CAUSES DÉ LA STABILITÉ DES PRIX
ressés des universités. Il en est résulté une activité qui a donné d’heureux résultats, et si les mouvements économiques ne peuvent pas toujours être prévus exactement, du moins le public est-il tenu au courant de leur développement.
Cette mise en lumière au profit de chaque entreprise de la vie économique de l’ensemble du pays a été certainement un élément de stabilité dans la marche des affaires. Elle permet en même temps à l’action psychologique des autorités bancaires de s'exercer sur des esprits éclairés qui comprennent toute la portée des avertissements qu’on leur adresse.
Les appels des dirigeants du système de réserve sont ainsi plus efficaces, et leur influence se trouve renforcée par le fait qu’ils peuvent être suivis de mesures techniques qui ne manqueraient pas d’avoir un effet certain sur le marché du crédit. Si ces mesures ne peuvent pas avoir sur le marché des marchandises une action mécanique aussi nette, elles modifient la manière de voir des commerçants et des industriels qu’elles incitent à développer, ou plus facilement, à restreindre leurs affaires.
Il semble donc que, si le système de réserve fédérale a maintenu le mouvement des prix dans les limites assez étroites et évité la fatalité des crises périodiques, ce soit grâce à des circonstances économiques et psychologiques favorables. Une organisation rationnelle de la production et de la consommation, la prudence des chefs d’entreprise, leur connaissance des phénomènes cycliques, tels semblent avoir, été les éléments qui ont favorisé aux Etats-Unis la politique des banques de réserve.
L'expérience des Etats-Unis vient renforcer notre assertion queles prix dépendent de facteurséconomiques sur lesquels les Instituts d'émission ont peu de prise. La production plus ou moins abondante des denrées agricoles et des matières premières, le niveau des salaires, qui dépend d'éléments politiques et sociaux, la charge des frais généraux, qui peut se trouver allégée par une organisation rationnelle des entreprises, ou alourdie par de nouveaux prélèvements fiscaux, sont autant d’influences que les prix doivent subir. Les facteurs non monétaires ne peuvent donc pas être négligés et l’action des ententes de producteurs et de l'Etat, entrepreneur de travaux publics, renforcera heureusement celle des banques centrales.
Même lorsque celles-ci contrôlent le volume des prêts, elles ne peuvent régir complètement le marché des marchandises. Pour peu que les usagers du crédit craignent une baisse des prix, ils restreindront leurs opé rations par une diminution de la vitesse de circulation de la monnaie et des dépôts, dont il sera impossible de les détourner. Si au contraire, ils envisagent une hausse, une augmentation de cette vitesse de circulation, une réduction de la période de production, l'usage du crédit
Filippi 10
commercial, l’encouragement de la demande par le crédit à la consommation, leur permettront, pour un temps, de développer leurs opérations malgré les autorités bancaires. Il est vraisemblable que celles-ci finiront par triompher d'un optimisme exagéré.
Encore faut-il pour cela que leur action sur le volume du crédit soit suffisamment puissante. Il est rare qu’une partie des banques ne puisse pas échapper à leur emprise, au moins dans une certaine mesure. Le faible volume des opérations sur le marché libre ne permet pas un contrôle suffisant de celui-ci, et tous les types de prêts ne subiront pas d’une manière identique l’influence de ces interventions. La structure du marché financier et l’organisation bancaire du pays, en tant qu’elles consacrent une dépendance plus ou moins grande par rapport à l’Institut d'émission, permettent une action plus ou moins efficace en vue de stabiliser les prix.
Une augmentation du volume du crédit est d’ailleurs presque impossible à obtenir dans une période de découragement, et les taux d'intérêt les plus réduits ne suffisent pas à provoquer les emprunts. Mais une certaine restriction est toujours possible dans une période de demande accrue, quand la plupart des établissements qui accordent des prêts, se trouvent dans l'obligation d’avoir recours à la banque centrale.
Comme l’action sur le prix, l’action sur le crédit semble incapable de renverser un mouvement de baisse, mais il est presque certain qu’elle peut toujours limiter et arrêter un développement exagéré des affaires. Cela s'explique d'autant mieux que les facteurs psychologiques, qui en définitive déterminent les mouvements
des prix, peuvent être plus facilement atteints dans un cas que dans l’autre. S'il est difficile d'encourager les baissiers à abandonner une prudente expectative et à entreprendre des opérations qu’ils craignent de voir se solder en perte, les haussiers seront sensibles à des mesures techniques qui ont pour effet d'élever le coût du crédit et qui pourront, à un moment donné, les priver des fonds qui leur sont nécessaires. Les profits qu’ils escomptent seront ainsi diminués. Ils leur apparaîtront, en même temps, moins sûrs, et leur confiance dans une hausse continue sera ébranlée.
Plus encore que mécanique et directe, l’action des banques centrales est donc psychologique et indirecte. Les avertissements qui peuvent être adressés au monde des affaires, les renseignements qui peuvent lui être communiqués sur la situation économique, renforceront encore cette influence.
Lorsque l'intervention des autorités bancaires est guidée par des indices de la situation économique, et non par l’état des réserves d’or, elle est de nature à limiter efficacement un mouvement exagéré de hausse des prix. Les dépressions seront par là même moins brusques et les mouvements cycliques pourront être atténués dans chaque pays.
Mais la politique de stabilisation pourra être contrariée par des influences extérieures. Entemps normal, des forces économiques tendent à maintenir une certaine uniformité ou au moins un certain équilibre, entre les niveaux des prix des différents pays. Un mouvement mondial de hausse ou de baisse exercerait une
attraction inévitable sur les prix d’un pays qui, isolé” ment, s’efforcerait de maintenir leur stabilité. Celle-c1
ne pourrait être conservée que grâce à l'instabilité des changes, qui n’aurait pas moins d’inconvénients. Pour éviter les crises économiques, une collaboration des principaux Instituts d'émission n’est donc pas mutile.
Elle est indispendabie lorsqu'il s’agit de combattre les mouvements séculaires. Le lien qui doit exister entre le développement de la production et celui des moyens de paiement exige que l’abondance de l'or ou sa rareté ne viennent pas permettre une inflation exagérée ou imposer une excessive déflation. Il s’est trouvé que la découverte des mines d’or a marché de pair avec le progrès matériel qui augmentait le volume des transactions. Rien ne garantit que cette heureuse concordance doive se maintenir. Peut-être sera-t-il nécessaire de «stériliser l’or », comme le firent les Banques de Réserve des Etats-Unis, plus probablement faudra-t-1l l’économiser. La surface du monde explorée, la découverte de nouveaux gisements semble problématique. La production de l’or ne pourra se développer que par des améliorations techniques dont l’effet reste limité et ne sera sans doute pas suffisant pour suivre le rythme du progrès économique général. Il sera donc nécessaire de couvrir des moyens de paiement accrus avec un stock métallique sans changement. Nous avons vu qu'une économie dans l’usage de l’or ne pourrait être obtenue que par la collaboration internationale. Celle-ci pourrait avoir lieu dans le cadre de la Banque des Règlements Internationaux. Les experts qui ont demandé la création de cet organisme s’expriment aïnsi à son sujet : (Il y a lieu d’espérer en particulier qu’elle deviendra un trait d'union toujours plus étroit et précieux dans la collaboration entre les banques centrales
en général, collaboration indispensable au maintien de la stabilité de la structure mondiale du crédit, » Son rôle sera de faciliter les mouvements non seulement de lor mais des capitaux Elle pourra transférer d’un pays à l’autre, par simple virement, de larges disponibilités et apporter ainsi à une nation dont la balance des comptes serait momentanément déficitaire, une aide particulièrement efficace. La répartition dans le monde des capitaux flottants deviendra ainsi moins anarchique et le marché international du crédit pourra, dans une certaine mesure, être régi par elle, car, comme n'importe quelle banque centrale, elle pourra faire varier le taux de ses avances et le montant de son portefeuille de titres et d'effets.
Le problème des prixstables, qui a guidé la politique des banques de réserve aux Etats-Unis, qui a relenu l'attention de la Société des Nations, semble donc s'être posé également aux experts réunis en vue d’un « règlement définitif et complet des réparations». Son importance est ainsi établie.
Notre pays ne pouvait rester indifférent à ce mouvement. La stabilité de notre change étant définitivement consacrée par la loi du 26 juin 1928, ne convenait-il pas d'établir également la stabilité de nos prix?
Les économistes français qui ont étudié le problème se sont généralement montrés sceptiques quant aux résultats que l’on peut atteindre d’une « monnaie dirigée ». Il est certain que la politique bancaire n’est pas une panacée universelle, Les mouvements du crédit