CHAPITRE VIII
Les autorités bancaires n’ont pas atteint leur but lorsqu'elles ont modifié à leur gré le volume du crédit. Il faut que leur action se transmette au marché des marchandises, puisque ce sont les prix qu’elles veulent stabiliser.
On peut admettre :
Que les dépôts sont la contre-partie des prêts et placements faits par le système bancaire.
Que ces dépôts sont les seuls moyens de paiement dont le rôle soit actif dans la formation des prix — la monnaie les suivant et ne pouvant que renforcer leur action.
Ces deux propositions étant suffisamment exactes, il faut reconnaître que la banque centrale exerce sur le volume des moyens de paiement une influence particulièrement efficace. Elle peut donc les faire varier comme le volume des échanges. Mais il faudrait souscrire à la théorie quantitative dans toute sa rigueur pour en déduire que la stabilisation des prix sera dès lors réalisée.
Si l’attitude des particuliers restait la même, c’est-àdire si la vitesse de circulation tant de la monnaie V,
que des dépôts V’, était constante il en serait bien ainsi. Mais ce n’est pas ce qui se produit. Mr Hawtrey dans son livre Monelary Reconstruction, nous dit que cette vitesse varie dans le même sens que les moyens de paiement, et ne peut par conséquent que renforcer leur action. Il en est sans doute ainsi dans les mouvements de hausse ou de baisse spontanés. Les mêmes causes qui incitent les individus à développer leurs moyens de paiement les engagent à augmenter leurs dépenses dans une proportionencore plus forte, c’est-à-dire à élever leur vitesse de circulation. A la diminuer au contraire et à restreindre leur consommation dans une période de dépression, Ce sont les mêmes facteurs qui agissent dans le même sens sur M et sur V. Mais lorsque M dépend d’iniluences artificielles, lorsque la monnaie est dirigée, il n’y a plus de raison pour que V suive ces variations. Ce serait admettre que les individus prendront l’attitude la plus conforme aux désirs de la Banque Centrale. Il ne semble pas qu’il doive forcément en être ainsi, Il est au contraire à craindre que, au moment où des crédits seront accordés pour encourager une hausse, les dépôts ne soient pas employés à un rythme très accéléré si leurs possesseurs ne pensent pas que l’état du marché permette à cette hausse d'intervenir à bref délai. C’est ainsi qu’une baisse des prix peut avoir lieu sans une déflation correspondante comme le montre l'exemple de certains pays d'Europe ces dernières années. Nous avons déjà dit pourquoi une restriction des prêts doit avoir plus d'efficacité et qu’il est plus facile d’arrêter la hausse des prix que de la provoquer!.
1j, Cf. W. Mitchell, Business cycles, 1927.
L'influence des facteurs psychologiques sur les prix s’explique d'autant mieux que la formation de ceux-ci n'exige pas forcément l'existence de moyens de paiement. L’équation de l’échange suppose la simultanéité de trois ordres de phénomènes : accord sur un prix, paiement, livraison de biens ou accomplissement de services. Dans la réalité il n’y a pas simultanéité mais succession. Les biens sont le plus souvent échangés sans paiement, et il peut arriver que des paiements aient lieu avant l’échange des biens. Si, en général, un acheteur au détail paye au comptant un objet dont il prend ensuite possession, il en va autrement dans les transactions de gros. Or ce sont surtout celles-ci qui ont un rôle actif dans la formation des prix, les consommateurs se contentent de subir le cours fixé par le vendeur et de restreindre leurs achats lorsque leur revenu diminue. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que cet affaiblissement de la vente de détail provoquera une baisse du coût. de la vie. C’est ce que souligne le fait que l’indice de détail est beaucoup moins sensible que celui de gros. Les prix que celui-ci enregistre correspondent à des opérations dans lesquelles intervient d’abord la détermination du prix. Ce n’est qu’ensuite qu’aura lieu la livraison ou même la production, plus tard encore le paiement. Ainsi à chaque instant des règlements ont lieu pour des marchandises dont le prix est fixé depuis longtemps et des prix sont établis pour des commandes qui ne seront exécutées et payées qu’au bout d’un certain temps. Il en résulte d’abord que la préoccupation des crédits à obtenir ne limite pas complètement les producteurs auxquels un certain délai est laissé pour arranger le financement de leurs opéra-
tions et qui peuvent compter sur l’aide que leur apporteront des ventes accrues à des prix en hausse. Dès lors une élévation de P qui augmente la valeur des stocks devient la base d’une augmentation des moyens de paiement, de même d’ailleurs qu’une augmentation de T si elle n’est pas comyenséepar une baisse des prix. P et T sont ainsi le plus souvent, et automatiquement, des facteurs actifs de l’équation de l’échange.
Leur action psychologique qui, grâce à la succession des prix, des transactions et des paiements, peut jouer plus librement que nous ne l’avions admis jusqu’à présent, n’est pas non plus négligeable. La perspective d’une hausse des prix, est un élément de cette hausse qu'il est difficile d'annuler. La crainte d’une baisse semble presque impossible à combattre. L’attitude des individus peut donc contrarier l’action des banques centrales, à laquelle il leur est loisible d'échapper aussi bien comme consommateurs que comme producteurs.
L'emploi qui est fait du crédit présente à cet égard une importance primordiale. La technique capitalistique fait que les matériaux qui sont nécessaires à l’augmentation de la production ne peuvent être prêts qu'après un certain délait. Les commandes d'outillage assez longues à être livrées, font que l'offre des produits se trouve momentanément en retard sur l’augmentation du pouvoir d’achat mis à la disposition des consommateurs et en particulier des salariés. Cette construction de matériel aux dépens des objets de consommation provoque une hausse des prix. A l’inverse, la livraison de ce matériel va déterminer une baisse en augmentant