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La coloration du parenchyme splénique n’est pas moins caractéristique : elle varie du brun sombre au noir de jais en passant par le brun chocolat. La pigmentation de larate est doncun des signes anatomopathologiques essentiels du paludisme.
On connaît depuis longtemps cette coloration particulière de la rate. Les premiers observateurs, Lancisi, Stoll, Monfalcon, Maillot, Haspel, etc., l’avaient déjà signalée, mais sans lui accorder une
valeur caractéristique. Plus tard Virchow et Frie- richsexaminent de plus près les viscères des individus morts de fièvre palustre et reconnaissent que leur coloration noirâtre est due à une accumulation de pigment dans le sang. Frierichs a surtout bien vu le pigment tantôt libre, tantôt renfermé dans des éléments cellulaires, mais il n’a pu identifier ces éléments ni deviner leur rôle. Il se contente d'’aflirmer que le pigment provient d'une décomposilion du sang. C’est seulement la découverte des Plasmodies paludiques qui a permis de résoudre ce problème. Le pigment est le résultat de la destruction des globules rouges par les Plasmodies : les éléments pigmentés qui remplissent les parenchymes viscéraux et principalement celui de la rate ne sont donc pas autre chose que les Plasmodies paludiques elles-mêmes ou les leucocytes qui les ont englobées et qui sont devenus mélanifères.
Si l’on examine d'un peu plus près la pigmentation de la rate, on reconnait qu'elle est due à deux variétés de pigment bien distinctes. L’une est le
pigment noir, véritablement caractéristique du paludisme, l’autre est le pigment ocre, qui peut se produire aussi au cours de diverses affections. Le pigment mélanique ne se trouve que dans les éléments parasitaires ou dans les leucocytes mélanifères, tandis que le pigment ocre pénètre dans les tissus et se dépose çà et là, en amas plus ou moins réguliers et plus ou moins volumineux.
Nous avons donc surtout à nous occuper du pigment noir ou mélanique. Il doit son accumulation dans la rate à la structure même de cet organe. Alors que dans les autres viscères il y a continuité, directe entre les artèreset les veines, par les voies capillaires, il existe dans la rate une solution de continuité, une sorte de circulation lacunaire. Aussi les éléments mélanifères se répandent-ils partout, non seulement dans les vaisseaux gorgés de sang, mais encore dans les mailles de la pulpe. Au cours de l'accès, surtout dans les accès pernicieux, le pigment est en partie contenu dans lesschizontes qui occupent presque toutes les hématies. Îl se trouve encore dans les macrophages : on peut voir ces cellules, qui renferment aussi des fragments d’hématies, bourrées de grains de pigment. Ces grains ont une forme polyédrique, à angles plus où moins émoussés ; leur volume est très faible etne dépasse généralement pas 1 4. Ils se distinguent du pigment ocre en ce qu'ils ne donnent pas la réaction du fer avec le ferrocyanure de potassium ; ils sont insolubles dans les acides forts
mais se décolorent au contact des solutions alcalines et se dissolvent dans le sulfure d’ammonium.
La splénomégalie présente des modalités dont nous allons donner un aperçu. Chez les individus qui succombent à un accès de paludisme aigu, c'està-dire à un accès pernicieux, la splénomégalie peut être peu accentuée, D'après Laveran, le poids moyen de la rate, dans ces conditions, oscillerait entre 400 et 800 grammes.
Par contre, les lésions du parenchyme sont déjà très accentuées car il est devenu très friable. Il se réduit en bouillie sous la pression du doigt et se délite facilement sous un filet d’eau. L’accumulation du pigment mélanique a déjà donné à la pulpe splénique sa coloration caractéristique que Maillot comparait à la teinte du chocolat à l’eau.
Dans le paludisme chronique, la rate peut atteindre au contraire des dimensions considérables. Elle peut occuper une partie de la cavité abdominale, refoulant le diaphragme vers le haut et envahissant la fosse iliaque gauche. L'augmentation de poids est proportionnelle et peut atteindre ou dépasser 1 kilogramme.
La capsule présente des lésions de périsplénite : mais cette inflammation, au lieu d’être générale comme dans la fièvre récurrente, se trouve localisée par îlots. Ces plages épaissies, fibreuses, peuvent atteindre une épaisseur considérable, alors que les parties voisines de la capsule ont gardé leur structure primitive. Ici encore la rate reste donc très fra-