LAN SEE
pidement (1) ». Ainsi beaucoup opèrent à contre temps, achetant ce qui a déjà beaucoup monté ou ce qui est cher
et vendant ce qui est déprécié, et cela sans autre raison que le déplacement même des cours. Un économiste avait
posé comme une règle pratique d'éviter de se mêler à toute spéculation à laquelle se sont déjà livrés de nombreux individus, leur concurrence manquant rarement de rendre extrêmenent chanceuse une éventualité qui aurait été d'abord sans danger.Ceux qui entreprennent une spéculation peuvent espérer le succès, mais ceux qui s'engagent plus ou moins tard à leur suite doivent s'attendre à des échecs. Il ne faut pas en somme agir comme si les mouvements au lieu d’être oscillatoires étaient continus. Ceci s'applique surtout en matière de valeurs mobilières: crédule et impressionnable, la masse des porteurs passe sans transition et presque sans cause de l'emballement à l’affollement. Et ces soubressauts, ces alternatives violentes de confiance outrée ou de défiance immodérée, ces hardiesses excessives et ces craintes sans base peuvent causer des troubles graves dans le mouvement des affaires. Dans l'histoire financière de la France, on peut citer plusieurs crises tristement célèbres à cet égard : Cie des Indes (1720), Stés Industrielles (1837), Union Générale (1882), etc.
C'est surtout pendant les périodes troublées que se développe la spéculation, parce qu'alors toutes sortes de capitaux qui ne parviennent pas à se placer dans le com-
merce et dans l'industrie vont chercher auprès d'elle un
(1) Mac OuzLocx. op. cit. page 391.
AR Te ER
emploi, et le nombre des spéculateurs courants se trouve ainsi accru d'une foule plus ou moins considérable de spéculateurs d'occasion. Les périodes troublées offrent en effet cette particularité de présenter, outre des capitaux sans emploi, des fluctuations de cours plus accentuées, plus brusques, et par conséquent les risques, mais aussi toutes les chances de gain inhérentes à des différences amplifiées.
On sait que c'est par voie d’oscillations continuelles et d'ajustements ininterrompus que la loi de l'offre et de la demande tend à établir l'équilibre économique. Il en résulte des périodes de prospérité et de dépression formant des cycles qui se succèdent, s’enchaînent les uns aux autres, les crises éclatant enleur centre, c'est-à-dire à l’inlersection d'une période de hausse et de baisse des prix. Il existe ainsi un rythme de la production,un rythme des prix, de la demande, de l'intérêt, des salaires, etc... Il existe aussi ce qu'on peut appeler un rythme de la spéculation. Si on ne peut lui imputer la responsabilité des crises, elle contribue du moins, aidée du crédit, à les aggraver par son action pendant la prospérité : quand les prix sont orientés vers la hausse elle en intensifie l'ascension. Que se passe-t-il en effet ?
S'il arrive que la production est inférieure à la consommation, l'écart est réduit à l’aide des stocks. Ceux-ci s’épuisent, les prix s'élèvent et la production se trouve
encouragée, mais les achats sont également stimulés, cha-
cun s’empressant d'acheter pour ne pas être pris au dé-
pourvu au cas ou les prix monteraient davantage.La spéculation chère à la nature humaine, entre en jeu et il s'éta-
blit vite une anticipation des besoins futurs dont on s’'exa-
BAT; pee
gère l'importance. On abuse du crédit et cet accroissement des besoins de crédit se manifeste surtout dans le bilan des banques par l'inflation du porte-feuille d'escompte et des avances sur titres. Bien qu'iln’existe pas de barrière absolue entre ces deux chapitres qui empiètent souvent l’un sur l’autre, on peut admettre d'une manière gépérale que l'augmentation du porte-feuille d'escompte caractérise l'accroissement des demandes de crédit du commerce et de l’industrie, tandis que le développement des avances sur titres est la manifestation de l'activité croissante de la spéculation. Expansion du crédit et spéculation agissent dansle même sens. Cependant le crédit n'affecte les prix que dans la mesure où il est employé pour acheter et pour payer. Il ne peut done avoir de l'influence que si son action concorde avec d'autres circonstances. C'est aux banques qu'il appartieut de créer et de fournir les instruments de paiement. Dans les périodes où les affaires sont trèsactives et où l'esprit d'entreprise ne manque pas de vigueur, le volume du crédit fourni par les banques soutient et facilite, s'il ne le crée pas, le mouvement des achats et par conséquent la hausse des prix. Si le volume des crédits en circulation ou des instruments de paiement sous toutes autres formes commodes ne se développait pas ainsi, l'adaptation des prix à des circonstances variables dans une période d'activité économique se trouverait impossible. Donc si le crédit ne peut provoquer une situation aboutissant à des prix élevés, il est également vrai qu'une situation comportant des prix élevés ne peut survenir sans le concours du crédit. C'était la conclusion du bulletin de la banque de réserve fédérale en 1919.
CRNRONEEES
L'expansion des affaires une fois qu'elle a commencé se trouve si bien encouragée, stimulée et soutenue par un développement du crédit qu'il est parfois difficile de dire lequel des deux est la cause ou l'effet de l’autre tant l’un et l'autre sont étroitement interdépendants et enchevêtrés.
Les producteurs grâce au crédit reconstituent les stocks tandis que la consommation, découragée par l'élévation des prix, ralentit ses achats. Mais ces producteurs. lancés pour produire davantage continuent à produire, etau-delà des besoins. En outre entrent en scène un jour les stocks invisibles, c'est-à-dire les stocks constitués par tous ceux qui se servent des marchandises dont Îles prix se sont élevés et qui én présence du mouvement de hausse ont pris leurs précautions en vue des hausses futures. Finalement les entraînements de la spéculation, ayant constitué des stocks et stimulé l’activité en abusant du crédit, engendrent une situation où le moindre évènement défavorable viendra abattre ces constructions éphémères.
Les crédits sont soumis aux rapports qui existent entre leur importance etla valeur des marchandises sur lesquels ils reposent ; et l'argent devient rare parce que le capital fixe s’est accru plus rapidement que la formation de nouveaux capitaux. Les capitaux circulants ont toujours une tendance à se convertir en capitaux fixes et on a pu dire qu’une criseéclate quand les capitaux immobilisés excèdent les capitaux circulants disponibles, dont le pouvoir d'achat ne sera récupéré que par l'amortissement des capitaux fixes dans lesquels ils ont été enga-
gés. Le mal survient à des époques d'autant plus rappro-