‹ La souveraineté pontificale et l'ItalieChapitre 9 sur 16 · SIOX LIBRE DES POPULATIONS SUR LESQUELLES CB « POUVOIR S'EXERCE · texte numérisé non relu

SIOX LIBRE DES POPULATIONS SUR LESQUELLES CB « POUVOIR S'EXERCE

Ces déductions, qui ressortent directement et invinciblement tle l'histoire de la Papauté temporelle, étant établies, les formules que nous avons énoncées en contradiction des détestables maximes qui ont présidé à la restauration de 1849, se trouvent justifiées. Nous sommes maintenant en droit de nous adresser aux défenseurs de ces maximes et de leur dire :

<r Vous êtes, en dépit de vos intentions, les pires ennemis de la Papauté ; car la théorie au nom de laquelle vous décrétez d'incapacité politique (1) les populations romaines, est la plus redoutable machine de guerre qu'il soit possible de forger eontre le catholicisme au delà des Alpes; car celle sommation que vous adressez à une

(1) Cette théorie est le fond de tous les écrite du* cliok do l'opinion qii" je combat*.

portion de l'Italie, et, par conséquent, — je l'ai démontré, — à l'Italie tout entière, d'avoir à choisir entre l'Église et son existence nationale ;

d'avoir à sacrifier ou la tradition religieuse ou tout cet ordre d'idées, d'intérêts, de sentiments qui composent la vie publique, qui en font du moins le prix et la dignité, une telle sommation est une épreuve à laquelle la foi du peuple italien ne résistera pas.

Quoi î c'est au nom d'une forme de gouvernement qui elle-même aujourd'hui n'est plus qu'une apparence , une chose morte, c'est au nom d'une fiction que vous prononcez cette mise hors la loi de tout un peuple, et que vous jouez ce terrible jeu de pousser dans une sorte de champ-clos la Papauté et l'Italie ; vous prenez place vaillamment pour assister à ce duel à outrance, et pendant que les âmes saignent et que les consciences se déchirent, vous applaudissez aux chances diverses de la lutte, et vous répétez : Attendons !

Mais soitî j'admets votre principe nouveau, t la négation des droits politiques des populations ro-

inaines, • par quel moyen le ferez- vous respecler? Il n'en est qu'un, un seul : la compression par la force étrangère et l'occupation permaneute. Or t remarquez-le, autant une intervention passagère peut être salutaire parce qu'elle n'a d'autre objet que de replacer un pays dans ses conditions normales d'existence momentanément troublées, au tant une occupation permanente va contre le but que vous proposez. Quand le Pape est gardé par les peuples qu'il gouverne, leur adhésion est véritablement pour le Saint-Siège une garantie d'indépendance; enlevant prétexte aux invasions, elle ferme l'entrée des États de l'Église et étend autour du trône Pontifical une zone de neutralité. Mais que cette adhésion se retire, aussitôt, la barrière tombant, TÉtat-Romain devient une arène ou deux ou trois peuples rivaux vont se disputant dans une mêlée confuse, les débris d'un pouvoir qu'ils compromettent alors même qu'ils se proposent de le sauvegarder. Voilà ce que nous disions dès 1849 (1);

(1) Conditions de la paix dans les États- Uamains, p. 75.

et si le désintéressement de la France a entouré le pouvoir du Saint-Père à Rome de tous les ménagements que peut inspirer le sentiment d'un grand devoir dites-nous si l'attitude prise par l'Autriche en Romagne de I8/18 à !859 avait donné un démenti à nos prévisions (1) 1

Et d'ailleurs, si l'occupation venait à se prolonger et à devenir un fait normal, ne craindriez- * vous pas qu'à la captivité d'Avignon, ne vînt par la force des choses , à succéder la captivité de Rome? que le Pape soit chez vous ou que vous soyez chez le Pape, après un certain nombre d'années, où sera la différence?

Que si, vous disions-nous encore; que si, pour désarmer la susceptibilité naturelle des autres puissances catholiques, les diverses armées de l'Europe viennent, dans une coalition fraternelle, prendre possession du territoire italien, l'Italie aura précisément le même droit de suspecter les décrets pro-

(1) Voyez les documents que nous avons publiés dans notre livre : L'Autriche dans la confàtà ulion italienne; 1800.

mulgués sous une pression étrangère, que les natious étrangères de repousser les décisions rendues sous la pression de l'Italie. Qu'opposerez-vous à ses griefs? au nom de la liberté, vous mettez Tltalie au ban des nations libres; au nom du catholicisme, la mettrez-vous au ban des nations catholiques?

Vous n'avez pas eu assez d'indignation et de colères pour flétrir la brochure célèbre qui, deshéritant les populations romaines de la gloire des peuples libres, les conviait au paisible bonheur que peut offrir l'éloignement des intérêts et des passions de la vie politique. J'eusse compris ces colères si, comme nous, vous aspiriez à rendre à la Papauté les orageuses mais fécondes grandeurs qu'elle a trouvées si longtemps dans la direction hardie des libertés populaires. Mais à part la question de l'étendue du territoire poutifical, réclamezvous autre chose pour les populations des États- Romains que ce que demandait pour Rome et son territoire, la brochure le Pape et te Congrès?

Cette brochure refusait à l'État ecclésiastique

une représentation nationale, la presse, le jury, toutes les institutions libres ; elle ne réclamait pour lui qu'uue administration paternelle et l'éclat de la Cour Pontificale ; elle lui imposait des devoirs mais lui refusait tous les droits: n'est-ce pas là votre programme?

Où allez-vous, et que prétendez- vous?

Vous maudissez l'unité Italienne et vous invoquez la fédération : à la bonne heure ! mais cette fédération , vous l'avez repoussée quand elle était

possible, et c'est depuis qu'elle semble irréalisable que vous la réclamez. 11 y eut un jour où le système de la fédération des États;I talions fut présenté au monde Catholique. Rome , Rome Pontificale était la clef de voûte de ce système ; et si cette grande pensée eût été comprise, jamais plus admirable occasion ne vous avait été donnée de servir le Saint- Siège. Alors l'idée de l'unité Italienne n'était point née, ou du moins elle n'était pas descendue de la théorie dans les faits; alors ni les situations ni les esprits n'étaient engagés ; alors les désirs de l'Italie n'allaient pas au delà d'une association diploma-

tique de ses États. Les volontés étaient favorables au delà comme en deçà des Alpes, le champ politique était libre. Or, comment avez-vous accueilli l'exposé authentique du plan qui eût sauvé la Papauté temporelle , en la dégageant des responsabilités qui raccableni? L'histoire redira cette incomparable faute : Vous avez dirigé contre la brochure Napoléon III et l'Italie , les feux croisés de vos batteries ; vous avez dénoncé à la défiauce publique une pensée d'où veuait le salut. Dès le premier jour, vous avez tué le système de la fédération dans l'opinion du monde catholique.

Et si, par hasard, cette idée de la fédération surgissait une fois encore du milieu des ruines, vous ne l'invoqueriez, ne le déclarez-vous pas aujourd'hui, qu'à des conditions qui par avance l'ont frappée de mort.

Ainsi, en 1849, vous avez faussé le mouvement qui ramenait le Pape à Rome, et paralysé la restauration; en 1859, vous avez ruiné autant qu'il était en vous, le seul plan qui put rendre la vie au gouvernement Pontifical. Aujourd'hui , en niant

des droits que la Papauté temporelle avait respectés sept siècles durant , vous la poussez opiniâtrement dans une voie sans issue. Vous rejetez donc tout ce qui est réalisable, vous ne poursuivez que des chimères et n'aspirez qu'à l'impossible. Vous n'avez à mettre au service du Saint-Siège que des utopies ou des catastrophes î vous êtes le parti du néant !

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