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La charité chrétienne connaît mieux la gémérosité du cœur humain. Elle sait qu'il peut aimer sans haïr et préférer sans épuiser son énergie. Aussi, entre les deux excès où se corrompt l’amour de la patrie, elle a fixé un point plus naturel, plus juste et plus noble : c’est l’amour de tout le monde et la prédilection du plus proche. C'est ainsi qu'elle purifie l’ardeur du patriotisme sans la refroidir.
Ce patriotisme chrétien est le nôtre. C'est lui qui nous a appelés; c’est à lui que nous avons répondu.
Mais quelque divers que paraissent au premier abord les multiples éléments de la patrie, ils se réunissent tous dans la perfection de l'être qui est dla vie. Or, cette fleur de l’existence, personne ne l’a jamais peinte sous des couleurs plus vives et plus gracieuses que cet orateur sublime dont la voix ne s’éteindra jamais. “ Souvent, dans ma jeunesse, dit La- “ cordaire, j'ai gravi les hautes montagnes.
4 Elles ont, sous leurs formes sévères, un “ charme qui nous plaît. Il semble qu'en :
“nous élevant avec elles, nous prenons un “essor de l’âme plus haut, un regard plus “ profond ; et ce n’est pas en vain que le # poëte a dit: Jéhovah de 1a terre a consa-
“cré les cimes. Mais à mesure que nous
“ montions, légers et joyeux, quelque chose “de la nature s’évanouissait devant nous.
“ Le bruit et le vol des oiseaux devenaient “ rares, l'air s’agitait à travers un feuillage
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“ moins épais; peu à peu même les arbres
“ s’enfuyaient au-dessous de nous dans une ; 18 \ # perspective lointaine, et un gazon sans fleurs li il “ nous restait comme un dernier vestige de | | “ grâce et de fécondité. Bientôt ce n'était | | “ plus qu’une solitude àpre, morne, silencieuse, | 14! “ sans souflle, et, pour ainsi dire, sans respi- ll
“ ration : la nôtre s’arrôtait aussi, et regar- # dant, écoutant, nous ncis disions sous le |: # poids de la fatigue et ds la stupeur : La | “ nature est morte | “ Que lui manqgnaïit-il donc ? Qui nous don- pe
“ nait cette impr:ssion funèbre à son égard ? AE # Il lui manquait deux choses : le mouvement 144 “et la fécondité. La vie est un mouvement 14 “ fécond, la mort une immobilité stérile... .. 11118) “ Mais il y a bien des degrésdans le mouve- hf “ ment, et ainsi bien. des degrés dans la vie... | a # Enanouissant leurs racines et leurs branches, Î # se couvrant de feuilles, de fleurs et de fruits, til “ sur un tronc organisé, les plantes nous pré- tn # parent, dass leurs ascensions et leurs rayon- ‘A | |
“ nements, une ombre vivante, et une nourri- “ ture aussi douce que leur ombre ? ” L’arbre anna es ne Vis Re EUR Û
L'animal se meut sur la terre si non | #.comme un roi, du moins comme un hôte.” H vit. “ Ecartez tout horizon qui se me- ‘ sure, toute image, fut-ce celle de la terre et “ du ciel, qui tombe sous une limite, ou- 114 4 bliez le nombre, le poids, la figure : l’homme | 14 pense |........ Ü aime comme il pense, pi
“sans mesure dans ses affections comme il est “ sans mesure dans ses concepts, et son cœur “ se dilatant à légal do son intelligence, il se # sent libre encore sous le poids de l'infini... 4 J'ai défini la vie. La vie est un mouvement, “ parce qu’elle est une activité, et que toute “ activité s'exprime par un mouvement plus “ ou moins parfait, jusqu’à ce qu'elle arrive en “ Dieu à l’immntabilité. ” C'est-à-dire à l’action parfaite, à l’excellence de la vie.
Eh bien ! la patrie vit, elle aussi. A titre de personne morale, elle vit à la manière de l'individu ; mais sa vie est plus ample ; sa poitrine plus large, son souffle plus puissant, sa démarche plus haute, son bras plus nerveux.
Sa vaste énergie se répand plus loin et anime plus de choses. Pourquoi ce temple est-il ardent, sinon parce que nos cœurs lui ont insspiré un souflle religieux ? Pourquoi nos plaines fleurissent-elles, sinon parce que nos sueurs leur ont donné la fécondité. qui est la vie ? Pourquoi ces drapeaux sont-ils immortels, sinon parce que nos pères les ont consacrés de leur sang ? Pourquoi ces devises généreuses brillent-elles encore, malgré la poussière et les ravages du temps, sinon parce que l'honneur de la patrie n’a jamais permis qu’elles fussent effacées. Pourquoi ont-elles volé plus radieuses jusque sur les plis gracieux qui ombragent la tête de notre jeunesse, sinon parce que déjà cette jeunesse tient à s'engager sous nos yeux pour l'avenir ? Et que
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dit donc la patrie, avec ces multitudes frémissantes qui so groupent anjourd’hui, et chaque année, sur tous les points du même sol, dans l'unité d’une môme pensée et d’un même cœur ? Elle dit, et sa voix est éloquente, elle dit : Je vis!
Oh ! mes chers compatriotes, n’est-il pas nécessaire que cette pensée qui contient tout soit aujourd’hui l’âme de nos discours ? Héritiers légitimes d’une vie généreuse, maîtres de cette vie par droit et par devoir, il est bien naturel que nous en parlions ensemble, avec la gravité, l'intérêt et l'affection que cette chose réclame ; avec la fermeté, la franchise, Ja sainte liberté qui caractérise l'intimité des relations sociales. En face de la vie comme en face de la mort, il y a une liberté qui atteint la sainteté du devoir. Nous sommes donc libres tous ensemble.
Moi-même, M. F., appelé à l'honneur redoutable de vous adresser la parole au nom de la patrie, je me vois plus à l’aise, dans la pensée qu’à titre de compatriote, j'ai un droit . égal à partager vos honneurs et vos tristesses. Et si, dans la suite de ce discours, je vais puiser ma part de joie aux sources pures de l’histoire, je ne reculerai pas devant le calico qui contient des pensées arères ; surtout je n’en détournerai pas mes lèvres pour le passer à d’autres. Je le sais, nous ne sommes ici ni pour nous louer, ni pour nous blämer ; nous y sommes au nom du passé et de l’a-
venir, on vue du bien public. Mais n'oublions pas que, précisément à ce titre, nous pouvons arler avec une liberté égale lonange et lâme, Car, si l'honneur encourage heureusement le bien, c’est aussi le reproche quelquefois qui indique et prévient le mal,
Vous me soutiendrez donc, M. F., dans
cette tâche qu'il vous a plu vous-mômes de m'imposer.
… Comme toute personne qui se meut sur la terre, la patrie jouit d’une triple vitalité. Elle vit d'intelligence et de liberté: c'est sa vio morale; e!le vit des mœurs, de cette énergie spontanée, propre à tout corps qui s’anime :
c'est sa vie sensible; elle vit de cette action naturelle et forte qui maitrise tout ce qui lui est inférieur : c’est sa vie physique.
Cés trois vives énergies de la patrie, dont s’anime le même être, s’influencent naturellement et se prêtent, dans une heureuse sympathie, un mutuel secours; avec cette essentielle différence toutefois que la vie morale ‘ est la supérieure des deux autres : c’est le chef : de la vie; elle porte couronne, elle tient le sceptre et commande royalement, non pas pos les humilier ou les détruire, mais pour es perfectionner et les ennoblir, Voilà pourquoi nous retrouverons partout et réclamerons toujours, à quelque point de notre sujet que nous soyons, le travail intelligent, énergique, généreux et patriotique de notre liberté,
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La patrie vit tout d’abord de la vie morale, c'est-à-dire de cette activité intelligente et libre qui distingue lo roi dela terre et les hôtes glorieux du ciel,
L'intelligence est destinée à voir, à distinguer la vérité. C’est l’œil de la patrie. C’est à elle qu’il appartient de saisir le bien et de reconnaître les divers moyens de l’exploiter.
D'un doigt sûr, elle suit la limite du droit et du devoir, Elle embrasse le champ de la vertu, elle entrevoit l’espérance et constate le danger.
be le sommet de la vie morale, c’est la liberté. La liberté, er effet, contient dans son sein généreux la plénitude de la raison et la plénitude de la volonté. On peut connaître, on peut vouloir sans être libre; mais jamais on n'est libre sans l'intelligence qui voit et la volonté qui agit.
Or, la patrie, et je le dis ici, aux pieds de Dieu qui moe voit, en présence des hommes qui m'écoutent, sans crainte de n’ôtre ni désavoué ni incompris: la patrie est libre, la patrie vit de liberté.
L'intelligence et la liberté se réunissent
même dans un acte indivisibles; et, de leur sanctuaire lumineux et inviolable, elles rayonnent dans tous les sens et animent tout ce qu’elles pénètrent. Autour d’elles se groupent, comme des satellites avancés de la vie morale,