‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 22 sur 32 · SANTE · texte numérisé non relu

SANTE

marchandises du commerce international, emprunts contractés par l'étranger, revenus ou ventes de propriétés et intérêts des capitaux placés à l'étranger, dépenses de l'étranger dans le pays, etc. Le passif se compose des facteurs correspondants inverses, et de même que pour les marchandises, c'est l'excédent de l'offre qui provoque la baisse et l'excédent de la demande qui suscite la hausse. La profession des banquiers qui achètent et vendent du change est soumise aux mêmes lois économiques que le commerce le plus ordinaire, et le crédit, aussi longtemps qu'on en trouve, intervient là également pour compenser l'excédent possible des dettes sur les créances. Ces crédits appelés « crédits de spéculation » doivent être compris parmi les éléments de la balance des comptes qui reste bien le phénomène essentiel dominant les fluctuations des changes.

Si la balance des comptes demeure le milieu où prennent naissance ces fluctuations, il n’en faut pas moins réprimer la tendance naturelle à l'esprit qui consiste, devant un dédale de causes auxquelles il semble impossible d’assigner une hiérarchie, de choisir savamment l'une d'elles, de l'exploiter et d'y plier les autres. L'unité de la vie économique se prête trop facilement à la hardiesse de ces généralisations simplificatrices.

Nous avons reconnu que le change était pour des pays différents la comparaison des pouvoirs d'achat de leur monnaie et des niveaux de leurs prix, et que par conséquent c'était l'instabilité de ceux-ci qui provoquait celle des changes. Il faut bien alors reconnaître que l'inflation quoi qu'en aient dit certains, jouit ici d'une influence qui

pour être indirecte n'en est pas moins certaine. Cette ac-

ile

tion indirecte se manifeste de plusieurs manières, mais c'est toujours par l'intermédiaire de la balance des comptes qu'elle atteint le change.

L'inflation fait hausser les prix, mais cette hausse s'arrête à la frontière, parce que le pays étranger dans lequel importe le pays inflationniste ne consent pas à payer des prix majorés (1). C'est ainsi qu'en Angleterre, on n’achètera pas 200 schillings une tonne de fonte venant de France qui coûterait 100 schillings si elle venait d'Espagne. Pour que les échanges puissent se faire il faut que dans les marchés passés avec l'étranger, les prix majorés par l'inflation s’abaissent à leur niveau réel. Mécaniquement le change fait cette rectification qui n’est en somme ‘ que la mise en harmonie avec l'extérieur de la dépréciation intérieure due à un accroissement de moyens monétaires en face d’un volume de valeurs réelles constant,

D'autre part nous avons vu que l'Inflation peut avoir pour résultat de provoquer une activité de la consommation plus que proportionnelle à la bausse des prix parce que les gens, ayant entre les mains des signes monétaires qui vont toujours en s’aménuisant, ont tendance au lieu d’épargner à les investir en biens, immeubles, etc. échappant à la dépréciation. En Allemagne en particulier (2), on voit à certains moments la production ne plus suffire à cette multiplication anormale des achats qui absorbe les marchandises au fur et à mesure qu'elles

sont produites et paralyse ainsi l'essor du commerce extéri-

° (1) — Voir la « réforme sociale » d’Août 1920. Article de M. Ch. Mourre.

(2) Voir «La débacle monétaire de l’Allemagne» par M. GUEBHARD Revue économique Internationale de Septembre 1922.

ATOS

eur.Mêmelorsqu'il n'ya pas cette fièvre de spéculationetce besoin d'acquérirà n'importe quel prix une certaine stabilité mais qu'on se trouve simplement en présence d'une période d'incubation de la hausse consécutive à une surabondance de monnaie, le commerce national, estimant plus avantageux de vendre sur le marché intérieur, délaisse ses débouchés ou ne fait aucun effort pour en conquérir. De cette façon l'Inflation peut avoir pour conséquences une diminution des exportations x elle leur nuit encore du fait qu’elle fait atteindre au prix de revient des proportions telles que le producteur national n'est plus en mesure de concurrencer avantageusement les producteurs étrangers. En outre l'Inflation agit encore sur la balance commerciale en provoquant souvent un accroissement des importations, parce que le change si élevé soit-il peut se trouver impuissant àrestreindre les achats à l'extérieur, l'importateur étant sûr d'écouler ses marchandises étrangères, vu la masse monétaire dont dispose la consommation. C'est ainsi quesi la partie la plus importante de nos achats extérieurs en 1919 a correspondu à des besoins impérieux de notre industrie ou de nos régions libérées, il n'en est pas moins vrai qu'une partie aussi a été destinée à des consommations intérieures que l'Inflation exagérait. En particulier la hausse des prix qu'ellesuscitait a accru les importations d'objets fabriqués.

En troisième lieu nous avons dit que l’Inflation exerce une action non seulement sur les prix mais encore sur le taux de l'intérêt et une modification de celui-ci peut déterminer des mouvements de capitaux susceptibles d'affecter le change. Ses oscillations se trouvent donc plus ou moins soumises à l'influence de l'Inflation puisque celle-

yo

ci peut favoriser le passif, nuire à l'actif et troubler l’équi- Jibre de la balance des engagements.

D'ailleurs elle agit encore sur les changes par d’autres conséquences plus indirectes. Il suffit d'envisager les faits déterminant les mouvements psychologiques qui ont leurs répercussions dans les phénomènes économiques.

Le degré de crédit ou de discrédit d’un Etat est susceptible d'augmenter ou de diminuer la demande de ses devises sur le marché des changes. Or un accroissement ou une prévision d'accroissement de circulation fiduciaire se présente comme un agent pathogène destiné à obvier à une situation en elle-même déjà troublée et qui, en la considérant, retarde forcément le retour à une période normale. Par exemple, pour les crédits de spéculation que nous examinerons dans la suite, il est certain que le pouvoir d'achat intérieur de la monnaie que les spéculateurs achètent, leur importe peu, et qu'ils se décident selon l'espoir oula crainte qu'ils nourrissent à l'égard deleurs cours futurs. Comme ils considèrent en somme le relèvement ultérieur du pays dont ils achètent la monnaie, ils sont forcément influencés par le mouvement de l’Inflation et la politique monétaire du Gouvernement, qui constituent pour eux des éléments d'appréciation essentiels.

Ainsi la balance des comptes et l’Inflation dominent les mouvements des changes mais le deuxième élément n’exerce son influence que par l'intermédiaire du prernier. Quant à savoir lequel des deux bénéficie de la prépondérance, c’est une question d'espèce. Par exemple en Italie au début de 1916, l'Inflation diminue mais le déséquilibre commercial augmente et le cours de la lire s’affaisse.

Dans l’Europe centrale où le papier monnaie est sura-

sp

bondant, mais dont la rigidité du bloc commercial fait un marché fermé, le facteur commercial n'a qu'une influence limitée et laisse finalement la prépondérence au facteur monétaire. Les Allemands ont au début nié à celui-ci toute responsabilité dans la chute de leur mark. Ces allégations semblèrent d’ailleurs assez exactes pendant la guerre et cette situation, qui servait d'argument aux inflationnistes, donnait lieu à des phénomènes bizarres. En réalité « le bloc commercial » dont parle M. AcxiLze LortA (1) avait eu pour effet de diminuer le déséquilibre de la balance des comptes, ce qui avait fait hausser le mark sur le marché des changes, mais n'avait eu aucune influence sur sa dépréciation vis-à-vis des marchandises nationales, Et c'est pourquoi au cours de la guerre le mark par suite de l'Inflation avait subi une dépréciation intérieure de 45 % et seulement une chute de 20 % par rapport aux monnaies étrangères. Beaucoup de spéculateurs et notamment des Hollandais vendaient leurs produits en Allemagne pour obtenir une grande quantité de marks qu'ils échangeaient ensuite contre une quantité de leur monnaie nationale bien supérieure à la valeur qu'avaient leurs marchandises dans leur propre pays.

Les faits n'ont donc pas toujours confirmé un lien étroit entre le change et la puissance d'achat intérieure et les éconoinistes ont été amenés à étudier l'influence des variations monétaires par rapport au pouvoir d'achat des différentes monnaies dans différents pays, ou si l’on veu l'harmonie existant entre la dépréciatron des changes d'une

(1) Voir « l'Inflation monétaire » par M.Acuizze Lona » Revue conomique internationale de Septembre 1920:

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monnaie par rapport à une autre et les pouvoirs d’acha de ces monnaies. Prenons des exemples : La puissance d'achat de la couronne Autrichienne à l'automne 1921 était de beaucoup supérieure à sa puissance d'achat extérieure, tandis qu'en Suisse à la même époque c'était le phénomène inverse qui se produisait et la puissance d'achat du franc suisse demeurait inférieure à sa puissance d'achat extérieure.

UE En Août 1922 le nombre indice des prixde gros en- France était de 330.5 et en Angleterre de 152,3, c'est-àdire dans le rapport de 2, 167 à 1, et il y avait une très légère inharmonie ou disparité monétaire, puisque le cours dela livre sterling qui est de 25,22 au pair était à cette époque de 57,70, alors qu’il aurait dû être pour qu’il y eut parité : 25,22 X 2,167 = 54,64. C’est par voie d'’oscillation que la parité s'établit et la différence peut se manifester dansles deux sens comme l'indique le tableau suivant pour le cours de la livre sterling (1).

Le cours théorique indique celui qui, aurait dû être pour qu'il y eut parité exacte.

Cours théorique Cours réel moyen Août CAL RASE 46,14 47,12 DODIEMIDEO LUZ. ere 49,50 48,40 Oetobre Dee Cr ie Cre 51,40 51,25 Novo rent 5 52,16 52,40 Become Ni... 52,30 53,50 Jane een 50,80 51.74 Février Us EME ARNRRR PRE 49,80 50,01

(1) Chiffres donnés par M. C.J Gicexoux dans« Le problème

monétaire mondial»e. Revue d'économie politique de Septembre- Octobre 1922.

Cours théorique Conrs réel moyen Mars At 2 A ES DE . 49,44 48,40 Avril SE PTE ROIUT 48,83 47,90 Mai AE ART 50,20 48,91 Juin PACA EN MEE Ce P 51,45 51,54 Juillet NE Es VER rates 52,10 54,54 Août sav hdi cet CE 54 70 95,66

« La parité monétaire est celle qui existe entre les puissances d'achat d'une monnaie transformée d'après les rapports du change dans deux pays différents» (1). Il est alors indifférent d'acheter dans un pays plutôt que dans l'autre parce que la chute de la monnaie sur le marché des changes a trouvé son contre poids dans la hausse des prix chez son pays d'origine. Autrefois le cours des changes dépendait dela quantité d'or contenue dans chaque unité monétaire et on y ajoutait quelques rectifications dues au transport du métal d’un pays dans un auire.

On peut dire aujourd’hui que les parités des puissances d’achat représentent, depuis que l'or estretiré de la circulation, le véritable équilibre des changes. C’est par elles qu'on peut se rendre compte de la valeur des devises, parce que la puissance d'achat interne tend à occuper la. place de la parité or d'avant guerre c'est-à-dire la place autour de laquelle se concentrent les fluctuations du change. Théoriquement, cours du change et puissance d'achat semblent devoir coïncider, puisqu’en principe des commerçants ou des consommateurs ne consentiront pas

(1) Cours de M. Germain Marin, 1921.

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