‹ La Spéculation et les Troubles monétairesChapitre 9 sur 32 · AT FÉES · texte numérisé non relu

AT FÉES

plus vite, les appels aux banques sont plus nombreux, les marchandises sont produites en des quantités plus grandes età des prix plus élevés qu'il ne sera possible aux acheteurs deles payer lorsqu'elles seront offertes en vente. Le retard qui en résultera fatalement, lorsqu'on voudra disposer des marchandises, forcera à laisser les prêts en suspend pendant plus longtemps qu'il n’est habituel dans le Commerce et il se produira là encore un effet d'inflation (1).

L'histoire des siècles derniers montre que toute période de prospérité économique aboutit à un excès de commerce, à des abus de crédit et à des entraînements spéculatifs auxquels il est mis un terme par la cherté de l'argent et le resserrement du crédit.,. mais sans pouvoir éviter des crises caractérisées telles que celle de I8I0 en Angleterre dûe à la frénésie d'exportation qui a suivi l’ouverture des marchés russe et brésilien au marché anglais celle de 1825 imputable à la fièvre de spéculation que provoqua l'émancipation des Colonies espagnoles de l'Amérique du Sud... celle de 1839 consécutive à une spéculation formidable sur le coton d'Amérique. celle de 1857 quifutla première crise mondiale et la conséquence des déceptions causées par les mines d'Oret les Chemins de Fer, etc. ete. Plus près de nous avant la guerrela crise la plus profonde fut celle de 1906-1907 aux Etats-Unis, quand

(1) Au sujet de ce genre d'inflation « Inflation spéculative » Voir Mac Kenxa, « La question économique et financière en Angleterre » Revue économique Internationale, Février 1921 Page 310 et suivantes.

A ULES

Henri H.Rocers, Wizzram RoCkFELLER et HARRIMANN imaginèrent de faire le trust du cuivre « l'Amalgamated Copper Company » au capital de plus de 750 millions de francs. (Le cuivre se prête merveilleusement à ce genre de combinaison. Il est relativement peu abondant, produit par un petit nombre de mines relativement faciles à réunir et son emploi dans l'industrieest de plus en plus considérable, ) Disposant du comptoir de l'United Métals Selling C° qui cencentrait à elle seule 55 °/. de la vente de cuivre américain, le trust prit sur le marché une place prépondérante et la hausse se manifesta fantastique. Mais bientôt les industriels s’inquiétèrent et réduisirent leurs commandes au minimum.D’autre part les mines stimulées par les hauts prix du métal créaient de nouvelles exploitations, augmentaient leur production et le trust en vertu de ses contrats était obligé de la leur prendre. La situation devenait paradoxale : il achetait de plus en plus et vendait de moins en moins, de sorte que des sommes de plus en plus considérables se trouvaientimmobilisées. On eut recours au créditet on exploita la tendance des banques américaines d'alors à se détourner des escomptes, qui constituent cependant leseul emploi irréprochable des dépôts à vue, pour se porter vers les avances destinées à la spéculation.

Mais bientôt leurs réserves s'épuisèrent et leur prestige fut atteint, au moment même ou l'inflation spéculative atteignait son maximum. Alors entra en scène le public dont les interventions sont terribles parce que ses peurs sont aussi aveugles que sa confiance. Sur un bruit non contrôlé, une foule affolée se rua aux guichets de la Knickerbocker Bank, la panique s'étendit, les suspension de paie-

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ment se multiplièrent et l'argent fut à 100 °/,. (D). La véritable cause d'une telle situation avait été l'usage abusif du crédit : L'émission des titres cuprifères et des valeurs métallurgiques par M. RoGErs constituait de monstrueux abus de papier.

Il y avait eu peu à peu disproportion entre l'esprit d'entreprise et les capitaux prêts à soutenir la grandeur de ses conceptions. L'équilibre n'avait pu être maintenu entre ces deux éléments du progrès économique et la crise avait été aggravée du fait qu'on avait affaire à un pays où les précautions n'étaient pas prises pour établir une cloison étanche entrs l’aléa des affaires et la sécurité de l'épargne, et du fait qu'aucun établissement central de crédit ne distribuait, suivant les besoins, une circulation financière élastique, gagée sur un crédit commercial.

L'inflation qui accompagne naturellement de telles crises trouve exactement son maître dans un taux bancaire élevé qui apparaît ici comme l'instrument régulateur approprié. Outre qu'il sert à modérer directement la fièvre des affaires, il est de nature en soi à reconstituer des valeurs réelles. En effet, si les affaires se font dans le monde par le moyen des prêts qui créent les crédits et si l'or sert à la protection des crédits, c'est donc que l'or régit le commerce.

Tandis que le commerce des autres pays reste normal, il se peut que celui d’une nation grandisse trop vite,

les crédits adoptent la même allure. Pour agrandir la base

(1) Pour plus de détails sur la crise américaine de 1907, voir” par exemple « Le Krach du cuivre » de Françis Deraisr.

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