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CHAPITRE V

Ce remède sera une action sur le crédit au moyen du taux de l’escompte, d'opérations sur le marché libre et de pressions sur les établissements qui distribuent le crédit.

L’action par le taux de l’escompte est bien connue. Nous avons déjà vu comment les instituts d'émission s’en servaient pour rétablir l’équilibre menacé de la balance des comptes par des mouvements de capitaux et de marchandises. C’est surtout sur la restriction du crédit qu’elle provoque que l’attention est maintenant attirée.

Une hausse du taux de l’escompte signifie simplement, que la banque centrale fera payer un intérêt plus élevé sur les effets qui lui seront apportés. Une telle mesure ne concerne directement que ses clients habituels. Mais elle va bientôt déterminer sur le marché des capitaux à court terme un renchérissement des disponibilités qui va lui-même restreindre le volume du crédit. Inversement, une baisse aura l’action opposée,

Les mouvements du taux de l’escompte tendent à se transmettre au marché libre par des moyens à la fois mécaniques et psychologiques.

La demande accrue de crédit oblige des prêteurs à faire appel au réescompte de la banque centrale. Le prix auquel ce service leur est accordé les contraint d'élever à leur tour le taux de leurs avances. La contexture du marché monétaire rend plus ou moins efficace l’emprise ainsi obtenue sur le marché libre. En général les établissements qui accordent des prêts à court terme gardent dans leur actif une certaine proportion — fixée par leur prudence ou par la loi — de dépôts dans les grandes banques. Celles-ci à leur tour se couvrent par des disponibilités à la banque centrale. Ces dépôts sont une garantie de liquidité immédiate pour. une partie de l’actif et existent dans toutes les banques. La proportion à garder peut varier selon les établissements mais reste à peu près fixe pour chacun. Supposons, pour simplifier, que chaque banque garde contre ses dépôts une proportion fixe de 10 % de dépôts à la banque centrale. Si celle-ci, dans la période de demande accrue de crédit que nous envisageons, élève Je taux de l’escompte, cette demande croissante de crédit amènera les diverses banques à venir au réescompte, à subir ce taux augmenté et par conséquent à hausser leur propre taux de prêt de manière à se réserver une marge de bénéfice convenable.

De même les intermédiaires, pour prêter de l’argent à leurs clients, feront appel à des banques ou même à l’Institut d'émission dont ils auront à subir les exigences. [ls seront obligés d'élever, eux aussi, leur taux.

Le mouvement de hausse s’est ainsi transmis à tout le marché automatiquement. Il en serait de même sans

doute pour un mouvement de baisse. Mais ici, si la

demande de crédit a été ferme, tous les emprunteurs ne pouvant pas être satisfaits par la banque centrale, les autres banques pourraient conserver un taux assez élevé pourvu qu’elles fussent assurées de placer leur fonds à ce taux. Aïnsi le système d’engrenage qui contraint les prêteurs à la hausse est moins effectif pour transmettre la baisse.

Mais, à cette action purement mécanique, s'ajoute une action psychologique. Quand le taux de l’escompte - était manié selon la situation de l’encaisse, la hausse pouvait faire craindre une suspension des paiements et cette crainte multipliait l’effet de cette hausse sur l'offre de crédit par les banquiers qu’elle incitait à la prudence. Quoiqu’une telle éventualité ne semble pas devoir se produire lorsque le taux de l’escompte est manié en vue d’une stabilisation des prix, c’est-à-dire à un moment où l’extension du crédit est loin d’avoir pris tout son développement, son action psychologique existe néanmoins et ses variations sont considérées comme un avertissement. Souvent même le simple bruit d’une hausse problématique suffit à produire une tension sur le marché du crédit.

Notons toutefois que les prêts les plus sensibles sont ceux dont l’échéance est la plus courte. Ils reflètent les tendance journalières du marché avec d’autant plus d’exactitude qu’ils se renouvellent plus souvent. Aussi leurs mouvements précèdent-ils souvent ceux de l’escompte qui ne peuvent intervenir aussi rapidement. Mais ces prêts à très court terme concernent plutôt le marché des valeurs et on peut dire, en règle générale, que le papier commercial suit avec assez d’exactitude les variations de l’escompte.

Sans doute cette situation est-elle loin d’être exactement réalisée à mesure que l’on s'éloigne de l’état idéal : celui d’un très vaste marché, où les transactions sont rapides et nombreuses. C’est ainsi que les prêts consentis par les Member Banks! le sont à un taux d'autant plus élevé que leur siège est de moindre importance et plus éloigné des grandes places financières. Le taux de l’escompte des Federal Reserve Banks étant de 4,50 % les Member Banks prêtent à :

5,44 % dans les villes de plus de 100.000 habitants. 6,34 % dans les villes de 15 à 100.000 habitants. 7,54 % dans celles de moins de 15.000 habitants2.

Ces taux ne sont presque pas affectés par les variations du taux de l’escompte. La marge qui les en sépare s’explique par l’éloignement et par le risque couru, elle est assez large pour que des variations de 1 ou 1 /2 % puissent être négligées.

Il semble donc que l’on puisse énoncer deux règles : La sensiblité du taux de l'intérêt aux mouvements de l’escompte varie en raison inverse de la durée du prêt et en raison directe de l’importance du marché sur lequel ce prêt est consenti.

Nous pouvons, dès lors, tenir pour exact que le taux du papier commercial de 60 à 90 jours suit celui de l’escompte. C’est dire que la banque centrale peut affecter le prix du crédit, plus facilement d’ailleurs dans le sens d’une hausse. |

Ces variations du taux de l'intérêt à court terme vont à leur tour agir sur le volume du crédit. Comme pour toute marchandise, les demandes tiennent compte

1. Banques affiliées au système de réserve fédérale aux Etats-Unis 2. Cf. Federal ReServe Board Report pour 1923.

du prix. Celui par exemple qui achéterait 10 unités au prix de 100 par unité n’en achétera plus que 9 par exemple à 105, 8 à 110, etc. et au contraire 11 à 95. 12 à 90, etc. Ce qui est vrai pour une marchandise quelconque doit l'être aussi pour le crédit.

L'étude des variations cycliques du taux de l'intérêt et du volume des prêts montre que ces variations sont corrélatives dans une certaine mesure. Et même si l’on conclut que ce sont les variations du volume du crédit qui ont déterminé celles du taux de l'intérêt, il ne s’ensuit pas que cette situation soit impossible à renverser, et que le taux d’intérêt n’ait pas ou ne puisse pas avoir d'influence sur le volume du crédit.

Nous avons vu que certains types de prêts étaient plus sensibles que d’autres aux variations de l’intérêt, ce sont ceux dont le volume sera le plus maniable. Nous pouvons donc dire qu’une variation du taux de l’escompte entraînera une variation corrélative du volume du crédit, que cette corrélation sera plus étroite dans le cas d’une hausse que dans celui d’une baisse et que le crédit le plus affecté sera un certain type de crédit. Mais à cette proposition il faut apporter quelques restrictions.

Les effets attendus ne pourront pas être obtenus immédiatement. À chaque instant le monde économique est en mouvement de production, de commerce, etc., c'est-à-dire qu’il est engagé dans une certaine voie prévue par les chefs d’entreprise et que ce mouvement se résoudra a un moment donné en une demande de crédits, inévitable conséquence d’engagements antérieurs. Même si le prix demandé pour ce crédit semble exorbitant, même si l'opération devait en définitive

Filippi 4

se solder par une perte, ces crédits n’en seront pas moins sollicités. Ce ne sera que plus tard, pour de nouvelles opérations, que l’on pourra tenir compte du changement du taux de l'intérêt en prévoyant un emploi plus restreint de fonds de roulement pour des transactions réduites. La conséquence cherchée n’interviendra donc qu'avec un certain retard. C’est ce que l’on peut exprimer, si l’on veut comparer le mouvement économique à un mouvement physique qui une fois déclanché se poursuit sans l’entrée en jeu de nouvelles forces, en disant que la cycle du crédit a un « momentt ».

À cette influence qui ne fait en somme que retarder l’action du taux de l’escompte, il faut en ajouter une autre qui va jusqu’à contrarier cette action.

Une hausse a lieu en période de demande accrue de crédit. C’est dire que les courbes de demande de chacun sont plus élevées que précédemment, et suffisamment élastiques pour supporter la charge d’un prix accru. Les perspectives de profits sont assez élevées, laissent une marge de bénéfices assez étendue pour qu'il soit encore avantageux d'emprunter en payant par exemple 5 % au lieu de 4. 1l est certain cependant qu’un certain nombre de prêts marginaux disparaïîtront. Les emprunteurs qui ont calculé qu’à 4 % ils recueilleraient un bénéfice minime mais suffisant cependant pour les inciter à faire appel au crédit, se retireront du marché au nouveau taux. D’autres demanderont une quantité de crédit plus faible, contraints d'abandonner certains emplois de ce crédit, trop peu lucratifs désormais. De telles situations sont fréquentes. Certaines entre-

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