‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 30 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Solutions proposées et expériences faites contre la

crise du change.

Pouraméliorer les changes et par là la situation générale dans la mesure où elle provient de leur déséquilibre, plusieurs procédés peuvent être envisagés :

1° On peut s'en prendre aux changes eux-mêmes et essayer par voie de contrôle d'en dominer les fluctuations.

2e On peut tenter de combattre le mal dans l'une de ses causes et par différents moyens de faciliter les transactions commerciales entre pays à change favorable et pays à change déprécié.

3° On peut chercher la solution dans une réforme monétaire consistant soit dans la stabilisation par la méthode la dévaluation, soit dans l'adoption d'une monnaie de comple internationale. ;

Des résultats notables sont peut-être susceptibles d'ètre atteints de celte manière, si toutefois on n'accorde pas une confiance excessive à ces systèmes ou à des efforts d'un caractère vague et général... et si on procède avec prudence et par étapes successives. Moins les transactions internationales se trouveront ralenties ou faussées par l'obstacle des changes et le protectionnisme qui en a pris prétexte, moins la spéculation et les tentatives d’accaparement pourront profiter des différences ou des chan-

ces de différence facilitées par des troubles monétaires et les barrières douanières qui empêchent le libre jeu des parités et le rétablissement de l'équilibre.

L'exposé des solutions quenous faisons n'est nullement limitatif. [1 serait facile d'en signaler bien d’autres poursuivant le même but et des études les concernant ont déjà été faites. Le mémorandum n° 12 des documents de la conférence financière internationale de Bruxelles contient nombre de projets de cette nature. Ceux que nous signalons nous ont paru simplement les plus dignes d'illustrer l'un des trois procédés que nous avons indiqués et les autres, plus ou moins voisins, peuvent en être rapprochés. Tout en se rattachant à notre sujet, ces systèmes le dépassent dans une certaine mesure. Nous n'avons donc pas tenté d'épuiser la matière mais essayé de donner une idée de ce qui pouvait être fait ou conçu dans ce domaine.

1° Contrôle. — Réglementations:

Pendant la guerre les Empires centraux ont établi tout un système en vue de contrôler le change et d'exercer une influence sur son marché. Il en est résulté souvent des détentes momentanées suivies de crises plus fortes que si l'on étaitintervenu avec plus decirconspection.Du côté de l'Entente on a cherché surtout à empêcher les achats inu-

tiles, l'évasion des capitaux et les actes de spéculation de nature à déprimer les cours.

Actuellement les pays comme l'Allemagne ont reconnu que toute action directe et prolongée sur le change était au-dessus de leurs forces.

Quand on examine la question de l'amélioration di-

recte des changes, il faut insister sur l'influence que le

flottant a sur le marché. Il est un perpétuel danger puisque comme nous l'avons dit il suffirait qu'un évènement quelconque incitât beaucoup de spéculateurs à la hausse à liquider leurs positions (vente de monnaies étrangères pour racheter de leur monnaie nationale)pour qu'il en résultât une énorme accentuation de la baisse, sinon une vraie panique. Ils risquent beaucoup de faire échouer tous les efforts ayant pour but d'améliorer les cours, car des liquidations successives et échelonnées de positions se produiraient alors en tous moments sur le change. Aussi les hommes compétents attachent-ils à la consolidation du flottant qui existe sur le marché du change une importance assez grande, à litre de mesure préliminaire.

Une tentative de cette nature a été faite par l'Allemagne lorsqu'elle a voulu écarter du marché pendant un certain temps les marks existant en Suisse. La combinaison devait consister à assurer aux détenteurs de ceux-ci leur remboursement au bout d'un certain nombre d'’années et à un cours plus avantageux que celui du moment, plus l'intérêt de leur argent, en échange de la stabilisation pendant le dit temps de leur position. Il y aurait eu remise d'un titre d'abord non négociable, puis négociable en bourse ou quelque combinaison voisine. (1) L'échec de ces efforts a été dà à la difficulté d'obtenir de ceux qui ne cherchent dans des opérations sur le change qu'un emploi momentané de leurs capitaux qu'ils tranformassent leur opération de spéculation en une opération de place-

(1) Voir la revue Ailemande « Plutus » du 1° semestre 1920.

mentet surtout au désaccord des 2 parties en cause lors de la fixation du cours minimum garanti à une certaine époque.

Les gouvernements et en particulier ceux des pays belligérants ont dû se contenter d'exercer un contrôle officiel sur le commerce des devises et ont essayé de lui imposer les restrictions élémentaires commandées par le souci de la défense nationale. Mais il n’y avait là en somme quedes mesures de surveillance prises séparément par chaque pays en état de guerre et destinées à nuire à l'ennemi ou plutôt à empêcher que de savantes combinaisons d'arbitrage ne lui fussent profitables. Malgré sa nécessité cette intervention fut médiocre quant à ses résultats et quant à son efficacité : d’une part « les pays dont le change s'est le plus déprécié sont précisément ceux dans lesquels la réglementation a été la plus stricte : la dépréciation s’est aggravée en raison directe de l’étroitesse du marché. » D'autre part « il s’agit là d’un marché essentiellement international où toute opération a sa réplique sur une place étrangère ; lesmesures d'intervention tendant à réduirela liberté des transactions sont par suite condamnées à n'avoir qu'une efficacité réduite, à moins qu’elles ne soient appliquées simultanément et avec la même vigueur sur les places correspondantes. Or il est extrêmement rare qu'on puisse agir en même temps sur toutes les composantes du système : il en est toujours quelqu'une qui arrive à se soustraire à l'intervention et cela suffit pour en détruire au moins partiellement les effets. » (1)

(1) M. Decawrs op. cit. page 332 et 333.

Page 1