêmes forces qui l'opéraient dans les autres États. L'unité et peu à peu la centralisation, s'y sont faites par l'absolutisme ecclésiastique, comme elles se faisaient ailleurs par l'absolutisme royal. Depuis 181o, les institutions représentatives s'imposent sous une forme ou sous une autre à tous les gouvernements européens; et. dans cette crise d'une transformation nouvelle, les États-Romains n'ont fait autre chose de 18 w 21 à 1859 qu'invoquer la solidarité qui, au dix-neuvième siècle comme à toutes les époques antérieures, les rattachait aux destinées générales de l'Europe et de l'Italie. Unis à ces destinées peu-
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dant la période absolutiste, ils ont prétendu, dans la période constitutionnelle, n'être pas mis au ban de T Europe. L'histoire des États de l'Église depuis quarante années n'a pas d'antre explication.
Eh bien! à prendre l'hypothèse la plus favorable aux intérêts de la Papauté temporelle, à supposer que l'unité échoue contre l'impossible ou vienne à se dissoudre sous la main des partis; à supposer que l'Italie finisse par trouver l'équilibre de ses forces dans le système fédératif, et qu'on voie reparaître dans la Péninsule, à côté d'un Piémont agrandi seulement de la Lombardie et des Duchés, une Toscane, un royaume de Naples, à supposer cela, quel homme de bon sens admettra que les États-Romains puissent désormais apporter dans la confédération Italienne des éléments contraires à ceux qu'offriraient les autres États, ou pour mieux dire les autres provinces de l'Italie. On pouvait nourrir une telle pensée au temps où l'antagonisme des esprits était servi dans la Péninsule par les obstacles matériels et par les naturelles diversités du sol ; mais à une époque où toute barrière s'ef-
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face sous les pas de la science, quand les chemins de fer, les télégraphes électriques unissent plus étroitement chaque jour les parties d'un même tout, et, mettant en contact permanent Turin avec Rcggio et Milan avec Rome, opèrent un perpétuel mélange des populations et des intérêts, par quel puissant effort briserait-on une solidarité politique qui naît de la nature même des choses ?
Le grand promoteur de l'unité ou du moins de l'union Italienne, à l'heure qu'il est, ce n'est pas Victor-Emmanuel, ce ne sont pas Garibaldi ni Mazzini, c'est le Ministre des travaux publics de Turin. Pour assurer par des liens indissolubles l'étroite cohésion des diverses parties d'un pays, il n'est besoin aujourd'hui ni de places fortes ni de canons : la vapeur et l'électricité y suffisent.
Je le répète donc : il n'est pas désormais de diversité possible dans le système politique delà Péninsule. Ou le régime représentatif est la loi définitive de l'Italie, et alors, dans l'hypothèse même d'une confédération , il sera la loi des États de rÉglîse ; ou le régime rétabli en 18ft9, c'est-à-dire
le régime d'une Souveraineté uon partagée, c'està-dire encore le régime de l'arbitraire, reprendra définitivement possession des États de l'Église, et alors il ne s'y maintiendra qu'à la condition d'étouffer une fois de plus les libertés publiques dans toute la Péninsule; qu'à la condition, par conséquent, d'écraser pour toujours les germes de Findépendance Italienne sous les crosses des soldats Autrichiens.
11 est donc bien vrai : M. de Montalembert n'a raison à Rome que si M. Veuillot a raison dans l'Italie entière ; et les maximes au nom desquelles a été accomplie la restauration de 1849 , au nom desquelles toute la presse qui se croit religieuse poursuit aujourd'hui une polémique sans issue, au nom desquelles de dangereux défenseurs du Saint- Siège prennent encore aujourd'hui la parole, par la force même des choses et quoi qu'on veuille, se réduisent à ceci : rayer un peuple de la carte des nations européennes.
C'est avec cette conclusion, si l'on a conscience de sa propre pensée, si l'on sait ce que l'on veut
et où l'on va, qu'il faut se présenter à l'Italie ; et il faut oser lui signifier cette conclusion au nom des intérêts du Catholicisme et de la part de la Papauté.
Nous ne croyons pas que jamais ennemis de l'Église aient réussi à créer pour le Saint-Siège une situation plus redoutable.
Sortir de cette situation est le besoin impérieux de l'Église et de la société laïque.
Or, on n'en sortira qu'à la condition, pour les catholiques et pour tous les hommes qui assignent à la Papauté dans le gouvernement du monde moral un rôle digne de sa graudeur, de proclamer très-haut des maximes absolument contraires à celles dont un opiniâtre parti-pris a fait, depuis trente anuées , la loi des rapports de la Papauté avec l'Italie; ces maximes sont celles-ci :
Le pouvoir temporel des Papes a pour base nécessaire l'assentiment des peuples sur lesquels il s'exerce ;
Le pouvoir temporel n'est une garantie d'indépendance qu'à la condition d'être librement accep-
té; imposé violemment il devient pour la Papauté un instrument de servitude, et compromet les intérêts qu'il avait pour but de sauvegarder ;
La Souveraineté temporelle du Pape peut être limitée et partagée; elle prend selon les temps la forme et le caractère que comporte le système politique qui prévaut dans le pays sur lequel elle est contrainte de s'appuyer ;
Non-seulement cette Souveraineté peut être limitée et partagée, mais elle peut et doit, telles circonstances données, se transformer en une Souveraineté honorifique, en une véritable suzeraineté.
Ces maximes ressorient de toute l'histoire de la Papaulé temporelle : il est important de le démonlrer.
ls HISTOIRE.
Il n'est pas de pouvoir plus inattaquable, et, il faut le dire, plus sacré dans ses origines que le pouvoir temporel des Papes. Ce pouvoir naquit de la pratique des deux grandes vertus qui sont le fondement du Christianisme, l'humilité et la charité. Il vint naturellement et de soi aux mains d'hommes qui n'eu voulaient pas, et précisément parce qu'ils n'en voulaient pas (1). Voyez les évêquesde Rome
(i) Voyez les plaintes de saint Grégoire : « Hoc in loco
des cinquième et sixième siècles, voyez saint Grégoire le Grand. Le pouvoir que leur défèrent la reconnaissance des peuples et la force des choses leur paraît une tentation et uu péril; ils s'en détournent comme d'un piège. Mais, selon la loi providentielle qui donne le pouvoir à qui peut et sait l'exercer, c'est en le fuyant qu'ils l'acquièrent (1).
On calomnie donc le trône pontifical en lui donnant pour appui dans le passé l'éternel escla-
« quisquis pastor dicitur, curis exterioribus graviter occu- « patur, ita ut sœpè incertum sit utrùm pastoris officium « an terreni proceris agat. » S. Gregor. Epist. lib. I. ep, 25 et passim.
(I) Cassiodore, élevé à la dignité de Préfet du prétoire, demande au pape Jean II ses conseils, et le pousse à veiller aux affaires temporelles : « Nolite in me tantùm rejicere civi- « latisillius curam... Pascitis quidem spiritualiter commis- « sum vobis gregem ; tamen non ita potestis negligere qu» « corporis videntur substantiam continere; nam sicut homo « constat ex dualitate, ita boni pastoris est utroquerefovere. » Cassiod. Epist. lib. XI, ep. 2., Édit de 16.'5u.
Quand les villes italiennes veulent s'insurger contre Léon Iconoclaste, Grégoire II les maintient dans la fidélité à l'Empereur : « Compescuit talc consilium pontifex, sperans con- « versionem principis. » Anastas. Vita Gregor. « Ut in fide « persistèrent rogabat, sed non désistèrent ab amore vel fide « Romani imperii, admonebat. » (Ibid.)
vage d'un peuple. Les meilleurs titres du pouvoir temporel sont, à l'origine, non des parchemins, mais des actes de souveraineté nationale. Les Papes étaient en fait et depuis longtemps les chefs élus du peuple romain, avant que l'épée des Francs vînt graver une donation sur les tables du droit européen. Le peuple romain donna le pouvoir temporel aux Papes; les Francs ne firent autre chose que mettre l'épée au service d'un droit.
Or, en faisant acte de souveraineté, le peuple romain, ce semble, ne l'aliénait pas. Ce droit des populations de disposer d'elles-mêmes, de limiter le pouvoir qu'elles confèrent, de fixer les conditions dans lesquelles ce pouvoir devra s'exercer, de traiter avec les souverains temporels de Rome de puissance à puissance, ce droit reste intact , complet, vivant, pendant tout le moyen âge et jusqu'au quinzième siècle : c'est-à-dire que c'est précisément au temps de son plus grand prestige, au temps où elle exerce sur l'Europe entière la glorieuse dictature de l'intelligence et de la loi morale,
que la Papauté , dans Tordre temporel , respecte les droits qui limitent le sien ; au contraire, c'est lorsque son autorité spirituelle s'affaiblit, et dans la mesure de cet affaiblissement, qu'elle étend la main sur les franchises populaires, et que peu à peu elle les étouffe. Grande leçon, bien digne d'être méditée : Grégoire VII gouverne le monde et sauve la société chrétienne ; mais, fuyant les tumultes de Rome, va mourir en. exil. Grégoire XVI écrase toute vie politique et meurt au Vatican monarque absolu ; mais, sous ses yeux, l'Italie échappe à la Papauté et glisse dans les bras du scepticisme !
11 faut le dire très-haut : la Papauté a été la clef de voûte de l'édifice européen tant qu'elle a compté avec les libertés politiques, particulièrement avec la liberté du peuple au milieu duquel la Providence a placé son siège. Il est singulier que les plus ardeuts défenseurs du pouvoir temporel ne consentent à constater un tel fait que pour en nier opiniutrément les conséquences. Mettons donc ce fait en lumière ; car il est le fondement des maximes
que nous venons d'invoquer. C'est en le méconnaissant qu'on a créé la question romaine et qu'on la rend insoluble ; c'est en en comprenant la portée qu'on fera sortir la Papauté temporelle de 1a voie fatale où de dangereux amis l'ont engagée depuis un demi-siècle.
Il est faux qu'avant l'ère inaugurée par la Restauration de 1815, un système exceptionnel ait été la loi des Etats de l'Église; il est faux qu'une sorte de séquestration des mouvements, des progrès, des passions et des erreurs, je le veux bien, mais enfin de la vie générale de l'Europe, qu'une abdication politique, en un mot, ait été le prix dont la Papauté a fait payer aux peuples qui la possédaient le bienfait de sa présence. La Papauté, avec une intelligence profonde des transformations sociales, avec cette souplesse qui, s' unissant chez elle à une persévérance indomptable, a reproduit dans le monde moderne les prodiges du génie romain,
Tu, regere Impcrio populos
La Papauté, pendant une période de douze siècles, a su plier sa constitution temporelle aux exigences, aux besoins, aux caprices mêmes des populations sur lesquelles elle étendait sa dominalion morale. A ce prix, à ce prix seulement, qu'on ne l'oublie pas, elle a régné sur elles.
L'histoire de Rome, à partir du douzième siècle, est analogue à celle de presque toutes les villes d'Italie qui luttent contre leurs évèques pour la conquête ou pour le maintien de leurs droits de souveraineté; il y a seulement cette différence, que la volonté de la Commune romaine de ressaisir le libre gouvernement d'elle-même se complique de la prétention qu'elle a de redevenir le siège de f Empire, et que ses ambitions s'élèvent à la hauteur de ses souvenirs. « Viens, disent les députés « du Sénat romain à l'empereur Conrad III , c viens siéger dans cette ville qui est la tète du « monde ; tout obstacle de la part des clercs « étaut désormais écarté , tu régneras à Rome « sur l'Italie tout entière en même temps que « sur le royaume germanique, plus librement et
c mieux que ne Font fait tes prédécesseurs (1). »
A part cette illusion du droit de l'Empire (2) qui fausse sa pensée et paralyse ses efforts, Rome présente, pendant tout le moyen âge, le même spectacle que les autres cités italiennes : elle combat pour les libertés communales.
Après que la constitution de Nicolas II a exclu le peuple de l'élection du Pape pour attribuer le
vote aux cardinaux seuls, les Romains, ne voyant
plus dansFévêque de Rome le représentant de la
(1) L'Empereur doit rendre à Rome le sceptre du monde : « Ad Urbls monarchiam reducatur orbis insolentia. » Voyez tout ce curieux discours dans Oth'on de Freysingcn, dont la chronique éclaire d'une vive lumière toute cette période.
« Appropinquet itaque nobis imperialis cejeriter vigor.
« Potcnter in urbe quœ capul muttdi est, ut optamus, babl- « tare, toti Italie ac regno Teutonico, omni clericorum « remolo obsluculo, liberiùs et meliùsquàin omnes ferè ante- « cessores vestri, dominare valebitis. » (Olhonis Frising. Episcop., de gestls Frederici primi Cap. 23, lib. i). L'évoque de Freysengen était petit-fils de l'empereur Henri IV.
(2) Nous avons montré ailleurs les funestes effets de la perpétuité de cette doctrine de l'Empire sur le droit public du moyen âge et sur les destinées de l'Italie. Voy. L'Italie et C Empire d'Allemagne, étude lue en décembre 1858 a l'Académie des sciences morales.
cité, entreprennent de circonscrire l'autorité temporelle du chef de l'Église dans les limites que trace le maintien du droit communal. En 1143, Innocent II est contraint de ratifier le rétablissement du sénat qui gouverne au nom de la cité. En 1178, un an après la glorieuse trêve qui couronnait le front des Papes de l'auréole des libérateurs, Alexandre III ressaisit les droits régaliens ; dix ans plus tard, un traité en règle, une charte dont les articles sont discutés entre la ville et le Pontife romain, fixe, pour un temps, les rapports des deux pouvoirs en lutte. Des sénateurs annuels au nombre de cinquante-six, plus dix conseillers sénatoriaux, devaient être nommés par deux cent quatre-vingts électeurs, désignés dix à dix dans chacun des quartiers. Serment de fidélité au Saint-Siège était imposé à ces magistrats; mais ta Commune conservait ledroit de percevoir le tiers des revenus. Du reste, administration urbaine absolument indépendante du pouvoir pontifical (1).
(1) Muratori. Antiquit. italic. Tom. III, p. 783, édit. de Milan.
ri
Des pactes de ce genre n'apaisent point un antagonisme que la glorieuse suprématie déférée aux Papes par la reconnaissance du moude chrétien est impuissante à comprimer. A Rome, aiusi que dans toute l'Italie, ce que poursuit la Commune, c'est sa complète émancipation politique. Eu 12oû, les Romains réclament du Pape Grégoire IX l'engagement de ne jamais faire peser sur eux d'interdit, de reconnaître à la ville le droit de soumettre les clercs à sa juridiction et à toutes ses charges, de battre monnaie et d'élire librement le sénateur (1). Et si l'habileté et le prestige incomparable de la Papauté, à cette grande époque, triomphe, eo dernier ressort, des emportements populaires, il n'en est pas moins vrai que la ville de Rome et le Souverain-Pontife traitent de puissauce à puissance, que les droits des parties se limitcut respectivement et trouvent leur expression dans des pactes débattus à ciel ouvert, selon les chances de la lutte. La négation de l'existence
(1) Murât. T. III, p. 571).
politique de la commune romaine n'est pas plus dans la volonté des grands Papes du moyen âge qu'elle n'apparaît à la pensée des contemporains.
Les conventions entre les Papes et la Commune ne parviennent pas à fixer une constitution dont les clauses sont aussi mobiles que les circonstances qui en déterminent la formule. C'était le temps où
(es lois promulguées en octobre n'atteignaient pas le milieu de novembre
Che fai tanto sottili Provvedimenti, ch'a mezzo novembre Non glugne quel che tu d'ottobre fili... (t).
Le pouvoir municipal de Rome change à chaque instant de forme et de règle, tantôt lié par le serment des magistrats au pouvoir papal, tantôt tout à fait indépendant; tantôt représenté par un corps, tantôt personniûé dans un homme; souvent élu par le peuple ou par les notables , par fois institué par le Pape; (2) aujourd'hui investi de la dictature,
(1) Purgat. C. vi, v. 48.
(2) Ainsi, en 1354, les Romains nomment Cupo di popolo un
demain appuyé sur un Conseil Sénatorial ou sur (Assemblée générale des citoyens (plénum et publicum parlamentuni); toujours s' affirmant lui-même, et demandant aux faits la consécration de son droit. Au milieu du treizième siècle, Rome invoque, dans ses -désordres intérieurs, le remède auquel ont recours toutes les cités de l'Italie : c'est un étranger (Sénateur, Podestat ou Maire) qu'elle investit de la charge suprême. En môme temps elle bat monnaie en son propre nom , et ainsi elle fait circuler entre toutes les mains le signe sensible de sa souveraineté. De Pascal II à Urbain V (1099 à 1361; aucune monnaie n'est frappée à Rome à l'effigie des Papes. Bien plus, la Commune arrive à exercer vis-à-vis de la Papauté temporelle une sorte de droit de reconnaissance préalable : à chaque élection, l'autorité sur la ville est conférée au nouveau Pape, et souvent alors on déclare que cette collation a lieu non à cause de la dignité mais en considération
certain Giovanni Corsini, et invitent le vicaire du Pape à le confirmer, « mandate- per lo vicarlo cue'l confirmasse... » 'Malt. Villani, lib. Il, cap. \j,vii).
de la personne môme du Pontife ; ainsi fut-il fait à l'avènement de Martin IV (1281), d'Honorius IV (1285),de Jean XXII (1314), de Benoît XII (4334), de Clément VI (1342). (ï)
Lorsque Rienzi vient de s'emparer d'une auto-
rité dictatoriale au milieu des ruines de la ville éternelle, le Pape Clément VI écrit au tribun et àl'évêque d'Orvieto (26 juin 1347) ; il les félicite d'avoir agi au nom et à l'honneur de l'Église ; inais|pourquoi Rienzi s'est-il caché, dans l'accomplissement de son œuvre, sous le drapeau du Saint-Siège, et d'où dataient les droits de Clément VI à la souveraineté de Rome? le Pape le dit hautement et sans honte. « Vous vous êtes rappelé a qu'au premier jour de notre avènement au Soute verain-Poutificat, le peuple romain, de sa volonté c propre et spontanée, nous a pour notre vie (ad vi- « tam nostram) accordé comme il lui appartenait « les prérogatives du Sénat, du commandement
(1) Rienzi und seine zeit, par Papcncordt, p. 13.
« militaire, du syndicat et des autres charges de « la cité (1). »
Certes la déclaration est sans embage, et la Papauté n'eût pu reconnaître plus explicitement les droits de la volonté nationale !
Et voyez comme en cette grave circonstance la Papauté, peu jalouse de parler au nom d'un principe absolu, se prête facilement à ces exigences de la politique qu'on appelle des transactions. An moment même où, se couvrant pour la forme de l'assentiment du Saint-Siège, Rienzi s'érige en maître de Rome, Clément VI se disposait à envoyer un légat, Bertrand de Dreux, avec mission de rétablir l'ordre au sein de la cité. Eh bien ! quoique la révolution qui vient d'éclater ait été accomplie sans lui, sinon contre lui, considérant
(\) « Vos attendentes prudenter quod olim In promotions nostre ad apicera summi apostolatùs primordiis, predictus populus senatorie, capitaneatus, siudicatus et alia prefate urbis officia, prout pertinebat ad eos, nobis ad vifain nostram sud proprid volontate libéra et spontanvà concesserttnt. n (Cité dans Rienzi und seine zcit, p. Voy. aussi Muratori, Script, rer. ital , NI, pars, ir, col. *»69.ï
que l'élection du tribun a été le résultat a" une volonté unanime et pacifique du peuple romain (unanimiter et concorditer elegistis) ; qu'une force publique est déjà organisée (1 ) ; que beaucoup d'avantages résultent pour la ville et pour les alentours de Cactive sollicitude du gouvernement nouveau (2) ; que la paix et la sécurité y sont établies; faisant taire les conseils de la colère ou de l'orgueil, et acceptant ce que la langue du dix-neuvième siècle appellerait le fait accompli, il se contente habilement de quelques protestations et de quelques hommages (3), agrée ce qu'il eût été impuisant à empêcher, et confère à Rieuzi cette autorité même que le tribun exerçait déjà sans conteste (4).
(1) « Eisdera pro hujusmodi regimine utilius exercendo non modicum armigere gentis multitudinem assignando. »
(2) « Quia tamen ex iis qua» facta sunt circà statu m ejusdem urbis et partium vicinarum... multa commoda legalitatis audivimus provenisse. »
(3) « Nos illa pro certis protestation ibus, modis et formis duximus acceptanda... »
(û) « Volumus et concedimus quod... dicte urbis, ejusque distrlctus regimen de beneplacito auctoritatis nostre quo
On le voit, la Papauté temporelle, sachant se plier aux circonstances, reconnaissait franchement les droits qui limitaient les siens, et n'hésitait pas à faire alliance avec les forces qu'elle ne pouvait dompter; elle cherchait des garanties à la perpétuité de son pouvoir dans l'élasticité de ses maximes et dans la flexibilité de ses décisions.
Ainsi, selon les enseignements libéraux des grands docteurs catholiques, en ces siècles qu'un impardonnable préjugé représente risiblement comme des siècles de despotisme, la Commune romaine ne reconnaît d'autre autorité que l'autorité dont elle-même est la source. Pouvoir de l'Empereur ou pouvoir du Pape, l'un et l'autre n'a de force pour elle que comme pouvoir délégué et dans la mesure où la délégation a été consentie. Quand Louis de Bavière descend en Italie (1328), les Romains s'émeuvent, dit Villani (1), expulsent des magistratures tous les nobles, leur enlèvent
usque aliud super hoc ordinaverimus , valcant exercere. » (1) Lib. \, cap. ix.
leurs forteresses, et Dominent capitaine du peuple Sciarra Colonna, afin qu'il gouverne la ville avec l'assistance d'un conseil de cinquante-deux popolani (1). Puis ils députent à la fois des ambassadeurs à l'Empereur, au Pape, au roi Robert de Naples. Quel langage tienuent les députés au Pape, dans sa bonne ville d'Avignon? « Revenez « à Rome, Très-Saint-Père , lui disent-ils, avec* c votre Cour, ainsi qu'il est de raison; sinon, t celui que nous reconnaîtrons pour seigneur sera « le roi des Romains, Louis de Bavière. » Le Pape répond en engageant la Commune à repousser le Bavarois, un excommunié ; les Romains persistent et trouvent moyen de traiter à la fois avec le Pape, vec l'empereur, avec le roi de Naples, « faisant t entendre à chacun d'eux, dit l'historien, qu'ils « lieunent la cité de Rome pour eux-mêmes, et « qu'ils se gouvernent selon la libre volonté du « peuple (2). »
(I) Quattro per rione.
i2) Dando a ciascuno intendimento di tencre la città dî Koma per loro, reggeadosi a signoria del popolo.
Les Papes avaient déserté l'italic pour la captivité if Avignon* Rouie, la veuve délaissée, comme dit Pétrarque, entendait ne se rendre à son époux que si lui-même se rendait à elle. Par la voix de ses sénateurs, de ses capitaines du peuple et de treize bons-hommes (1), elle promulgue le décret qu'on va lire (1318) :
' a Le Pape devra résider dans la ville de Rome, « et ne pas la quitter plus de trois mois par an ; « encore ne pourra-t-ii s'en éloigner de plus de • deux journées, sans l'autorisation du peuple ro- « main. S'il est absent de Rome et qu'il soit requis « d'y rentrer, à la troisième requête inutile, il « sera, par le fait, dépouillé de sa charge. »
Certes, si jamais le peuple romain a mérité les colères du monde catholique, c'est lorsque, par cette sommation audacieuse, il prétendait enlever la chrétienté au chef de l'Église chrétienne, et enchaîner le Pontife universel à l'étroite enceinte d'une cité jalouse. Mais un tel décret n'a-t-il pas
(I) Villani, lib. X, cap. lxxi.
cependant son motif dans l'opposition que faisaient naître les Pontifes d'Avignon entre leurs droits de chefs spirituels du monde chrétien et leurs obligations de chefs temporels du peuple romain ? et ne fait-il pas loucher du doigt la situation illogique et périlleuse où, dès celte époque, la difficulté de concilier des devoirs contraires tendait à entraîner la Papauté?
Aussi, quand la Commune Romaine reconnaît l'autorité du Pape, elle le fait librement et sous bonnes conditions. Villani, le chroniqueur si dévoué à l'Église , a deux chapitre intitulés : « corne e perché Romani si dierono alla Chiesa di Roma, » (en 1352 et 1362).
Celte indépendance de la Commune de Rome à l'égard du Pape, ce droit de libre disposition d'ellemême, n'éclataient pas seulement dans les faits. Bis reposaient sur une doctrine que professaient hautement les plus grands esprits du Catholicisme en Italie. Lisez le de Monarcliià de Dante. Le troisième livre de ce traité n'est qu'un hardi plaidoyer en faveur de l'émancipatiou respective du Sacerdoce
et de l'Empire, c'est-à-dire en faveur de la séparation radicale des deux pouvoirs. Sans doute, l'Italie moderne eût désavoué l'application que Dante faisait de sa doctrine ; sans doute elle eût condamné les vœux du grand Florentin qui , selon la fatale illusion de tout le moyen âge , allait chercher audelà des Alpes le représentant le plus élevé de l'autorité humaine, et plaçait l'Empereur d'Allemagne à côté du Pape,
Duo solî, che l'una et Taltra strada Facean vedere.... (Pcrgat., c. xvi.)
Mais que le pouvoir politique soit Empereur, Roi ou peuple, il importe peu : le pouvoir politique qui siège à Rome , quel que soit son nom , trouve-t-il en lui-même sa propre loi , ou doit-il demander à un principe étranger sa raison d'être cl sa mesure ? Là est toute la question.
Or à cette question la réponse du grand Poète Catholique est éclatante. Le de Monarcliiâ n'est que le commentaire scientifique et raisonné de ces vers de la Divine Comédie
L'un Taltro ha spento, ed è guinta li Spada Col pastorale, e l'un colT altro insieme Per viva forza malconvien che vacla.
(Pircat., c. xvi )
Pétrarque n'a pas une autre pensée. Quand, à la voix de Rienzi, la ville éternelle semble ressaisir le sceptre échappé de sa main, « la liberté est au « milieu de vous, écrit-il au peuple de Rome, la « liberté, ce bien dont on ne connaît la valeur que « lorsqu'on Ta perdu. Ayez souvent devant les <r yeux l'image de votre ancienne servitude, et la c liberté vous deviendra plus chère que la vie ; et € si l'un de ces deux trésors devait vous être ence levé, qu'il ne se trouve pas un seul parmi vous, t s'il a une goutte de sang Romain dans les veines, « qui n'aime mieux mourir libre que de vivre es- <r clave ! Que tout ce que vous pensez , tout ce que « vous faites respire la liberté; que vers elle se « concentrent vos ardeurs, vos veilles ; que tout ce t qui ne vous conduit pas à elle soit pour vous « comme un piège (1) I »
(1) De Capcssendâ liber t. hortatoria. .
Puis, invoquaut l'union de la Péninsule avec Rome, et poussaut cinq siècles à l'avance le cri de l'Italie moderne :
c L'Italie est assez forte par elle-même, conti- « nuc-t-il, pourvu qu'elle commence à vouloir une « même chose ; la voilà qui commence et qui dit : « Je veux ! et quiconque est en désaccord avec « elle, que celuf-là soit pour elle non un coucia toyeu, mais un ennemi (1) ! *
Rome doit donc redevenir en fait le centre poliiique de l'Italie, comme elle Test demeurée eu droit; en droit, le mot y est : « Quis non Romap, t jus suum prosequenti, prosperos optet évente tus (2)? » Il faut lire la lettre où Pétrarque rend compte à Rienzi d'une conversation qui avait eu lieu à Avignon entre des hommes considérables,
(1) « Abundè per se ipsum potest, modô velle unum inci- « piat; inciplt autem, jàmvult; qui enim contrà sentiunt, « non de populi sed de hostium oumero sunt habendi. »
(De Capcss. libert.) L'appel à l'imita revient sans cesse. « Non vires nec opes nec animos defore , sed consensum... » (Epist. 2 sine titulo.)
(2) De Ubertatt Capcss. hortat. 13/i7.
les politiques de l'époque. On avait agité la question de savoir « s'il était utile que Rome et l'Italie « fussent en paix et unies dans une action com- « mune (1). » Après une discussion prolongée, on avait conclu à la négative. Nullatemis expedire. « Je reconnais là, s'écrie Pétrarque, le venin ca- « ché d'une vieille et profonde haine. Dénonce une « telle parole au peuple romain ; qu'elle éveille en « lui et dans le cœur de tout ltalieu le feu d'une c juste colère, et que l'indignation dissipe la torc peur où sout engourdies les âmes!.... Que Rome « comprenne enflu comment ces hauts politiques « entendent pourvoir à notre salut!.. . Sans doute c ils ne peuvent nous nuire, mais le fond de leur c pensée se révèle; ils laissent échapper ce qu'ils * veulent de nous; nous connaissons l'injustice c profonde de leurs vœux et leurs desseins hosti- « les... mais l'Italie est dans la main de Dieu;
(I) « Nuper inter quosdam ex lis qui sibi videntur sapien- «< tes, in forma m questionis propositum fuit, expediret ne « terrarum orbi ttrbem Romani et Jtaliam esse pacificas et « unanimes. » (Epist. III sine titulo Édit de Basic, p. 712.)
a elle aura la fortune que la Providence lui préc pare, non celle qu'ils vculeut (1). *
Or, cette restauration de sa puissance, ce n'est pas de la Papauté que Rome l'attend, c'est d'ellemême ; c'est son titre personnel et inaliénable que le grand publiciste du quatorzième siècle adjure la ville éternelle de faire valoir à la face du monde; c'est au tribun, au hardi novateur qui relève au milieu des ruines le drapeau de la liberté antique, que Pétrarque adresse, en vers immortels, des prières et des hommages; c'est lui qu'il supplie de réveiller la belle endormie qui ne sent pas ses blessures (2) ; c'est à lui qu'il adresse cette invo-
(1) a Olet nempè virus abditum profundi vetustique odii... a populo Romano meis verbis indica ut intelligat quœ sunt « horum procerum de nostrasalute sententia?, perquas, et si « nihil nocent, animos tamen suos vontosft loquacitate dete- « gunt... et votum iniquissimum et hostile propositum... a fortunam uon quam ipsi volunt, sed quamDcus nobis pre- « paraverit habituri. » (Épist. III, sinctitulo.)
(2) . .. Non senza destino aile tue braccia Che scuoter forte c sollcvarla ponno, È or commesso il nostro Capo, Koma.
1*011 man in quella venerabil chioina .Sccuraraente, e nelle trecce sparte
cation : « Salut, auteur de la liberté, de la paix « romaine ! Le siècle présent te doit de mourir c libre. »
Certes, on n'accusera point Pétrarque d'avoir voulu porter atteinte à l'intégrité de la doctrine catholique. L'ami de l'Empereur Charles IV et du Pape Urbain V n'était pas seulement, dans les hautes sphères de la science, le champion de la foi contre l'averroïsrae (1), il était, en tout ce qui touche au dogme, l'humble et ardent disciple, le
Si che la negbittosa esca del fango...
... Ogni soccorso di tua m an s'attende.
(Canz. IL)
(I) Pétrarque écrivit le traité de Ignorant iâ su( pour répondre a des partisans d'Averroès. Il entreprit lui-môme une réfutation du philosophe arabe, et, n'ayant pas achevé ce travail, U en confia l'exécution à Luigi Marsili, Augustin de Florence. Pétrarque s'emporte à chaque instant contre les « modernes philosophes » disciples d'Averroès « qui nihil « actum putaut nisi aliquid contra Christum et cœlestem « Christi doctrinam latrant. » (Senil., lib. V, ep. 3.) — 11 écrit à un jeune savant, Donati : « vis esse sapiens ac Doctus ? esto « pius; amit us ArJstotdis, sed Amicior Christo, sine quo fun- « damento, quidquid aedificas profecto ruiturum est. Christi « autem inimico esio hosUs, Averroïm. » (Senil., lib. XIII., ep. 5.)
— os —
fils soumis de l'Église. Quand il écrit à Rienzi, au débat de son entreprise, sait-on de quoi il se préoccupe ? De la fidélité du tribun a soutenir la ferveur de sa vie religieuse par la participation assidue aux sacrements (1).
Eh bien! quand Rienzi a succombé sous la grandeur de son entreprise, ou plutôt devant l'éblouissement d'un succès que son esprit chimérique n'avait pas su contenir, quand la cour d'Avignon se prépare à instruire le procès du tribun que lui a livré l'empereur Charles IV, quel est le langage de Pétrarque ?
o Ce dont on accuse le tribun, écrit-il aux Rot mains, ce n'est pas d'avoir abandonné, mais d'àa voir défendu la liberté ; ce u'est pas d'avoir déa sérié, mais d'avoir occupé le Capitole 1 son grand
(1) Je sais, lui écrit-il, que tu as l'habitude « per singulos « (lies ex quo ad reipublicie regimen ascendisti, luce prima, « ante quàm publici privatique negotii quidquam agas.vene- « randum Dominici corporis sacramentum cum multà devo- « tione et exactissima tuas mentis discussione suscipere; hoc « nimiruui sapientis opus est. » (Ad Laur. de Capessendâ libertate.)
t crime, celui qui le rend digne de mille croix, « c'est d'avoir osé affirmer qu'aujourd'hui encore c l'Empire romain est à Rome, et qu'il appartient « au peuple romain !» (1) c'est-à-dire, poursuit Pétrarque, c que ce pourquoi on le condamne est « ce qui fait sa gloire, à savoir la pensée de faire « délibérer à Rome sur le gouvernement qui conc vient aux Romains (2). *
Ce n'est pas tout. Pétrarque refuse ouvertement au Pape le droit déjuger Rienzi. 11 engage les Romains à redemander le prisonnier; car, dit-il : t on n'en est pas encore arrivé à ce degré de dét menée, de vous dénier le droit de justice sur vos • concitoyens. » (3) t Si Rienzi est coupable, c'est « à Rome qu'il a commis le crime, et le jugement
(1) « Non li.6 qùdem neglectœ sed defensœ libertatis ar- « guitur. Nec deserti sed occupati Capitolii reus est. Illud « sibi summum et crucibus expiandum scelus objicitur, « Romanum Imperium nunc etiam Romœ et pênes populi « Romani esse... » (Epist. IV sine (ituto.)
(2) Epist. ad franc. Nell., ap. Papencordt, p. 276.
(3) a Nundùm eo vesaniœ sunt evecti ut negare audeant « vos in vestros cives jus habere. » (Epist. sine titulo IV.)
« vous appartient. Défendez comme vous le pou- • vez et comme vous le devez le tribuu qui a bien « mérité de vous, qui a eu cette gloire de relever « non pas Rome seulement, mais l'Italie, et de « ressusciter la grande question endormie et ensec velie sous les siècles (1). »
(1) « .... Questionem magnam niullis sopitani ac sepultam « swculis suscitavit. » (Ep, IV sine titulo.)
LE POUVOIR TEMPOREL AVANT l.E GOUVER- NEMENT ABSOLU.
Les faits que nous venons d'exposer montrent bien quel était le caractère de la souveraineté des Papes sur Rome au moyen âge, et quel il fut jusqu'au quinzième siècle.
Les Italiens, de tout temps, ont su maintenir avec décision, entre le Pape chef de l'Église et le Pape souverain d'une partie de la Péninsule, la distinction qu'en France aussi, nos pères, ces fermes chrétieus, ont connue et pratiquée ; mais
que la mollesse des caractères, les entraînements aveugles ou les exigences intéressées d'un faux dévouement, nous ont depuis longtemps désappris.
Dante jette trois Papes au plus profond de son enfer (1) ; mais si la Papauté elle-même est en proie aux violences dans la personne de F un des Pontifes dont il inaudit les actes, il la défend en fils dévoué et en croyant (2). 11 poursuit d'invectives vengeresses les pasteurs sans lois (3j, mais il n'en reste pas moins digne, dans son orthodoxie, de prendre place parmi les témoins de la foi, parmi les hommes illustres en qui l'Église reconnaît les gardiens de la doctrine et les interprètes du dogme (4).
(1) Cant. XIX.
(2) Il fait acte de foi en la Papauté dans la personne môme de Boniface VIII qu'il damne :
Vcggio in Alagna entrar lo fiordaliso
E nel vicario suo Cristo esser catto (Ikfern. C. xx.)
(3) Ibid. C. xix et xvi.
(U) On sait que l'image du Dante a été introduite par Raphaël au milieu des Docteurs de l'Église, dans la célèbre fresque de la dispute du Saint-Sacrement.
Tlicologus Doutes nullius dogmatis expers
Voy«s le chap, d'Ozanam : Orthodoxie du Ihintr.