‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 5 sur 32 · SELS · texte numérisé non relu

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chées que la masse des épargnes est moindre (1). Les abus d’immobilisation des capitaux-argent en capitauxmatières entraînent en effet d'une part une crise monétaire faute de numéraire, et d'autre part une crise économique faute de consommateurs.

La consommation s’arrêtant, les offres tombent dans le vide, les spéculateurs les plus pressés sont obligés de vendre leurs stocks à n'importe quel prix et c'est par le simple jeu de la loi de l'offre et de la demande le déclanchement de la baisse qui fait tomber les prix bien en dessous de la valeur réelle des choses parce que les crédits sont dénoncés et qu'une partie des stocks constitués au delà des besoins de la consommation doit être liquidée.

La crise financière n’est qu’une manifestation de la crise économique. Etant donné qu'en face de la hausse des prix, il n’y à pas eu une augmentation parallèle de la circulation monétaire il en est résulté forcément une raréfaction des capitaux etun resserrement du crédit.

Les sociétés fragiles, créées dans la fièvre de la prospérité s’écroulent. La spéculation fait volte face et agit dans la dépression en sens inverse du crédit, car de peur

(1) — A cet égard on pourrait croire que l'accroissement de la fortune privée depuis une série d'années devrait augmenter la durée de la période à l'expiration de laquelle le phénomène se manifeste ; mais il convient de noter que les progrès industriels entrainent d’une part une augmentation dans la rapidité d’essor de la production et absorbent d'autre partune quantité croissante de capitaux par l'emploi de machines de plus en plus puissantes et la création d'installations de plus en plus perfectionnées,

d'une nouvelle baisse on évite tout approvisionnement à l'avance etla liquidation se poursuit jusqu'à ce que la consommation redevienne confiante et reprenne de l’importance.

C'est ce qui s’est passé (1) —, par exemple, en 1920, lors de la spéculation sur les sucres pour lesquels on a vu des écarts de cours infiniment plus considérables que ceux qu'on a pu noter sur des matières premières d'une importance au moins égale telles que le coton, le fer ou le cuivre. En avril 1919, si l'on prend pour base le prix du sucre à Éondres, on enregistrait le cours de 60 schillings le quintal. À la suite de la spéculation, on enregistre en mars 1920 : 105 schillings, puis un mois après en avril 1920 on voit le prix de 153 schillings 1/2, qui fut, du reste, un maximum.

Que s'était-il passé ? En mars 1920, le gouvernement Américain avait agi, sans le vouloir, dansle sens même de la spéculation à la hausse. Il étaitarrivé que par suite de la spéculation etde la constitution des stocks invisibles qui pour le sucre s'étaient formés dans toutes les épiceries du monde et chez tous les particuliers, les stocks visibles étaient descendus à un niveau un peu inférieur. Le gouvernement américain ne se doutant pas de limportance des stocks des particuliers craignit que les Etats- Unis ne manquassent de sucre. On savait qu'il y avait à ce moment-là à Cuba, qui est le régulateur du marché

des sucres, un certain nombre de stocks qui étaient à la

(1) — Ce qui suit est emprunté à M. Raouc Hacauzr « Répercussion de la crise économique sur les mouvements des marchés financiers ». Institut technique financier, 15 avril 1921.

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