‹ La Stabilisation des Prix: L'Expérience des États-UnisChapitre 27 sur 43 · LES DIN DATI TNT · texte numérisé non relu

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prêts pour le compte d'autres

prêts pour le compte de banques de province

+... prêts pour leur propre compte

étrangères, et autres s'élèvent de 621 millions en décembre 1927 à 1 milliard 39 millions en décembre 1928;

La hausse du taux de l'intérêt a donc eu pour effet d’attirer sur le marché des valeurs des capitaux étrangers (c’est là un phénomène normal, dont nous avons parlé dans la premièr partie de cette étude) et en même temps des fonds de particuliers et de sociétés américaines qui généralement ne s’engagealent pas dans des opérations de banque mais qui ont trouvé profitable d'apporter à la spéculation le concours de leurs disponibilités, Cette aide a été rendue possible par un accroissement de la vitesse de circulation des dépôts en banque. Celle-ci, d’après Mr Randolph Burguess!, serait pour le dernier trimestre de 1928 supérieure de 25 % à ce qu’elle était dans les trois derniers mois de 1927. De telles mesures sont toujours difficiles à établir, mais il est, de toutes façons, indéniable qu’une partie du crédit à la spéculation est extérieur et constitue soit un apport de l'étranger soit du crédit destiné au commerce et détourné de sa destination primitive. C’est ce que reconnaît le Board « à la fin de l’année plus de la moitié des emprunts des Brokers du Stock Exchange consistait en prêts provenant de sources non bancaires ». Ainsi s'explique que le système de réserve ait perdu le contrôle du marché monnétaire.

Cette situation est d'autant plus dangereuse que l’aide ainsi apportée tend désormais à prendre la forme de prêts à vue? : les emprunteurs ne consentent à payer

1. Review of Economic Statistics, février 1929. 2. Cf. Burgess, Review of Economic statistics, février 129. The Money Market in 1928.

des taux d'intérêt élevés que pour des engagements à courte échéance, les prêteurs veulent garder à leurs fonds la plus grande liquidité possible pour pouvoir, en cas de panique, les enlever aussitôt du marché. Celui-ci se trouve de ce chef exposé à un retrait massif des crédits qui lui sont accordés. Une telle éventualité ne manquerait pas de provoquer une crise grave qui ne pourrait être évitée que grâce au concours des banques de réserve. Celles-ci s’efforceraient sans doute d’empêcher un effondrement, mais leur objectif est de réduire la spéculation qui présente de graves dangers pour le pays.

L’élévation des cours des valeurs a dépassé le niveau que devait lui assigner le développement des entreprises. Celles-ci cependant accroissent leurs ventes grâce aux bénéfices spéculatifs que réalisent les consommmateurs. La production se trouve ainsi artificiellement augmentée et les profits qui en résultent ne manquent pas à leur tour de stimuler la hausse des valeurs. Il y a là une chaîne sans fin et le rythme accéléré de ce mouvement ne pourrait que provoquer une crise éConomique profondet.

Celle-ci pourrait également se produire du fait que les disponibilités employées pour les opérations de bourse sont en définitive retirées au commerce et à l’industrie qui reçoivent moins que leur part dans les crédits accordés par les banques. En même temps la tension générale du loyer de l’argent accroit les prix de revient, d'autant plus que le taux d’intérêt est élevé non seulement pour les capitaux à court terme mais aussi pour

1. Cf. M. Jenny, Le Temps, 18 mars 1929, Les problèmes monétaires en Angleterre et aux Etats-Unis.

ceux plus longue échéance. Il faut noter à cet égard que la spéculation a affecté le marché des émissions. La hausse générale du taux de l'intérêt a contraint les entreprises à lancer, plutôt que des obligations, des actions, auxquelles le public réservait un accueil d’autant plus favorable que les perspectives de profit restaient satisfaisantes.

L’élévation du loyer de l’argent a eu une autre conséquence. Des capitaux étrangers se sont trouvés attirés à New-York, ce qui a provoqué une vive tension monétaire sur d’autres places. Il semble que celle de Londres ait été particulièrement éprouvée. La livre sterling s’est trouvée au-dessous du gold point desortie, et des expéditions d’or ont eu lieu vers les Etats-Unis. Pour sauvegarder une encaisse réduite, la Banque d'Angleterre a dû, le 7 février 1929, élever de 4,5 à 5,5 % le taux de son escompte, risquant ainside ralentir encore une activité économique en déclin. Cette hausse de Î %, qui n’a pas manqué de provoquer des plaintes dans les milieux industriels, ne semble d’ailleurs pas suffisante puisque, bien que le taux officiel soit de 5 % à New-York, les cours pratiqués sur le marché libre sont bien plus élevés.

Des considérations à la fois intérieures et extérieures invitaient donc le Federal Reserve Board à prendre des mesures énergiques contre le Stock Exchange

Une action d'ordre général sur le volume du crédit et le taux de l'intérêt était à écarter. Elle aurait lésé les intérêts des entreprises, contraintes de payer des taux prohibitifs pour des prêts qui leur étaient nécessaires. Une restriction générale du crédit aurait puavoir pour conséquence une crise économique, aggravée encore

par le fait que les disponibilités se seraient trouvées détournées vers les spéculateurs en bourse, qui auraient consenti plus facilement que les commerçants et les industriels à supporter la charge de l’intérêt élevé.

Il fallait recourir à une action spéciale sur les prêts aux Brokers, qui diminuât ceux-ci sans affecter les fonds destinés à des usages économiques sains. Le taux de l’escompte et les opérations sur le marché libre étaient une arme inefficace, aussi le Board,pour atteindre ce but,a-t-il pris des mesures qui devaient avoir sur le marché monétaire une action technique ou psychologique.

Une hausse du Call Money pouvait sans doute être

provoquée par les autorités bancaires, mais elle n’aurait pas arrêté la spéculation qui aurait trouvé des fonds, attirés précisément par ce taux avantageux, et ces nouveaux apports des particuliers ou de l'étranger auraient encore aggravé l'indépendance du Stock Exchange vis-à-vis du système de réserve.

Aussi une solution assez paradoxale a-t-elle pu être envisagée. Il s'agissait de favoriser le développement économique par une baisse générale du loyer de l’argent qui aurait en même temps éloigné de la Bourse les capitaux privés nationaux ou étrangers. Mais il en, serait sans doute résulté une hausse des cours des valeurs qui aurait attiré plus de fonds que la baisse du taux de l'intérêt n’en aurait éliminé.

Les Banques de réserve ont appliqué deux procéédés pour brimer la spéculation.

Le premier consistait à allouer un taux d'intérêt élevé aux dépôts en banque pour empêcher les clients de les retirer et de mettre leurs fonds à la disposition

des Brokers. Mais, pour ne pas éprouver de pertes, les banques auraient dû à leur tour n’accorder des crédits qu’à des conditions très onéreuses, soit aux entreprises, mais cela eût provoqué une tension du crédit commercial que le système de réserve veut éviter à tout prix soit aux Brokers, et c’est alors revenir au second procédé.

Celui-ci consisteà prélever une commi sion très élevée sur les prêts faits aux Brokers par l’intermédiaire d’une banque affiliée. Le taux net perçu par le particulier est ainsi réduit, tandis que celui payé par le spéculateur reste élevé. En même temps que la demande est réduite, l'offre se trouve diminuée et on obtient grâce à cette méthode deux influences du taux de l'intérêt, qui semblaient au premier abord s’exclure.

Les deux procédés qui viennent d’être indiqués peuvent d’ailleurs se combiner. Dès le mois d'août 1928 le système des réserves fédérales faisait appel à la collaboration du New-York Clearing House en vue, d’une part, de hausser le taux d'intérêt servi aux dépôts à terme et à vue, pour favoriser ce genre de placements, et d'autre part, d’élever les commissions sur les prêts destinés à la spéculation, afin de décourager les prêteurs.

À partir du 15 mars 1929 des mesures rigoureuses seront appliquées par les banques affiliées. Les prêts à vue accordés aux Brokers par les banques nationales et étrangères, les sociétés et les individus devront subir un prélèvement d'autant plus fort que le taux d'intérêt sera plus élevé. Ce taux sera ainsi réduit à 6 % net environ, au maximum.

Les taux de 6 ./° brut paieront une commission de 1 ,/° Ceux de 6à7°%, — 1, 50 ©}, Ceuxede emo — 3 o/° etc.

Une action très efficace pourrait ainsi être obtenue sur les prêts pour le compte des banques et pour le compte d’autres si les prêteurs consentaient à subir ce prélèvement. Ils se préoccuperont sans doute de l’éviter en apportant directement leurs fonds aux Brokers,

C’est à la même difficulté que doivent se heurter les mesures prises par certaines banques de réserve (Mineapolis, Dallas et Kansas, districts agricoles) qui refusent désormais le réescompte aux effets provenant de banques qui font des avances aux intermédiaires en Bourse. Les prêts faits de cette manière ne manqueront pas de diminuer mais tant que ce genre de placements demeurera attrayant et que les particuliers auront des fonds disponibles ils les mettront d’une manière ou d’une autre à la disposition du Stock Exchange.

Il semble que ces fonds existent à cause de la politique de crédit facile pratiquée par le système de réserve au cours de l’année 1927. D'ailleurs l’augmentation de la vitesse de circulation des dépôts permettrait toujours de financer les opérations sur valeurs. Celles-ci ne pourraient retrouver des proportions normales que si les spéculateurs revenaient à la sagesse et à la prudence,

Aussi les autorités bancaires n’ont-elles pas manqué de tenter une action psychologique. Une longue liste pourrait être dressée des avertissements aux spécuateurs. Les dirigeants du système, les directeurs des grandes banques, prennent la parole dans des réunions ou des congrès pour mettre en garde le pays contre les dangers que fait courir à son économie une spéculation boursière exagérée. Leurs discours sont d’autant moins

1. Cf. Lacour Gayet, Revue de Paris, 18° mai 1929. La spéculation en Amérique.

Filippi 9

suivis d’effet qu’il est clair qu’en cas de panique ils apporteraient leur aide aux Brockers pour éviter une crise qui aurait degravesrépercussions sur l’activité nationale.

A partir du mois de février 1929, ces avertissements se multiplient.

Le 7 février, communiqué du Federal Reserve Board.

16 février, communiqué du Federal Advisory Council.

24 février, lettre du gouverneur de la Banque de Reserve de Philadelphie.

27 février, lettre du Federal Reserve Board au sénat.

8 mars, déclarations pessimistes d’un des fondateurs du Federal Reserve System.

14 mars, le secrétaire du Trésor, Mr Mellon, déclare que le cours des actions est trop élevé et que le moment semble venu d’acheter des obligations.

15 mars, discours du Gouverneur du Federal Reserve Board faisant allusion à une hausse possible du taux de l’escompte.

18 mars, discours du Gouverneur de la Banque de Reserve de Boston.

4 avril, avertissement comminatoire du Federal Reserve Board.

Une crise très nette se produisit le 26 mars. Le taux des Call-Loans tomba de 20 à 59/,. Mais il suffit qu’un établissement de crédit annonçât qu’il mettait 25 millions de dollars à la disposition des Brokers pour ranimer le marché et relever le taux des prêts au jour le jour.

La hausse des cours peut trouver une raison d’être dans les perspectives favorables du développement économique. Mais il semble surtout que l’état d’esprit du public à l’égard des valeurs se soit modifié aux Etats- Unis comme dans le reste dumonde. Les actions ont gagné

dans sa faveur la place jadis réservée aux obligations. Il préfère être l'associé des entreprises plutôt que leur créancier afin de participer aux profits et aux plusvalues d’actif au lieu de recevoir un revenu fixe. L’esprit d'épargne semble avoir fait place dans une certaine mesure à l’esprit de spéculation et les événements ont donné raison à ceux qui avaient consenti à courir un risque.

Pour ce qui est des crédits indispensables pour mener à bien des transactions sans cesse élargies nous avons vu qu’il était difficile au système de réserve de les enlever aux Brokers puisque le contrôle du marché monétaire semble lui avoir échappé.

À moins que les autorités bancaires ne provoquent une tension générale du crédit qui aboutirait à une crise économique pire que le mal, la spéculation ne pourra prendre fin que si elle revient à une prudence qui semble pour le moment lui faire totalement défaut. Le nombre des spéculateurs s’est accru dans de très larges proportions, certains observateurs estiment qu’il a décuplé depuis 10 ans et atteint actuellement 10 millions. C’est dire combien il est vain d’attendre de la sagesse de leur part, et quelles graves répercussions aurait une baisse des cours.

Mais comme nous l'avons déjà dit le problème n'’intéresse pas seulement les capitalistes américains. L’élévation du loyer de l’argent aux Etats-Unis a provoqué une vive tension monétaire sur certains marchés financiers étrangers. C’est une manifestation particulièrement intéressante de la solidarité internationale dont on peut trouver une autre preuve dans les conséquences qu’à eu en Amérique la reconstruction monétaire de l’Europe.

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