‹ La St.-Jean-Baptiste à Québec [microforme]Chapitre 5 sur 21 · HR · texte numérisé non relu

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la science qui brille, le zèle qui s’embrâse, le courage vainqueur des obstacles, le désintéressement qui s’oublie, le dévouement qui se donne, «& la sublimité du sacrifice.

Voilà ia vie morale de la patrie. Mais qui aura la direction de cette noble énergie ? Qui dira à notre fière intelligence, à notre liberté plus fière encore, à toutes les généreuses affections qu’elles activent ; qui leur dira, avec cette autorité suprème qui ne craint pas le démenti, qui leur fera entendre souverainement le oui vu le non? Je vais répondre.

Mais laissez-moi vous dire auparavant qui ne le fera pas.

D'abord, ce n’est pas nous-mêmes. Mobiles et contingents que nous sommes, créés dans la pauvreté d’une existence inférieurs, essontiellement dénués de la souveraineté d’être, nous ne saurions devenir souverains dans l’action.

Ce qui dirigera notre vie morale, ce ne sera donc ni notre fantaisie qui change comme Île vent, ni la peur vaine comme une ombre, ni l’intérèt qui tiraille en tous sens. Bien loin que

. toutes ces choses puissent prétendre à la sou-

veraineté d’une loi morale, elles constituent la partie la plus agitée de notre être. Bien loin

de pouvoir dominer la vie morale d’un peuple,

elles se traînent humblement, sans jamais atteindre la noblesse de son niveau, dans la région la plus infime de notre existence.

Par ia môme raison, l’homme étranger doit

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renoncer à l’honneur de diriger souverainement la vie morale d’une nation, qu'il s’appelle individu, société, voisin ou métropole. L’absolue souveraineté ne loge pas dans un être mobile, flexible, passager comme l’homme ; il y aurait essentielle éontradiction.

Je sais que l’homme peut amonceler des forces, devenir ce qu’on appelle une puissance ; mais l’homme fort reste un homme; et, en face de la vie morale d’un peuple, au point de vue de la loi souveraine, ce n’est plus une puissance c’est un roseau.

Qui donc dirigera sonverainement la vie morale de la patrie? Qui la touchera d’un sceptre victoriaux et lui donnera le mot d'ordre? Ecoutez, hommes et peuples. Au-dessus de tout ètre créé, dans les profondeurs éternelles d’une existence absolue, il est un être qui jouit de l’activité par excellence. Maître de l'existence, il vit commeil est, d’une manière souveraine. Soit qu’il néglige de créer d’autres êtres, soit qu’il lui plaise d’en appeler à l'existence ; soit qu'il groupe des peuples, soit qu’il en disperse, il fait tout, ordonne et dirige tout dans l’essentielle conformité de son être. En agir autrement serait se contredire, et la souveraine perfection ne se contredit pas.

Dieu! Voilà donc la loi souveraine et universelle des êtres. Aucun d’eux n’en est exempt, qu'il soit mort comme le grain de sable, qu’il soit aveugle comme l'animal, qu'il soit intel-

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ligent et libre comme l’homme, puissant comme un peuple, vaste comme le monde.

Donc tout dépend de Dieu. Don: la liberté ne détruit pas la dépendance. Un peuple est libre, oui certainement ; ais pour cela, il n’est pas plus indépendant de Dieu que le soleil qui roule sur sa tête ou le brin d’herbe qui croît dans l’immensité deses plaines,

De là le devoir qui s'attache à Dieu. De Ià le droit qui respecte le devoir. Là nous apparaît l’abime infranchissable qui sépare le libre du permis. Là aussi se révèle la noble mission qui n'appartient qu’à l’être libre : d’aiouter à son âme, d’une main qui ne connaît pas le servitude, de nouveaux traits de ressemblance avec son auteur.

Mais quel usage Dieu fait-il donc de cette autorité souveraine qui s'impose à tous sans détruire la liberté de personne ? Le voici, Il était conforme à l’essence mème de Dieu que Dieu dirigeât ses créatures vers une fin ; il était réclamé par l’honneur essentiel de son acte que cette fin fût lui-même; que des êtres soumis à lui, capabfes de l’atteindre, dirigeassent vers lui leur activité morale pou: le posséder, et quo cette possession se réalisâc un jour.

Voilà donc la souveraine loi et le souverain bien qui s'appellent; voilà donc la dépendance essentielle de l’homme, sa libre obéissance et son bonheur suprème, qui se réunissent dans une étreinte inséparable. Obéir à Dieu, c’est aller à Dieu. Par la soumission,

nous gagnons notre propre bonheur. . J'ustitia et pax osculatæ sunt: la justice et la paix se sont embrassées.

Entre ces deux souverainetés, la souveraineté do l'autorité et la souveraineté de la vérité et du bien, viennent s’échelonner, dans une subordination essentielle, beaucoup d’autres lois et beaucoup d’autres biens ; beaucoup d’obéissances et beaucoup d'intérêts. Le respect de Dieu emporte le respect de ses œuvres : le respect de soi-même, le respect des autres hommes, le respect de l'individu, le respect de la famille, le respect de l’état ; et, dans cha- ‘cune de ces sociétés, le respect mutuel du père et de l’enfant, du souverain et des sujets. L'amour de Dieu emporte l’amour de ses œuvres, l'amour de soi-même, l’amour des autres hommes, l’amour de l'individu, l’amour de la famille, l'amour de l’état ; et, dans chacune de ses sociétés, l'amour réciproque du père et de l'enfant, du souverain et des sujets : c'est-à-dire l’immense réseau de la justice et de la charité : l’ordre, la paix et le bonheur de tous.

Mais ne l’oublions pas, M. F., dès le commencement, Dieu a voulu faire plus que tout cela’; il a voulu ravir l’activité morale &e l'homme jusque dans la sphère sublime du surnaturel. Il s’est montré lui-même comme loi surnaturelle ; il a communiqué à l’activité morale de l’homme une puissance surnaturelle ; il a exigé un déploiement d'énergie

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