AGE LAPS
quiallaient êtres prises pour soutenir : le cours du mark etlebruit se répandit qu’à New-York et à Amsterdam on achetait des marks pour le compte de la REICHSBANK, (1) Lorsque la Banque MENDELSsSonN, une des plus anciennes de Berlin, fut signalée comme dirigeant le mouvement et lorsqu'elle fut en mesure de contrecarrer la hausse provoquée par l'étranger à la bourse de Berlin en jetant sur le marché des quantités considérables de livres sterling, tout le monde comprit ce qui se passait et renonca à spéculer sur une dép réciation plus grande et continue du mark, L'intervention de la ReicHsBaAnx était parvenue à corriger des fluctuations temporairement excessives et désordonnées.(2) Plus récemment encore, le 16 juillet 1923 les journaux annonçaient que la RErcHsBANK ayant arbitrairement supprimé Ja cote des devises, les ordres d'achat atteignirent un montant fabuleux. Les banques présentèrent des ordres portant sur 26 millions de florins 12 millions de dollars, etc... le tout présentant pour la. seule Bourse d’une journée un montant d'achat équiva- Jant à 20 trillions, c’est-à-dire égal au montant total de la monnaie de papier en circulation en Allemagne à cette époque. Priées d'annuler une part importante de ces ordres d'achats les banques refusèrent, et le représentant de la RercnsBanx fit connaître alors qu'ilne satisferait que 1/4 % des demandes, ce qui fut rejeté par les acheteurs. Seuls les importateurs de vivres purent acheter les
(1) Voir «Correspondance économique franco-allemande» du 15 mai 1923. Page 12. Art. de M. J.Jastrow.
(2) Il semble établi que des banques étrangères puissantes ont participé à l’opération.
devises nécessaires à leurs transactions et la REICHSBANK en guise de représailles a menacé de refuser tout escompte aux banques séditieuses. |
Depuis, l'émission des billets a augmenté et le mark tend à ne même plus remplir les fonctions économiques de l'argent qui sont dans bien des cas déjà transferrées aux monnaies étrangères donton a fait des réserves. Si ces tendances étaient généralisées, ou si aprèsavoir établi les prix en étalons étrangers, on exigeait cependant par la suite le règlement en marks, la spéculation à la baisse sur la monnaie allemande prendrait des proportions désastreuses.
Il est un pays, la Galicie orientale, où ce phénomène s’est développé jusqu'à son aboutissement logique c'est-à-dire jusqu'à l'adoption à peu près complète d'une monnaie étrangère et où la spéculation sur les changes est devenue une institution nationale ayant mêne gagné les masses paysannes. Il est intéressant de le signaler,encore qu'il faille reconnaitre que ce pays s'est trouvé dans des circonstances assez particulières (1) :
Depuis 19141la Galicie orientale s'est vue successivement gouvernée 3 fois par l'Autriche, 2 fois par la Russie, 1 fois par les Bolchevistes, et2 fois par la Pologne qui la domine encore actuellement; à peu près chaque fois, l'Etat qui en faisait la conquête la munissait de ses billets de banque (couronnes, roubles, marks) sans
compter qu'elle-même au moment de la déchéance des
Voir «Changes et cours dans un village de la Galicie Orientale» par M.L. B. Namier; «Manchester Gardian Commercial» reconstruction de l’Europe, 20 avril 1922.
HABsBOURG ne manqua pas de se donner une monnaie nouvelle : Les «Hwrini» et les «Karbowance» d'origine russo-ukrainienne et de valeur sensiblement équivalente à l’ancienne couronne autrichienne. Le paysan galicien vit sombrer toutes les monnaies auxquelles il avait dû successivement rendre hommage et sa crédulité nerésista pas à tant de fantaisies monétaires qui s'accompagnaient de misère, d'inégalités de répartition et de transactions louches. Il faut ajouter à cela les mouvements de migration dont la Galicie orientale est le théâtre pour comprendre que le dollar américain et canadien soit deveuu la valeur courante de ce-pays.
Avant la guerre des centaines de milliers de Juifs de paysans galiciens avaient émigré vers l'Amérique, les Juifs presque tous à New-York, les paysans au Canada occidental. On peut dire à l'heure actuelle qu'il n’y a guère une famille juive de la Galicie orientale qui n'ait pas de parents aux Etats-Unis ni un village dont plusieurs paysans ne soient pas allés s'établir au Canada. Les communications ayant été coupées depuis 1914, et ne pouvant plus envoyer des subsides à leur famille comme ils avaient l'habitude de le faire, l'argent s’accumula entre les mains de ces émigrés et augmenta même de valeur dans des proportions inouies à l'égard des couronnes, des roubles ou des marks. Revenus au pays après la guerre, avec quelques milliers de dollars les plus humbles de ces émigrés se trouvèrent millionnaires et devinrent les rois de leur village. Bientôt les champs les forêts et les maisons ne furent plus achetés qu’en dollars et ceux-ci eux. mêmes formèrent un objet de commerce important : « Aux toires des petites villes de la Galicie orientale on passe les
premières heures à s'informer des chances et chaque paysan connaît les cours des dollars américain et canadien ainsi que leurs prix en marks polonais. Il y a naturellement des fluctuations locales. L’arbitrage entre les villes voisines est pratiqué par des marchands juifs. Dans chaque village il y a un juif qui fait le commerce des changes et les courtiers juifs de la ville d'arrondissement la plus proche connaissent chaque « dolarnik » dans les villages environnants et savent exactement combien de dollars il possède. Lorsqu'un tel courtier recoit d'un marché monétaire d'une certaine importance le « typ » (renseignement) que le dollar montera, il court d'un dolarnik à l'autre pour tirer profit de sa connaissance clandestine. Mais les paysans eux-mêmes sont devenus experts en changes étrangers et sont en relation avec les courtiers. »
Cette substitution d'une monnaie étrangère à la monnaie nationale constitue probablement le dernier terme de l'anarchie monétaire et demeure jusqu'à présent une exception. Le phénomène courant dans les pays à change déprécié est la fuite éperdue devant le papier monnaie et la recherche d'un contre-poids à sa détérioration. Ce résultat est obtenu par l'acquisition de valeurs réelles de préférence à l'extérieur, à laquelle peut se mêler un élément de spéculation. C'estce qui fait, comme nous l'avons vu, la faveur des devises étrangères ; mais il convient d'ajouter que les opérations de placement se ressentent de cette tendance et se trouvent maintenant compliquées d’une action spéculative, On s'est mis à délaisser les valeurs nationales ou « de tout repos » dont l'évaluation devait subir les oscillations mêmes de la monnaie et n'offraient au- -Cune assurance contre sa dépréciation, et on rechercha
celles présentant à cet égard des réserves de sécurité, c’est à-dire les valeurs internationales réelles ou « valeurs réelles, »
En effet selon une formule souvent répétée, la hausse des changes étrangers devait logiquement entraîner la hausse des valeurs internationales des titres de société, étrangères ou françaises, produisant ou possédant des matières premières, des terrains, des immeubles, des outillages, etc. bref des choses dont la valeur n'était pas soumise aux fluctuations de notre unité monétaire. La place faite dans tous les porte-feuilles à ces valeurs internationales était généralement considérée commeune assurance contre le risque d’un affaissement monétaire, mais beaucoup aussi s'intéressèrent aux valeurs étrangères en raison même de l'influence que leur imprimaient les changes et qui devenaient ainsi un merveilleux objet de spéculation fournissant par surcroît un dividende. Tout le monde connaît aujourd'hui ces valeurs participant aux fluctuations du change ; la « Royaz Durcx » qui était à 10.000 frs en août 1919 était à 48.000, 6 mois plus tard et à 69 mille en avril 1920, eton la vitensuite avoir couramment des écarts de 20.000 frs en quelques mois. La « DE BE-
“Ers » la «MExiIcaN EaGze » le &Rro Tinro » le « CANAE
de Suez »la GPENNARAROYA » , les « PHOSPHATES » de GAFsa » les « Sucreries d'EGYpTE » , ont présenté des courbes analogues.
Le pouvoir d'attraction que les changes exercèrent sur le public estsi grand qu'il s'étendit à toutes les valeurs
de cette catégorie, même celles à change déprécié. En
Allemagne par exemple on a pu constater des bonds désor-
donnés sur les valeurs autrichiennes et hongroises dont
quelques-unes ont parfois décuplé de valeur. C'est surtout en Allemagne en effet que s'est manisfesté un tel désintéressement du marché des actions que les actions des sociétés n'ont même plus possédé parfois une valeur marchande en rapport avec la valeur de l'entreprise etque le marché des actions a été le seul parmi toutes les richesses dont la valeur n’a pas suivi la hausse générale.
Le capitaliste allemand en a été détourné dans la mesure où elles ne représentaient pas de l'or comme les devises ou une valeur intrinsèque ( &« SACHWERT » ) COmme les marchandises. D’autres raisons sont intervenues naturellement telles que l'augmentation de tous les frais ou impôts occasionnés par la négociation d'actions, le peu de garantie que ménageaient aux porteurs la politique financière des sociétés et la restriction des crédits au commerce et à l'industrie de la part des banques. Quoiqu'il en soit on peut dire que la dépréciation du marché des actions en Allemagne depuis le mpis de novembre 1921 est dûe essentiellement à l'attrait des changes et de tout ce qui s'y rapporte. (1)
La détérioration de la monnaie entrai ne donc pour un pays l'effondrement du crédit,et on voit par là combienelle
peut affecter la production des richesses et la vieécono-
(1) C'est la conclusion du bulletin financier n° 37: « Les variations des cours des valeurs allemandes » décembre 1922 publié par le haut commissariar français en territoire RHÉNAN il montre que «le parallélisme constant entre les cours du dollar et celui des valeurs a disparu à la fin de 1921, exception faite pour les valeurs internationales dont la hausse a suivi celle du dollar. »
mique/toute entière. Non seulement l'Etat allemand n'a pu réglementer le cours de l’argentet des prix, ou assurer l'observation effective des lois , mais encore ses mesures n'ont conduit qu’à l'injustice et à l’immoralité. Une grande partie de la population a en effet les moyens de se soustraire à une telle législation par suite de la nature même de son commerce, tandis que l’autre n’a pas cette facilité et supporte tout le poids des réglementations : elle n’est pas en mesure de conserver d’une manière productive les fonds qu'elle peut recevoir de sorte qu'elle est victime d'un appauvrissement continu. Pour remédier à la décroissance de la formation des capitaux en général et pour encourager la reconstitution de l'épargne et de son placement, on a envisagé la création d'emprunts en valeur stable ne devant pas subir les fluctuations du change. Ils remédieraient à la crise du crédit et ralentiraient l’élé-
vation du cours des devises.
Des emprunts or à la parité du dollar, auraient en effet l’avantagede décharger la REICHSBANK de toute intervention et de permettre à la grande masse du peuple allemand de se passer des achats de billets étrangers en vue de leur thésaurisation.
Des Etats particuliers comme ceux d'OLDENBURG et de MECKLEMBURG ont déjà commencé à émettre des emprunts en valeur stable sous forme d'emprunts sur le seigle( (Roggenanleihen » ) et des entreprises privées ont suivi leur exemple (1). « Lettres de gage garanties par le seigle » ou
(1) Voir « Wertbeständigkeit « par Geor. BERNHARD, « PLurus » du 15 février 1923, Pzurus verlag. Bern.
LA nf ” AO 7 7. 0 «+? [AN 0 P53 : ,
« Obligations de charbon » sont à bien des points de vue intéressantes. Les deux problèmes qui se posent ici sont la fixité de la valeur pour l'acheteur et la possibilité de supporter toujours la charge pour le débiteur. Lesemprunts des Etats garantis par des céréales sont basés surle fait que ces Etats ont, grâce à leurs biens domaniaux,des rentrées constantes dûes à la vente de leurs produits. Il s'en suit quela valeur des intérêts mesurés au prix du seigle, du blé ou des céréales égale toujours pourles Etats la valeur des revenus produits par la vente de ces denrées.
La même idée se retrouve dans des obligations émi-: ses par des particuliers dont le produit sert à des propriétaires fonciers à se constituer des disponibilités qui sont remboursables en proportion des prix du seigle et qui produisent des intérêts également calculés selon ce prix. Il faut reconnaitre que la spéculation qui ne perd jamais ses droits a réussi là encore à s'introniser : elle joue dans la marge qui peut exister entre le prix du seigle et la puissance d'achat de l'argent d'une façon générale.
Tout à fait analogue est l'émission d'obligations 6 % gagées sur le charbon de la société anonyme des « Grooskraftwerke » de Mannheim. Cet emprunt a été émis sur la base des cours du charbon westphalien d'un certain titre bien défini (le type n° 4), net d'impôt et il est divisé en obligations de 10.000, 5.000, 2.000 & 500 kgs de charbon. Cette société esten construction pour fournir l’électricité aux entreprises de Mannheim, du Palatinat, et du Nord du duché de Bape. On a choisi le charbon comme élément de base parce qu'on a considéré que le prix du courant électrique suit d'assez près les variations de la
PM TR AU en
valeur du charbon et ainsi cette sociétéespère, grâce au courant électrique produit parelle, pouvoir toujours se couvrir par les obligations qu'elle met sur la base des prix du charbon.
Que vaut le système ?.… on peut avouer que la sécurité du débiteur est assurée dans une certaine mesure, mais tout autrement se pose la question de savoir si on a trouvé une forme idéale de valeur stable. Celle-ci est naturellement supérieure quand elleest basée sur le charbon
et non plus sur le mark papier, mais il ne faut pas per-
dre de vue que toute la capitalisation de l'opération re-
pose sur une seule marchandise dont les prix par conséquent peuvent subir l'influence d'évènements spéciaux affectant leur production ou leur marché. Le charbon peut hausser ou baisser d’une façon incroyable et subite par suite d'évènements complètement indépendants de la marche des prix en général, de sorte que le capitaliste qui a le désir de conserver à ses revenus une puissance d'achat constante se voit lourdement désappointé.
Les cours du blé présentent en général des oscillations
plus amples encore que ceux du charbon. Et puis on ne:
‘peut s'empêcher de penser qu'un tel système de valeurs
constitue un grave danger en ce qu'ilincite le public capitaliste a faire hausser le prix d’une matière déterminée et
‘que toute la spéculation intéressée à ce mouvement ne
fera que transporter les risques de certaines productions sur des couches plus étendues de la popula-
tion.
Ce qu'il faut donc trouver c'est une valeur stable
en relation non pasavec le prix d'une marchandise
déterminée mais avec l’ensemble des prix, ce qui signifie
qu'une puissance d'achat constante de la monnaie à n'importe quelle époque ne peut être réalisée qu'en prenant comme base l'étalon international des valeurs : l'or.
En tous cas il faut éviter de rendre la spéculation complètement responsable des fluctuations du change. Sielle peut accentuer le mouvement dans un sens ou dans l’autre, elle se trouve impuissante à fausser longtemps le niveau des cours. Quand elle commet des erreurs elle ne tarde pas à en être punie et souvent même elle élargit les marchéset se montre capable de diminuer l'amplitude des oscillations. Il suffit pour cela qu'en présence d'une hausse, les spéculateurs se mettent à consolider leurs bénéfices parce qu'ils estiment l'augmentation passagère ou trop rapide.
De plus comme l'a fort bien répété M. F. Maroxr il est inutile de discuter sur les avantages ou les inconvénients de la spéculation.
Elle existe sur les changes du monde entier et toutes les mesures en vue de la contrarier sont destinées à demeurer vaines ou nuisibles. Elles ne peuvent que fausser le marché en éliminant les correctifs naturels et gêner les opérations à terme qui permettent aux commerçants de se couvrir contre les risques du change. En admettant même qu'une réglementation aussi idéale que minutieuse parvienne à supprimer toute opération de spéculation en France, les cours des changes à Paris n’en subiraient pas moins une influence directe des spéculations faites à Lonpres, à New-York, et un peu partout dans le monde. Quelqu'opinion qu'on ait à ce sujet c'est une utopie de chercher à s'en affranchir. La moindre restriction de la part d'un pays n’aboutit qu'à transporter sur les marchés
étrangers la plus grande partie des opérations qui se traitent chez lui, puisque, ayant pour objet un règlement entre 2 places, toute opération de change peut s'effectuer indifféremment sur l'une de ces places ou sur l’autre et qu'on choisit naturellement le marché le plus large.
La crise des changes est une menace pour l'Europeentière mais ce n'est pas en essayant vainement de supprimer la spéculation qu'on pourrait réglementer des mouvements dont elle n'est pas responsable. Pour sortir de cetétat de crise il faudrait que tous les pays puissent rétablir leur balance commerciale, épuilibrer leur budget et contracter leur circulation fiduciaire. Mais ce sont là des buts lointains à réaliser et plutôt une ligne de conduite idéale à suivre qu'une solution immédiate à expérimen-
ter.