‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 25 sur 32 · NOT · texte numérisé non relu

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dantes aux variations de prix aux Etats-Unis, compte

tenu à chaque instant de la valeur de la monnaie des pays envisagés par rapport au dollar. Ensuite il ÿ a un parallélisme frappant entre l'ordre de classement des pays au point de vue des prix et celui de classement au point de vue des changes. « Il y a coïncidence absolue entre ces ordres dans 55% des cas. Les principales sources de discordance proviennent du Japon où les prix ont été anormalement élevés, de la Suède et de la Suisse qui ont des prix en général plus élevés que leur change ne le comporte, et des Pays-Bas et de la Grande Bretagne qui ont inversement des prix plus bas que ne le comporte l’état de leur change. » (1).

I] faut reconnaître cependantqu'à l'intérieur d'un pays les prix ont progressé parfois d’une façon désordonnée et à des vitesses inégales : Dans les pays où l'inflation a été considérable, des objets de première nécessité sont devenus des objets de luxe, tandis que leur peu d'utilité a fait diminuer beaucoup la valeur de ces derniers. De telles conséquences ont accentuéle contraste avec les pays où les conditions étaient restées relativement normales et qui se mirent à acheter ces objets de luxe ; et c’est ainsi que toutes sortes d'œuvres d'art, qui devraient faire partie du patrimoine et de la civilisation d'un pays, ont pu passer à l'étranger. Ajoutons en outre qu'il est des marchan-

-dises qui suivent de près chaque mouvement des cours

tandis que d’autres moins élastiques n'accompagnent que

(1; « Le change etles prix » par M. Ouvrier. Revue d'économie politique. Année 1922 page 420.

de loin leurs fluctuations. Chaque nouvelle dépréciation

augmente donc la divergence entre le niveau moyen des prix et certains prix particuliers. On connait le cas typique qui s’est passé en Hongrie et qui a été relaté en son temps par le MANCHESTER (GUARDIAN COMMERCIAL : Quelqu'un qui avait vendu des bijoux d’une valeur de 4.000 couronnes d'avant guerre put acheter avecla sommereçue une maison valant 50.000 couronnes d'avant guerre. Un fait aussi extraordinaire ne peut s'expliquer que parce que les prix des bijoux se sont bien plus adaptés aux prix externes, tandis que les prix des terrains appartiennent à la catégorie moins élastique qui ne répond qu'imparfaitement aux fluctuations des changes. Devant un état de choses où les prix ne progressent pas parallèlement, on imagine toutes les combinaisons que peut échafauder une spéculation audacieuse.

La tendance générale des variations du change se présente peut-on donc dire sous des aspects analogues à ceux qui caractérisent les prix, ct il y a, compte tenu des disparités que nous avons expliquées, des liens extrémement étroits entre la circulation, les prix et les changes. Le tableau suivant indique le rapport de ces éléments en France depuis la fin de la guerre (1).

(1) « Situation économique et financière » du13 Avril 1923.

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Ces chiffres montrent suffisamment que toute la vie économique se trouve soumise à des facteurs qui n'intervenaient pas autrefois ou qui n’intervenaient qu'exceptionnellement et pour certains pays. Aujourd'hui l'influence des changes est générale et dominatrice de tout le mouvement des échanges sur tous les marchés, et les effroyables variations de prix consécutives aux fluctuations des changes ont donné une importance extraordinaire aux erreurs d'appréciation. Autrement dittous ceux qui dans leur ensemble achètent ou s'engagent à acheter avant de vendre, au comptant ou à terme, sont obligés de prévoir les conditions futures du marché et les dispositions futures de la consommation ; mais depuis la guerre les circonstances les ont mis en demeure de prévoir quelque chose de plus : La valeur de la monnaie. Pour les producteurs et les commerçants c'est une gêne considérable de ne pouvoir faire des évaluations sérieuses en ce qui concerne le coût de production et le prix de vente, faute de savoir quel mouvement affecteront les changes. Si par exemple un industriel s'est porté acquéreur de marchandises en Angleterre et si la livre sterling vient à baisser par rapport au franc, des concurrents pourront obtenir sur le même marché des prix plus avantageux en

francs et le premier acheteur subira une perte contre laquelle toute sa prudence ne pourra rien.

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Ceci s'applique aux marchés passés au comptant. Mais .ilen est de même et à plus forte raison pour les marchés à terme qui sont le mode habituel du commerce International : Le temps qui sépare le jour de l'acquisition du

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jour du paiement contient tous les risques de perte qu'une hausse des changes étrangers fera courir d'une part à l'importateur et d'autre part à l’exportateur qui a fixé son prix en monnaie de son pays. Inversement toute baisse des changes entraînera une perte pour l’importateur qui a acheté en monnaie de son pays et pour l’exportateur qui a vendu en monnaie étrangère.

Cette instabilité aboutit à l’une des deux situations suivantes, l'une et l’autre très graves : Ou bien le commerçant et le producteurs essayent de se couvrir contre ce risque supplémentaire en reculant la marge de leurs profits, ce qui conduit à une exagération des prix... ou bien les opérations sont suspendues et le crédit, qui est le nerf de la vie économique, se trouve considérablement diminué. Un acheteur qui prend pour base de son opération le cours du change du jour où il passe sa commande n'a pas besoin en principe de se procurer les devises nécessaires au paiement avant la livraison de la marchandise. Il suffit de donner des garanties ou des preuves de sa solvabilité. Autrefois la chose était courante ; mais aujourd'hui les circonstances sont telles que « contracter à terme, sans couvrir son change, est s'engager dans une spéculation qui peut avoir les pires conséquences » , parce qu’en quelques jours, quelquefois en quelques heures, les fluctuations du change peuvent transformer une opération présumée avantageuse en un véritable désastre. Le seul remède à cette situation consiste dans les marchés à terme de devises étrangères, près desquels on achète dès maintenant les devises dont on aura besoin dans trois mois ou on vend tout de suite celles qu'on doit recevoir

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dans trois mois. (1) Ce système n'a pas d'ailleurs que des avantages : Il constitue une limitation du risque et une assurance contre la perte, en ce sens qu'il assure le bénéfice, mais il le comprime dans les limites qui avaient été la base du calcul, c'est-à-dire qu'il empêche de profiter des chances de gain consécutives à une variation favorable des changes. Ceux-ci peuvent en effet se modifier de telle facon qu'il y ait à l'échéance du terme « un manque à gagner » que ne subiront pas ceux qui, commerçants moins prudents ou spéculateurs plus audacieux, auront attendu le terme pour se procurer ou pour recevoir les devises étrangères.

Le commerçant pourrait se procurer dès aujourd'hui les devises dont il aura besoin dans quelques mois et les conserver jusqu'au jour du paiement, mais une autre méthode peut être employée, et qui est souvent plus pratique parce que ce commerçant peut ne pas avoir dès maintenant à sa disposition les disponibilités nécessaires pour acheter ces devises.Alors il passe avec une banque un contrat pour se les procurer à terme (dans trois mois par exemple).Naturellement ce contrat est basé sur le cours d'aujourd'hui etcest cette particularité qui supprime le risque, mais généralement il y a tout de même une différence entre le prix des monnaies achetées à terme et celui des monnaies achetées au comptant. C’est ainsi qu'à Londres de 1920 à 1922, le dollar à terme a été en général à meilleur marché que le dollar au comptant dans la preportion de 1%

(1) Voir « La mobilisation du change et le marché à terme des changes d'Anvers » par M. Pauz Van Hisssxnovex. Revue écono mique intern. de Septembre 1920.

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par an, le franc, la lire le mark plus chers à terme qu'au comptant dans la proportion de 2 1/2 %, 6 % et 5 % par am (1). Les économistes et les financiers ont dressé des tables de taux d'escompte du change sur les différentes places, il varie de quelques points d’une semaine à l'autre. Une des causes essentielles de ces différences réside dans les taux que l’on obtient pour l'argent à court terme (c'est-à-dire prêté ou déposé à courte échéance) sur les marchés des deux places. Ce devrait même être la cause essentielle si l'insécurité générale qui caractérise notre époque n'avait pas donné une importance inusitée à certains facteurs tels que la possibilité d’ébranlements financiers, de désordres politiques, de réformes monétaires etc... Une troisième cause doit être cherchée dans le degré de concurrence existant entre les banques faisant ces opérations : c'est ainsi que d'après M. J. M. Keyxes le taux élevé des roupies Indiennes à terme vient d’une absence de concurrence chez les banques d’Extrême- Orient. Enfin une quatrième cause réside dans le nombre respectif des acheteurs et des vendeurs à terme, et dans la prépondérance des uns ou des autres, parce que, si le taux du terme doit laisser au banquier la possibilité de se <ouvrir par une opération au comptant et d'en retirer un léger bénéfice, il n’est pas toujours nécessaire d'user de

cette possibilité et il arrire souvent qu'on peut combiner

(1) Voir « Le marché à terme des devises étrangères » par M. J. M. Keyxes. MANCHESTER GUARDIAN ComMMERCIAL. (Reconstruction de l’Europe) du 30 Avril 1922. page 12.

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