‹ La Spirillose IntestinaleChapitre 6 sur 16 · CAN ES · texte numérisé non relu

CAN ES

ÉTUDE BACTÉRIOLOGIQUE

.__ Rompant avec la coutume qui veut que l’on étudie une maladie d’abord à travers ses différents aspects cliniques, nous aborderons le problème par la description de l’agent causal. En effet, nous verrons que si la symptomatologie de la spirillose intestinale peut conduire le médecin à en soupçonner le diagnostic, __ seul le laboratoire permet de l’affirmer.

Historique.

La présence du spirille intestinal dans les selles humaines est signalée la première fois en 1893 par Kowalski. Dans les années qui ont suivi sa découverte, le spirille est retrouvé par de nombreux auteurs ; il a fait l’objet en 1900 et en 1903 d’une étude de M. Le Dantec. LES

En 1913, Macé dit que " les spirilles de l'intestin n’ont pu - être cultivés et qu’ils n’ont pas été signalés depuis 1903 par aucun observateur". Assertion fausse d’ailleurs puisque Toussaint et Simonin publient des observations de dysenterie :spirillaire au Tonkin, Doreau en Abyssinie, Rigal à Toulouse, Courmont et Lesieur à Lyon; pour tous ces auteurs le spirille serait un sapro- :

| phyte banal. Sergent, Nègre, Brégeat, Vivien, reviennent sur la

question et signalent la présence de fins spirilles associés aux vibrions. ee Conor, sous-directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, insiste à nouveau sur la fréquence des spirilles dans les selles des malades et leur attribue un rôle pathogène.

Teissier et Richet en 1909, 1910 et 1911, examinant des selles de 183 malades atteints de diverses affections ont trouvé des spirilles de formes différentes, parmi ceux-ci le spirochète y se rapproche des formes que nous avons observées. Les auteurs concluent que la présence de ces spirilles n’est pas sans action sur l'apparition des troubles gastro-intestinaux observés chez leurs malades. |

- Et il faut arriver aux années de guerre, pendant lesquelles les observations et la détermination des entérites ont occupé une place importante dans la pathologie, pour retrouver des publications relatives au spirille intestinal.

En Juin 1916, Fartham décrit ses caractères morphologiques ; malgré cela, la plupart des publications qui ont trait à la spirillose intestinale n'établissent pas un lien de causalité entre l'existence du spirille et les troubles pathologiques observés.

Étude du spirille vivant.

L'examen du spirille intestinal à l’état frais n’est guère pos- Sible avec le microscope ordinaire et c’est à l’ultra microscope qu’il faut l'étudier. |

Aprés s’être assuré du bon éclairage de l’ultra microscope, après avoir soigneusement nettoyé lames et lamelles, on prélève un échantillon des matières fécales à examiner, Teissier et Ch. Richet recommandent d’effectuer les recherches dans la partie muqueuse des fèces. |

Il peut être avantageux la veille de l’examen de donner au malade un léger laxatif (5 à 10 grammes de sulfate de soude), mais il est indispensable d’avoir à sa disposition des selles fraîches si l’on veut étudier les spirilles vivants. Rapidement ils perdent leur . mobilité ; n'est-ce pas déjà une preuve qu’ils ne sont pas des agents de putréfaction banaux. Alors que nous voyons le nombre des perfringens, des vibrions augmenter, le spirille est de plus en plus difficile à retrouver.

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Après avoir convenablement dilué une parcelle dés matières #écales, après avoir agité la solution obtenue on en place une goutte entre lame et lamelle.

Cet examen nous révèle déjà la plupart des caractères - -structuraux du spirille intestinal.

Empruntant à MM. Martin et Pettit une comparaison qui ‘permet de bien comprendre la morphologie du spirille, nous pourrons dire qu’il se présente comme " une sorte de ressort à boudin “très fin et très serré !!,

De même que pour le spirochæta icterohemorrhagiæ la sen- -sation de relief est assez difficile à obtenir et il faut éviter de confondre les spires avec des ondulations simples situées dans un --seul plan,

Il est un fait qui ne paraît pas avoir été suffisamment interprété par les auteurs et sur l’importance duquel M. Lancereaux -chef du laboratoire de Monsieur Fournier a attiré notre attention, -c’est que le corps du spirille semble être formé de granulations, en réalité ce n’est là qu’une apparence qui tient à ce que les différentes parties d’une spire ne sont pas au point en même temps. Ce fait est facilement mis en évidence en agissant délicatement sur la vis micrométrique du microscope.

Le spirille intestinal a été différemment décrit par les auteurs.

Le Dantec en reconnaît trois formes principales : une forme -ondulée à 3 courbures ayant une longueur de 6 à 14 y, une forme bouclée, une forme enroulée ou spiralée. -

Fartham décrit un organisme dont la longueur varie de 3}. à 15 p et dont la largeur est d'environ 0.25 K.

Le nombre des pente ’est pas caractéristique mais il en fi-

gure de 3 à 11.

Présentant une ex té ITÉ plus pointue que l’autre, son cytoplasme est homogène.

Lebœuf et Braun ont trouvé dans des selles "appartenant à

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des diarrhéïiques chroniques ou à des gastro-entéritiques des éléments spirillaires appartenant à 2 types différents, l’un court à tours de spires serrées très comparable au spirochæta dentium, l’autre - long à tours de spires lâches rappelant de près le spirochæta Vincenti. Ce deuxième type n’est pas sans analogie avec le spirochæta enrygyrata Werner".

M. Nattan Larrier dans son cours inédit du Collège de France décrit deux types des spirilles intestinaux : une forme à larges ondulations de 44 6 à 7 x 3, c’est le spirochæta enrygyrata Werner, et une forme à fines ondulations de 3 0 5 à 6 x, c'est le spirochæta sténogyrata.

Ces différentes descriptions du spirille intestinal sont vraies, il faut savoir qu’il ne faut pas s’attendre à le trouver sous un aspect unique.

L'examen d’une préparation fraîche révèle en outre l’existence de paquets de spirilles disposés soit en étoile, soit en touffe, soit en chataigne épineuse. à

En outre, les spirilles se meuvent avec une extrême rapidité et une grande flexibilité. Les mouvements peuvent être décomposés en deux temps : une flexion ondulante du corps, suivi d’un mouvement hélicoïdal ou en tire-bouchon.

Fantham dit avoir vu le spirille pénétrer dans des cellules épithéliales intestinales desquamées.

L’examen ultra microscopique nous a donc révélé la plupart des caractéristiques morphologiques du spirille intestinal.

Coloration.

Les spirilles ne prennent pas le Gram, en revanche ils sont faciles à colorer avec un Ziehl dilué avec le violet de gentiane, le violet formolé ( Spehl) l’hématéine au fer, lés bleus.

Le procédé de coloration des cils microbiens décrit par - M. Lancereaux permet une étude beaucoup plus complète. Nous. croyons devoir la rappeler.

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Cette méthode comme celle de Zettnow et de Van Ermen-

. ghen repose sur l'emploi d’un mordant énergique, permettant la fixation sur les cils d’un sel d’argent, l’utilisation d’un réducteur au métol constitue le dernier temps opératoire de cette technique, qui permet l’examen facile des spirilles et de leurs cils terminaux. La réalisation pratique de ce procédé comporte la série des

temps suivants : '

1) Mettre le mordant sur la préparation à colorer, chauffer fortement au Bunsen vers 60°, laisser refroidir 10 minutes. Laver à l’eau courante, puis à l’eau distillée.

Comme mordant, M. Lancereaux emploie :

Chlorure d’antimoine. +. 1gr.

MATINS rene nie "D /DTs Formole = AT 40 Ce Eau distillée . . . 100 gr.

2) Faire agir le nitrate d’argent ammoniacal, en chauffant légèrement au Bunsen on obtient une teinte métallique. Laver largement à l’eau.

- 3) Faire agir le réducteur au métol pendant i minute. On emploie la solution : | Mélodie 1 gr.

Eau, distillée 7. =. .:20 or.

Laver à l’eau ordinaire, sécher et examiner à l’immersion.

Les préparations ainsi obtenues sont faciles à analyser, leur longue conservation permet la comparaison des échantillons analysés aux différentes périodes de l’évolution,

On peut alors faire une étude plus fine du spirille intestinal. Les extrémités présentent une apparence variable, d’ordinaire amincie, quelques-unes arrondies, d’autres effilées, d’autres spirilles ont une extrémité arrondie, l’autre effilée. En réalité ces modalités sont surtout fonctions de l’âge et varient avec la date plus ou moins récente de la division.

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Expérimentation.

Malgré les recherches entreprises jusqu’à ce jour, nous : n’avons jamais réussi à cultiver le spirille intestinal, il n’a pas été possible de pratiquer des recherches expérimentales (Teissier et Richet). |

Tels nous paraissent être les caractères essentiels du spirille intestinal, envisagé isolément, mais en pratique l'interprétation d’une préparation de matières fécales est beaucoup plus compliquée et pose le problème du diagnostic bactériologique différentiel.

Diagnostic bactériologique.

La reconnaissance du spirille intestinal s’appuie sur la constatation de ses spires placées dans un plan différent du plan de la: lame et sur l’ensemble des caractères morphologiques que nous. avons signalés. Et l’on évitera de confondre le spirille intestinal avec ! certaines formes ondulées appartenant à des espèces variées. et dont la distinction est encore peu avancée. Plusieurs espèces sont des formes courtes du type "vibrio!" voisines comme aspect:

des vibrions cholériques " (Macé). Enfin, il ne sera pas indifférent

d’évaluer le nombre des spirilles que l’on trouve dans un champ.

Associations.

Il faut aussi savoir que les parasitoses intestinales ne sont pas toujours simples et que selon les circonstances on a pu, à côté du spirille intestinal et des hôtes banaux du tube digestif, mettre en évidence d’autres parasites tels que : l’entamoeba histolitica ; le: lamblia ; le trichomonas ; le balantidinium coli: le kala-azar & les bacilles de Shiga, Flexner, His, Morton ; le coli-bacille : l’enterocoque.

En raison de la fréquence d’association des spirilles, soit à d’autres parasites, soit à des agents pathogènes, certains auteurs ont contesté leur rôle pathogène propre et lui attribuent surtout un.

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rôle d’association. Ravaut accuse le spirille de " camoufler la présence des amibes. Cela est admissible pour certains cas, mais ne saurait faire refuser au spirille seul un rôle pathogène propre.

Il serait intéressant de préciser l’origine de ces spirilles et de connaître leur mode d’envahissement de l’organisme.

Origines du spirille intestinal.

Le fait que leur constatation est relativement rare et qu’elle S’accompagne généralement de phénomènes morbides, montre tout l’iniérêt qu’il y aurait à préciser ces questions.

Les recherches entreprises pour voir si ces spirilles n’étaient

pas d’origine buccale sont restées négatives. Chez un certain nom- bre de sujets atteints de pyorrhées alvéolo-dentaires à spirilles, l’examen méthodique des fèces n’a jamais révélé de spirilles, de même au cours de l’angine de Vincent. D’ailleurs les deux spirilles sont faciles à différencier l’un de l’autre et ne présentent pas les mêmes caractères morphologiques.

Le Spirochæta Vincenti outre ce fait qu’il est souvent associé au paëtne fusiforme, Hans des spires plus lâches et plus épaisses.

Signalons seulement qu’un de nos malades avait eu deux mois avant la contatation de sa spirillose intestinale, une angine de Vincent.

De ces faits on peut concluer à l'autonomie du spirille intestinal.

LEE S'UUER

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