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Les Italiens du moyen âge, les Romaiuseu particulier, suivirent l'exemple du grand poëte du catholicisme. Ils menèrent rudement le Pape temporel, quand le Pape temporel se faisait l'ennemi de leurs franchises ; jamais l'abdication politique n'eût été le prix de leur fidélité religieuse. Us surent rester citoyens sans cesser d'être au besoin les défenseurs de la Papauté contre les tyrannies du dehors : ce sont les mêmes hommes qui, au milieu des dissensions civiles, contraignent les évôques de Rome à signer des chartes, et qui adressent à l'empereur Frédéric II, le puissant ennemi de l'Église, la profession de foi qui suit : « Sachez que nous sommes et avons toujours été « fermes et inébranlables dans la résolution de « vouloir et de faire ce qui peut contribuer à l'hon- « neur et à l'accroissement de la Sainte-Église qui « a été fondée dans cette ville non par un homme, « mais par Jésus-Christ. Nous ne pouvons, ni ne ■ devons rien omettre de ce qui nous paraît propre « à conserver entre nous et l'Église Romaine un a lien indissoluble d'affection et de paix, car l'É-
« glisc Romaine est particulièrement notre mère, « une mère que nous n'outrageons pas, mais que
« nous aimons et vénérons Entre tous les fils
« qu'elle a enfantés sur tous les points de la terre, - elle nous regarde plus spécialement comme ses « enfants, et répand sur nous toute 1* effusion de sa « charité. C'est pourquoi elle nous a toujours eus, « et, Dieu aidant, elle nous aura toujours entre ■ tous pour défenseurs spéciaux ; car son honneur « est notre propre honneur (1). »
Défendre et honorer l'Église dont elle avait la gloire de posséder le Siège principal, mais affirmer son droit propre et conserver une existence civile indépendante et personnelle; se dresser comme un rempart vivant entre les Papes et les menaces du dehors, mais régler librement ses affaires avec la Papauté temporelle : tel fut pendant une période
(i) Histor. diplomat. Frider.secundi, 1. 1, p. 7/i9. « ...Nam « Romana Ecclesia |nostra specialis est mater... inter alios « filios quos ubique terrarum mater sibi generavit, nos speo claies et proprios reputat... utpote qui honorem ejus non « alienum sed propriuin reputamus. »
de sept siècles, le double rôle de la Commune romaine et son constant effort. Au treizième siècle, en ce siècle qui vit le glorieux et complet épanouissement du catholicisme, le sénateur de Rome est dans toute la force du terme le mandataire de la commune, le gardien de ses droits contre deux puissances qui la menacent : le Pape et les nobles. C'est souvent à des Gibelins que le peuple confie cette magistrature protectrice (1) ; parfois, deux sénateurs sont élus à la fois, l'un Guelfe, l'autre Gibelin ; mais Guelfes ou Gibelins les sénateurs se trouvent sans cesse en désaccord avec les Papes, jaloux qu'ils sout de leur autorité propre et des privilèges de la cité qu'ils représentent (2).
L'idée de l'indépendance de la Commune rôti) On connaît les noms de Luca Savelli, Giovanni de Lenzi, Brancaleone, Castellano.
(2) Voyez Galeotti, delta Sovranità e del Govcvno temporale dei Papi, p. 38. L'auteur cite un curieux fragment d'une lettre du pape Clùment IV : « Duo Senatores facti
a sunt angimur ab iisdein prœcipuè propter débita quaj
« tu nosti, pro quibus obligata; sunt possessiones Ecc'esia- « rum urbis. » (126C.)
maine est si fortement enracinée dans les traditions et dans les mœurs politiques, qu'au moment où le cardinal Albornoz a reconquis par la diplomatie et par les armes, les provinces qui composent les États de l'Église (1362), le représentant victorieux du Saint-Siège ne retrouve la possession de Rome qu'à la condition de n'y exercer ni office \ ni juridiction (1). Après cette reconnaissance de la seigneurie (signoria) du Pape, à qui le triomphe du légat assure seulement le droit de choisir le. sénateur, le gouvernement républicain reste debout.
Même caractère du pouvoir Pontiûcal dans les provinces qui rentrent alors sous la Souveraineté, ou, pour mieux dire, sous la suzeraineté du Saint- Siège. Fermo, Pérouse, Assise, etc., etc., restent, sous la seule condition d'un cens annuel, entre les mains des chefs ou des Seigneurs qui les détiennent, et qui, sous le nom de Vicaires, gouver-
(1) Villani, lib. XI, cap. xiv. « Diero al Papa il governo
« délia città liberamenle, alcuno uffizio o giurisdi-
« zione » Voyez aussi Muratori, Annali d'italia, t. Vllf,
nent el administrent en dehons de tout contrôle. * Les Vicaires ne se rattachent à l'autorité Pontificale que par un lien fictif; ils peuvent se mettre, sans le consentement du Pape, à la solde des princes étrangers (1). Or. presque toutes les parties des États de l'Église furent ainsi constituées en Vicariats.
Quant aux villes non placées sous la main des Seigneurs et ne relevant que d'elles-mêmes, elles fout avec les Papes des conventions plus ou moins semblables à celles que conclut Bologne en 1428 avec le Pape Martin V. « Le Gonfalonier et onze < anciens composant la Seigneurie et exerçant le « pouvoir exécutif, étaient choisis librement par le « peuple de Bologne. Le Cardinal devait résider « au Grand Palais, et les Seigneurs dans celui des « Notaires. Le Cardinal était autorisé à entretenir
(1) a Senzalicenza dei Ponteficisiconducevano agli stipendi « d'altri principi, non eccettuando di non esser tenuti a « sprvirli contro la Chiesa, e ricevendo autorità di loro di a difcndcrli eziandio contro air autorità e le armi dei « PonUfioi. » (Giucciardim\ lib. iv, Cap. h)
« trois cents cavaliers et deux cents fantassins, et • non plus. Méuie droit pour les Seigneurs. Le « Pape ne pouvait nommer Podestat qu'un candi- « dat présenté par ces derniers, et n'envoyer d'au- « tre Légat que celui qui serait agréé par le peu- « pie » (1).
Ainsi dans la Romagne (2) aussi bien qu'à Rome même , la Souveraineté des Papes à l'époque dont nous parlons est purement nominale ; au-dessous de cette Souveraineté le Gouvernement et l'administration fonctionnent dans une sphère d'indépendance absolue , et cette indépendance est poussée jusqu'au droit de paix et de guerre. Les cités qui reconnaissent le pouvoir Papal sont donc aussi libres que toutes les autres républiques de l'Italie.
(1} Cronica di Bologna, R. I. S. Tout. VI II. p. 600.
(2) Othon de Freysingen loue des le douzième siècle l'habileté, l'esprit de gouvernement et la passion pour la liberté des cités Romagnoles : « Latini sermonis elegantiam morum- « que retinent urbanitem. In civitatum quoque dispositione « ac reipublicae conservatione antiquorum adhuc imitantur « solerliam. Denique libertatem tantoperè affectant ut, « potestatis insolentiam fugiendo, consulum potiùs quàm « impcrautium regantur arbitrio. » (Lib. If, c. un.)
Car, ainsi que l'observe le publiciste italien qui a parlé avec une impartialité savante du gouvernement temporel des Papes (i) « affirmer la haute « Souveraineté du Pape et de l'Empereur, quand « l'un ou l'autre laissait intacte l'administration , « respectait les privilèges et restait étranger au « gouvernement, ce n'était pas compromettre la t liberté, mais s'assurer une protcctiou égale et ■ une garantie de sécurité. »
Dans une telle constitution des États de l'Église, qu'y a-t-il de commun avec ce Gouvernement concentré, avec ce pouvoir sans limites et sans garanties sous lesquels la bonne foi des hommes imprudents qui se croient les défenseurs du Saint- Siège, s'acharne, depuis un demi-siècle, à accabler la Papauté temporelle ?
Qui dira que cette constitution a fait place à tout jamais, en vertu de je ne sais quel coup d'État divin , à un système de gouvernement directement contraire ?
(1) Galeotti, p. 36.