‹ La Stabilisation des Prix: L'Expérience des États-UnisChapitre 18 sur 43 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Si l’action sur le crédit est souvent renforcée par les variations du volume de la circulation, elle peut se trouver contrariée par des importations ou des exportations d’or et par les nécessités de couverture.

Les mouvements d’or en période normale ont une action bien connue sur le volume du crédit. Nous en avons déjà dit quelques mots au chapitre IV. Sur un marché international déréglé, ces mouvements peuvent prendre une grande ampleur et une grande continuité de direction. C’est ce qui s’est produit pendant la guerre et les années de bouleversement monétaire qui l’ont suivie. Ce n’est pas ici la place de faire l’histoire de l’afflux de l’or aux Etats-Unis, mais nous devons dire un mot de la manière dont ces importations de métal pouvaient gêner une politique de stabilisation des prix. Nous avons déjà ditque les banques affiliées possèdent, comme garantie de leur passif, une couverture de 10 % environ en dépôt aux banques de réserve. Si un particulier reçoit 10.000 dollars d’or et les dépose à une Member Bank, celle-ci, en les apportant à la Federal Reserve Bank dont elle dépend, y diminuera son découvert de 10.000 dollars, et elle pourra ensuite réemprunter cette somme qui lui servira de base pour

recevoir 100.000 dollars de dépôt et accorder de nouveaux prêts. En nous reportant à ce qui a été dit plus haut des Open Market Operations, nous voyons qu'une entrée de X dollars d’or déposés dans une banque affiliée, équivaut à l’achat de X dollars de valeurs par les banques de réserve, augmente d’autant le pouvoir des Member Banks d’accepter des dépôts et d'accorder des crédits, et ici l'initiative n'appartient plus au Federal Reserve Board. Celui-ci d’ailleurs peut compenser cette arrivée d’or par une vente égale de fonds d'Etat. Mais une fois cet actif liquidé, les banques affiliées peuvent à leur gré prêter plus facilement, lancer de nouvelles valeurs, etc.

En réalité, cet afflux d’or a pu être « stérilisé » et l'inflation de crédit qui était sa conséquence normale a été évitée, Des exportations massives de métal auraient eu des effets inverses, mais aussi graves.

La restauration de l’étalon-or dans le monde est à cet égard une garantie de stabilité. Maïs le lien qui existe entre l'or et l’ensemble des moyens de paiement iait dépendre dans chaque pays le volume du crédit de l’abondance de ce métal. Il implique pour les banques centrales la possession d’une encaisse métallique. Que le système de couverture adopté soit celui d’une limitation de la circulation à découvert, d’une proportion entre l’encaisse et les engagements à vue, ou d’un maximum légal d'émission, la possibilité de distribuer du crédit, dépend de l’état des réserves et la préoccupation d’assurer la convertibilité aux billets de banque oblige les Instituts d'émission à une certaine prudence.

Si une restriction du volume du crédit fait qu’une

partie de l’encaisse soit inutilisée, puisque l'actif productif diminue, les banques centrales peuvent supporter la perte qui en résulte, du moment qu'il s’agit de sauvegarder l'intérêt général. S'il est au contraire nécessaire d'augmenter le volume du crédit en usage, et par là celui de la circulation et des dépôts, les réserves se trouveront à un moment donné menacées et la sagesseobligera à revenir à la politique traditionnelle qui consiste à les défendre sans tenir compte de la situation économique générale, Cette politique ira à l'encontre de celle qui a pour but de stabiliser les prix, et pour ne pas abandonner la convertibilité en or, il faudra sacrifier la direction du crédit.

Nous voyons ainsi que les autorités bancaires peuvent être gênées par les mouvements d’or, ou les obligations de couverture. Des mesures doivent être envisagées pour remédier soit à l'abondance, soit à la rareté de ce métal.

Le premier danger a été assez facilement combattu aux Etats-Unis. Les banques de réserve ont laissé s'élever la proportion de leur encaisse, et ont contrarié par divers moyens le développement du crédit. Elles auraient pu encore, comme le fait remarquer M. O. M. W. Spraguel, appeler la partie non encore libérée de leur capital, élever la proportion de réserve des banques affiliées, augmenter leur passif en acceptant des dépôts pour le compte du gouvernement, remplacer, dans une mesure toujours plus large, les billets de banque pour lesquels une couverture de 40 % est suffisante par des « Gold certificates » qui représentent

1. Supplément de mars 1929 à l’ American Economic Review. Price stabilization.

100 % d’or. Pour que l'augmentation de l’encaisse n'ait pas d'effet sur les moyens de paiement, il faut, en règle générale, qu’elle soit compensée par la diminution d’autres postes de l’actif ou que l’augmentation du passif qu’elle entraîne ne comporte pas la mise en circulation de nouveaux moyens de paiements.

La rareté de l’or exige des mesures d'économie. La circulation effective de métal est aujourd’hui exceptionnelle. Le rapport des moyens de paiement à la couverture métallique qui est nécessaire pour assurer leur convertibilité, n’est pas déterminé d’une façon absolue. La qualité des prêts consentis est d’ailleurs une garantie efficace et pourrait permettre de réduire les réserves légales. Ce n’est que par une modification législative des nécessités d’encaisse que peut être évitée une baisse des prix, comme conséquence de la rareté de l’or dans un pays.

Une insuffisance du stock mondial serait plus grave. Elle ne constitue d’ailleurs pas une hypothèse purement théorique. Il est à craindre que la production de l’or ne progresse pas aussi rapidement que le volume des échangest. Celui-ci augmente de 2,8 % environ par an. En tenant compte d’une perte d’or de 0,2 % il faudrait que le stock d’or progressât en compensation de 3 %,. Il est nécessaire pour cela que l'extraction augmente constamment, puisque ces 3 % sont calculés sur un stock de base qui doit se développer chaque année. Les disponibilités actuelles ne semblent pas pouvoir répondre à ces besoins. Si les Etats-Unis ont une proportion de couverture très supérieure au

1, Cf. Cassel, Skandinaviska Kreditaktetiebolaget, octobre 1926, The Shortage of gold,

minimum légal, nous verrons qu’elle n’est pas aussi exagérée qu’elle le paraît au premier abord et les Banques fédérales ne semblent pas disposées à laisser effectuer sur leurs réserves des prélèvements importants, que l'excédent de la balance commerciale américaine rend d’ailleurs assez improbables. La restauration ou l’adoption de l’étalon or dans de nombreux pays peut provoquer, en face de cette offre trop faible, un nouvel accroissement de la demande.

Aussi des mesures d’ordre international doiventelles être prévues dans le but d'économiser l’or, car une nation isolée ne pourrait pas lutter efficacement contre un phénomène mondial. Une première solution consisterait en la centralisation des réserves dans quelques grandes places financières qui joueraient, vis-à-vis des marchés moins importants, le rôle de dépositaires d’or. Certaines banques centrales, au lieu d’avoir une encaisse personnelle, laisseraient à la garde d’un Institut d'émission plus important le gage de leur papier-monnaie. Cette concentration de l’or permettrait à un stock métallique égal de supporter une circulation accrue. Des billets pourraient être émis sans autre couverture qu’une certaine proportion de devises étrangères. Une très large expansion des moyens de paiement serait ainsi rendue possible. Mais la situation des marchés sur lesquels l’or serait centralisé deviendrait trop avantageuse, et, en même temps, trop dangereuse au cas ou une crise obligerait un pays à réclamer le remboursement en or de toutes ses disponibilités à vuc sur l'étranger.

Au lieu d’une hiérarchie, c’est sans doute une collaboration des banques centrales qui sera réalisée. Un

L'OR ET LE CRÉDIT 7fil

organisme qui resserrerait les liens qui existent entre elles, tout en respectant leur indépendance, pourrait avoir sur la distribution et l’utilisation de l’or dans le monde une influence très heureuse. Les experts réunis pour fixer définitivement le montant de la dette de guerre de l'Allemagne, ont prévu la création d’un organisme financier chargé d’assurer la liaison entre le débiteur et les créanciers. Cette«Banque des Règlements Internationaux » se verrait en même temps attribuer un rôle plus large. Elle constituerait une chambre de compensation internationale et aurait à assurer de vastes mouvements de capitaux. Des transferts d’or seraient ainsi évités. Elle pourrait aussi contribuer à l’économie de ce métal par le maintien, sous forme de balances auprès d’elle, d’une partie des réserves des banques centrales. Cette possibilité luiest donnée au paragraphe 6 de l’annexe I du rapport des experts qui prévoit que

« La Banque pourra donc s’adonner à des opérations belles que les suivantes

1° Acheter et vendre de l’or en pièces ou en lingots, mettre de l’or sous dossier, pour le compte des banques centrales, et consentir aux banques centrales des avances contre garantie d’or. »

Une collaboration internationale pourra ainsi compléter l’action des Instituts d'émission en vue de sta-

biliser les prix.

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