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surnalturelle ; il s’est donné lui-même dans l'éclat d’une fin surnaturelle. Et l’ordre surnaturel est sorti du sein de la charité divine; ét les nations ont été données au fils de l’homme en héritage ; Jésus-Christ les a confiées à son Eglise ; et l'Eglise, dominant tous les peuples, exposée à tous les yeux, entretient leur vie morale, linspire, et la conduit au port. Et la vie morale des nations, a revêtu dans la sphère surnaturelle du christianisme le vif éclit de la divinité.
De là sont sortis pour chaque peuple un grand devoir et un grand bien. Un grand devoir ; celui d’être chrétien, chrétien dans l'individu, dans la famille, dans l'Etat ; chrétien dans l'autorité, chrétien dans la sujétion, chrétien dans les institutions, chrétien dans les loïs. Ah ! c’est une grands vérité, l’indi-
vidu, la famille et l'Etat peuvent s'occuper des choses du temps ; ils le doivent même. Mais aussi c’est une grande erreur de s’imaginer que nos actions libres en tombant d’une manière immédiate sur la terre, puissent cesser de s’ordonner finalement au ciel. C'est une grave erreur de.s'imaginer que l’homme, du haut de sa puissance sociale, devienne moins soumis à Dieu que la faiblesse de l'individu. C’est une grave erreur de croire que l’état ne doive pas de soumission à l’Eglise. C’est une grave erreur de croire qu'il existe un seul acte libre au monde qui ait droit de se soustraire à Dieu et refuser d’être chrétien. Sans
doute, docile à son divin chef, l'Eglise Faisse à La dispute des hommes bien des choses qui se meuvent dans la sphère du temporel ; mais l'autorité souveraine est toujours là, au-dessus de toute activité humaine, royale ou sujette. Respect ! Elle ne nie pas le progrès matériel, mais elle ne veut et ne peut vouloir qu’il prévaille contre elle, ni qu'il s’insurge contre le progrès spirituel, qui le domine. Un grand bien, Tout dans la vie morale des nations :
science, liberté, devoir, droit, justice, charité, courage, dévouement, sacrifice : tout est dovenu chrétien. Et voilà que les peuples chrétiens ont élevé leurs cœurs ; et voilà que le scytho, le grec ct le romain ont vu s’effacer leurs noms devant celui des nations chrétiennes. Et malheur aux peuples qui n’ont pas voulu boire à la coupe royale du christianisme! Malheur aux peuples qui en ont détourné leurs lèvres imprudentes !
Dites, M. F.,, sur quelles plages, autres que des plages chrétiennes, avez-vous jamais entendu des accents comme ceux-ci :
Dieu est celui qui est.
Le Seigneur est son nom.
Seigneur, qui vous est semblable £
Le ciel et la terre passent ; mais vos paroles ne passeront pas. s
L’esprit scrute tout, même l'abime.
Le Seigneur aime la justice. .
Voyez quelle charité a euc le Père, de nous nomainer et nous faire ses enfants !
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La terre est pleine de si miséricorde.
Nous serons rassasiés à l'abondance de sa en aIsON.
Qui me séparera de la charité du Christ ?
Nous sertons la charité de Dieu en ce qu'il « déposé sa vie pour nous; et nous, nous devons déposer la nôtre pour nos frères.
Je veux être anathème pour mes frères !
Et sur quelles plages, autres que des plages chrétiennes, avez-vous donc aperçu, au sommet «le la montagne, en vue de tous les enfants des hommes, le type mourant de la justice et de la charité ?
Sur quelles plages, autres que des plages chrétiennes, avez-vous rencontré des prodiges de vie morale à l’égal des nôtres ?
Et pourquoi doit-il en être infailliblement ainsif C’est que la perfection de la vie morale dépend de trois choses: du principe souverain qui est Dieu, de l'énergie intelligente et Hbre de l’homme, de la hauteur souveraine du but. Or ces trois éléments essentiels atteignent dans le christianisme le sublimité du surnaturel.
Que fait donc le christianisme ? Non-seulement il corrige le vague de l'ordre naturel, mais encore il élève set ordre et monte avec lui. Et le peuple, et ie citoyen vraiment chrétien sera à la fois savant, libre, juste, charitable, à 1a honte de l'indifférence et de l’impiété. Plus fidèle à Dieu, il sera plus fidèle aux hommes; plus attaché à Dieu, il s'atta-
chera plus à ses frères. Car infidèle à Dien et fidèle aux hommes, on le sait, c’est une inconséquence logique dont l’homme sensé n’est pas longtemps capable.
Dans l’ordre des faits, M. F., je me contento de ceux qui arrivent spontanément à votre souvenir, Vous n’avez pas besoin que je vous rappelle notre histoire. On l’a dit plus d’une fois : c’est la religion catholique qui nous a faits ce que nous sommes. Elle s’est répanduo largement autour de Findividu, de la famille êt de l’état; elle a pénétré nos lois et nos iostitutions ; elle nous a donné des temps héroïques. Aux jours mauvais, elle a fait signer des conventions protectrices ; elle nous a inspirés au milieu des tempêtes ; c’est elle surtout qui nous a réunis en nous éloignant d’une fraternité perfide; c’est elle qui active nos forces, à nous, peuple catholique, qui les triple, comme elle a fait, vous le savez, à la frayeur de ses adversaires, même en Angleterre et aux Etats-Unis.
Plus d’une fois les vétérans denos luttes politiques lui ont rendu cet éclatant témoignage. Pourtant j'ai lu sur des feuilles éphémères, qui trainaient de par la patrie un nom catholique; j'ai lu que la religion n'importe pas à la patrie, Mais qu'est-ce donc que la vie morale de la patrie ? Que serait-elle donc sans ses rapports avec Dieu ? Et les rapports de l’homme libre avec Dieu, comment s’appellent-ils done, si ce n’est religion ? Et la re-
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Bigion de la patrio, qu’est-ce donc autre chose que la patrie elle-même, dans la plus haute personnification de sa dignité ? Et comment so ferait-il donc que la vérité et le bien supérieurs, dont s'empare la vie morale de la patrie, no deviendraient pas son meilleur patrimoine, l’âme de son âme, la vie de sa vie ?
Ah ! sur ces feuilles éphémères, nous avons vu aussi l’injure jetée à la face do notre église, prodiguée à ses ministres, allant frapper làchement jusqu’à la tombe vénérée de ceux qui sont fnorts ? Nous l'avons vu, M. F., et en le voyant, nous avons dit : un jour, des enfants plus dignes de leurs généreux pères protesteront eusemblo au nom de la justice, de l’honneur et du sang.
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Maïs la patrie vit encore d’une autre vie, c’est la vie sensible. Inférieure à la vie moale, soumise à elle comme à une maîtresse et à une protectrice, cette vie ne laïsse pas d’exercer, dans une certaine dépendance naturelle, le feu ardent de sa propre activité.
Qu'est-ce que la vie sensible de la patrie ?
M. F,, faites l’ascension de cette montagne, atteignez le sommet, levoz les yeux et voyez. Voyez cette charmante variété d'aspect, cet heureux mélange de cîimes qui s'élèvent, de côteaux qui se gonflent, de rivières qui ser-
pentent, de plaines qui s’abaissent et se distinguent par une floraison dessinée comme les couleurs de l’arc-en-ciel, en promettant des fruits aussi divers que les fleurs. Les rayons mêmes du soleil, sortant d’un seul foyer, viennent revêtir dans l’hunilité de l’atmosphère terrestre des teintes qui les distinguent sans démnentir l'unité de leur origine.
Embarquez sur ce vaisseau, allez visiter des plages plus éloignées et plus étrangères ; chacune d'elles vous présentera sa variété,
Si vous pénétrez jusqu'aux entrailles de la terre, sa fécondi:é originale étalera à vos yeux des richesses qui ne sont pas les richesses d’un monde étranger. Parfois votre œil exercé croira saisir des ressemblances ; ma:s ces ressemblances sout des ombres qui ne confondent pas l'immense variété des tableaux que le doigt de Dieu a tracés, en les animant, sur la substance terrestre comme sur une toile. Voilà en image la vie sensible de la patrie. En réalité, c’est la physionomie animée de la patrie. Cette physionomie qui se lit sur le front, dans les yeux, dans tous les traits, dans la voix, dans les allures mêmes de tout être qui vit. Otez lui cette énergie visible il peut vivre de la vie physique, il peut vivre de la vie morale; mais sensiblement il est mort.
Sortons de l’abstraction. Voyez parmi les hommes ces patries diverses qui composent la grande société humaine,comme les divers sols
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tendent à constituer l’immensité du globe terrestre ; ces physionomies diverses qui distinguent les peuples sans les opposer, mieux encore que ne font lee fleuves, les montagnes et les mers. Le descendant des Gaulois conserve encore, dans une vitalité qui ne se repose pas, sous une apparence moins solenneile, la profondeur de la méthode, la jovialité qui se rit même du malheur, le sens de la justice, le courage bouillant, la chaleur de l'hospitalité qui distingua ses pères, L'Anglais tient à l’ampleur et à la dignité de sa démarche, à la hauteur de son caractère, à la froideur de son courage, à la constance inébranlable de ses déorets. L’Italien aime encore à fournir an Capitole chrétien le dévouement de ses saints, le sang de ses martyrs ; il est judicieux, vif et emporté, comme tout enfant gâté de la P:ovidence.
O Dieu, que vous êtes riche dans vos œuvres |! Avec quelle prodigieuse et sublime fécondité vous avez distribué à chaque nation sa parure et ses ornements |! Chaque peuple a son type et sa nature ; c’est votre loi ; et jamais l’homme, quoiqu'il fasse, ne franchira cette limite ; la nature se corrige, mais elle ne se dompte pas.
Jé le sais, depuis le commencement des temps, l'homme a tenté de confondre ce que Dieu a voulu distinguer ; et les races sont encore debout ; elles peuvent s'aimer, se tendre la main, s'unir même par les liens d’une in-
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time charité; mais la charité ne fut jamais l4 confusion.
Les tyrans ont essayé cette œuvre insensée ÿ mais la nature, qui parle au nom de Dieu, « fait résistance. Chassée sur un point du monde, elle a fui sur un autre ; elle y a enfoncé ses racines, et elle respire en liberté.
L'Irlandais n’a pas dépouillé sur des plages adoptives la fermeté de sa foi, le bouillant de son caractère, et son industrie miraculeuse.
Les rameaux détachés de la France, au mi- Heu des orages, à mille lieues de distance, croissent, et donnent des fleurs dont les couleurs sont encore vives, 1l en est plus d’un pare vous, M. F,, qui a rencontré avec
onheur un exilé encore français. Le sauvago même des forèêts canadiennes vit encore dans
: l'atmosphère éclatante d’une civilisation favo-
rable. Je puis me tromper ; mais il me semble que nos descendants distinguetont, au p:emier coup-d’œil, le Polonais martyrisé, à côté de son bourreau.
Il est vrai, mes chers compatriotes, que les races, surtout les parcelles qui s’en détachent, peuvent mourir ‘à la vie sensible; mais, ne l’oublions pas, cette mort n’est pas souvent par défaite, mais par connivence. On a péri, c’est qu’on a voulu périr, pour vivre d’une vie étrangère. Or, quand on cède, personne ne peut se vanter ni de la victoire, ni de la défaite,
Nous aussi, Canadiens-Français, nous pos-
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sédons une vie sensible, sur ces bords aussi bien conquis par nos pères qu’ils l’ont été par des étrangers. Cette vie sensible, c'est une partie de nous; c'est nous; et certes, nous n'avons à rougir ni de ceux qui nous l’ont transmise, ni de l'usage que nous pouvons en faire.
Maïs à quoi tient en général, et spécialement pour nous, cette vie sensible ? A trois sources principales: l'éducation, la langue et le sang, auxquelles je rapporterais volontiers nos coutumes, notre extérieur et jusqu’à la fantaisie de nos vêtements.
C’est ici, M. F., que je demande l’action bienfaisante de la vie morale, de la force, da l'énergie que doivent savoir déployer des hommes libres, pour conserver, perfectionner Jeur propre vie et prévenir les funcstes atteintes de la mort. Ici encore, M. F., je réclame le privi- Jége de parler en toute franchise, sans arrièrepénsée ni d'orgueil, ni de blâme; et quelle que soit la portée qu’on donne à mes paroles, pourvu qu’elle soit juste, je ne m'en plaiudrai
as.
L'éducation doit tre patriotique; nonseulement elle doit être RnB religieuse, morale; non-seulement elle doit être haute et forte, puisque l’éducation, à ce point de vue, dispose de notre vie morale patriotique ; mais encore, dans l'intérêt de notre vie sensible, au point de vue de nos mœurs cana+ diennes, elle doit être nationale.
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En effet, M. F,, les mœurs qui cèdent quel:
quefois, même entre les mains de l’homme, ne sont qu’une cire molle et flexible entre les uains d’un enfant. Elles sont sensibles à la culture; et bien que l’enfant canadien aimo naturellement à montrer des mœurs canadiennes; cependant, sous l'influence de l’éducation, il consentira sans peine à revêtir pour la vie des mœurs étrangères. L'éducation qui fait l'homme religieux fait aussi l’homme patriote, le digne enfant de la patrie, respirant comme ses pères et ses concitoyens de la même vie sensible.
La langue. À ce mot, mes chers compatriotes, un sentiment patriotique, mêlé de joie et de tristesse, a sans doute pénétré vos âmes.
La langue, cet élément de la patrie, ce diamant précieux où viennent passer successivement, avec le flot du temps, ses pensées, ses affections, ses soupirs et ses plaintes ; la langue qui relie le présent aux existences du paseé ; la larigue, la voix de nos ancêtres, notre voix, la voix de nos enfants, la langue, cette noble défense, cet élément indispensable d'union nationale, ce rempart inexpugnable contre les envahissements jaloux des mœurs étrangères !
la langue, le souffle le plus pur, la vie de la patrie.
Un peuple meurt-il avec.sa langue? Un peuple vit-il, quand il a perdu sa voix? O voix de notre patrie ! Ton nom seul a rendu nos oreilles attentives, nos poitrines palpitantes,
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O honneur à vous citoyens dévoués et patriotes, qui consacrez une large part de votre vie à cultiver ce précieux élément de la nôtre. Ecrivains bien doués, qui respectez partout la pureté ombrageuse de son origine.
Honneur à vous aussi, qui sans rien enlever au droit sacré de notre langue nationale, savez prendre dans Ja lutte une arme étrangère, la saisir dans les mains de vos adversaires, ia manier à votre tour, vous en faire un élément de force nécessaire au soin des intérêts publics ou même des intérêts privés.
Oui, tout cela réjouit le cœur généreux de la patrie. Mais à côté de ce beau et patriotique spectacle, il en est un; et je le dirai sans froisser personne, car je le dis après tout le monde; il en est un qui l’attriste.
Partout, sur nos places publiques, dans nos rues, dans nos bureaux, dans nos salons, vous entendez résonner l’accent envahisseur d’une Jangue étrangère. Hélas! quelquefois, le génie même de cette langue jalouse veille nuit et jour auprès du berceau de nos enfants et les forme par avance à la rigidité de son caractère. Est-ce-tout? oh non! On va même jusqu’à infliger à sa langue maternelle la tournure de l’étrangère, jusqu'à traduire son nom propre, le nom de sa famille, le nom de ses ancêtres, à le traduire par un son étranger, quelquefois à la lettre.
Et qu'est-ce qui a commandé tous ces sacrifices ?. La justice? Non, La charité? non. La
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à politesse ? Non plus. Qu'est-ce donc ? C’est le 1 e Ÿ mépris et la honte de 8a race; la préférence 14 si L. et l'honneur d’une race étrangère. | 14 a O traître déserteur de notre langue, men- | ji diant d’une vie étrangère, partez, vous n'êtes de a! spas propres à la vie nationale ; soyez désavoués Al A par vos frères, en attendant que vous le soyez \ 4 a par l'étranger. Pour nous, mes chers compa- ji | 54 triotes, tenons à notre langue. Tenons y pour \ L : nos enfants, pour la jeunesse, pour nous- 8 mêmes. Tenons y tous, partout et toujours ; je n’entends pas avec la violence du fanatisme, ii 8 mais avec l'amour, l'ardeuret la fermeté d’hom- . À ! 9 mes qui vivent du droit et du devoir. La vie ‘1 8 de notre langue est encore dans les mains de Lt e
notre conseil. N’attirons donc jamaïs sur nos tètes le reproche de l’avoir trahie. Non-seule-
8 ment il faut y tenir, maïs il faut lui faire hon- S neur, il faut même quelquefois l’imposer.
; . Ici, généreux défenseurs de nos mœurs et |}
; de notre langue, vous n'avez pas oublié que | plus d’une fois, dans des luttes différentes, il a Ho fallu, pour vaincre, une autre puissance que la vôtre. Plus d’une fois, il a fallu que l’ange qui veille au foyer de la famille, non-seulement excitât vos courages, mais encore vous imposât le généreux martyre du sacrifice par l'exemple sublime du sien. C'est même à sa de pensée que l’on a dû souvent le privilége de qu commander à la victoire. | Eh bien, il est un champ de bataille où la lutte dure encore, et où, moins que sur tout
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