LE TONNEAU DES DANAÏDES
de NU" Sa nt, n'4 "ar NE à 4
Mars 1926.
La France perd sa Substance
Au cours du dernier débat financier, des orateurs de bonne foi ont encore tiré argument du chiffre élevé de nos exportations pour célébrer la prospérité du pays. J'ai rappelé, dans une courte intervention, que la balance commerciale ne fournit d’indications précises qu'’autant qu’on la calcule en or, c’est-à-dire en monnaie saine. J’ai ajouté que, lorsque le france se déprécie, la balance commerciale à une tendance naturelle à devenir créditrice. Un pays, dont la monnaïe s’avilit, voit toujours augmenter ses exportations; mais il aurait tort de s’en réjouir. Tout au contraire, c’est un signe d’appauvrissement et, si la chute de la monnaie s’accentue, le pays, peu à peu, se vide de sa propre substance.
Des protestations indignées se firent entendre aussitôt. Quoi ! vous voulez tarir nos exportations ? Vous voulez empêcher les étrangers de noùs apporter les devises étrangères dont nous avons besoin ? Que deviendraient nos villes d’eaux et Paris luimême, avec son commerce de luxe, si nous n’avions pas les étrangers ?
D'autres m’affirment que prétendre qu’un pays se vide de sa substance est une joyeuse plaisanterie. Notre sol ne produit-il pas, chaque année, des richesses nouvelles et inépuisables? Du moment que nous payons notre main-d'œuvre en francs, est-il possible que la France se ruine en vendant en francs?
Enfin un professeur en Sorbonne apporte le poids
de son autorité pour affirmer qu’un pays s’enrichit
toujours en exportant plus qu'il n’importe et qu'il.
est sot de prétendre le contraire. :
Tous mes correspondants et le professeur en Sorbonne ont raison, mais ils raisonnent comme en 1914, c’est-à-dire comme on doit raisonner lorsqu'on possède une monnaie stable. Ils ont tort, et je vais essayer de le prouver, lorsqu'il s’agit d’un pays
dont la monnaie se déprécie. Alors les calculs sont
faux et nous ressemblons à un commerçant qui achèterait avec une balance juste et vendraït avec une balance qui le tromperait.
Mais, tout d’abord, précisons bien la question. -
Quand on dit que le pays se vide de sa substance, il est bien entendu que ni ses champs, ni ses forêts, n1 ses usines ne passent la frontière. Nous conservons
évidemment nos moyens de production. Il s’agit des produits eux-mêmes, c’est-à-dire des fruits de notre
labeur. Il s’agit des stocks que ces produits constituent. Ce sont ces stocks qui passent la frontière ou qui sont consommés chez nous par des étrangers, sans que nous obtenions, en échange, l'équivalent total auquel nous avons droit.
Il est bien évident aussi que, jusqu'ici, nous ne perdons rien sur certaines industries de iuxe. Une robe de la rue de la Paix, par exemple, est vendue avec une marge justifiée par le goût du créateur et des exécutantes. Cette marge est assez grande pour ‘compenser la dépréciation de la monnaie. De même pour les appartements d’un palace. Ecartons donc tout ce qui, pour des raisons diverses, est vendu beaucoup plus cher que le prix de revient. |
Mais pour tout le reste, c’est-à-dire pour 90 % de notre production, la baisse de la monnaie nous cause un préjudice certain lorsque nous exportons. Et si je démontre que nous perdons en vendant à l’étranger, j'aurai du même coup démontré que nous perdons lorsque les étrangers viennent nous acheter sur place, car cela revient identiquement au même.
Prenons un exemple tout simple : celui d’un fabricant français qui à besoin de matières premières qu'il fait venir d'Angleterre. Il entre, dans chaque produit fabriqué par lui ,cinq kilogs d’une matière première qui coûte une livre sterling en Angleterre.
Supposons que la livre cote 80 francs.
A ces 80 francs de matières premières, ajoutons 20 francs de frais de fabrication et 10 franes de bénéfice. Le produit fabriqué est done vendu 110 francs.
À ce moment-là notre fabricant se procure 5 kgs de la matière première au même prix. Maïs le franc s’est déprécié et la livre vient à coter 130 francs.
Donc avec son prix de vente (110 francs) il n’a même pas de quoi racheter la matière première (130
maère est toujours une livre sterling. Il est 1 identique à ce qu’il était au moment de la 1e aiè - opération. ù Le fabricant français, dans l’ ou à ci-de que j’exagère pour le rendre plus saisissant, perdu ses frais de fabrication et son bénéfice Dira-t-on que la France n’a pas perdu des sa tance ? | rs Oh! je sais que 1’ on prétend qu’en exportant vendons au prix mondial, c’est-à-dire au prix qué sur es marchés rs
do dore les pe Il est .
tain que les compagnies : anglaises de Che
nous avons, même à ce prix très bas, la concurrence des autres industriels français qui, eux aussi, veulent exporter. C’est donc en fin de compte à notre prix intérieur que nous vendons à l’étranger et nous ne bénéficions pas de la prime alléchante du change.
Une Prime aux Etrangers
Je pense avoir démontré que c’est en fin de compte à notre prix ntérieur et non pas au prix mondial que nous vendons à l’étranger et que, dans ces conditions, nous ne bénéficions nullement de la prime alléchante du change. |
Ces explications deviendront claires si l’on se rappelle que, chaque fois qu’une monnaie se déprécie dans un pays, cette dépréciation est plus grande à l’extérieur qu'à l’intérieur. Une monnaie s’avilit plus vite à l’étranger que sur son propre territoire. Elle a deux valeurs : l’une à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, et cette dernière est moins grande que la première. IL existe entre ces deux valeurs un décalage de quelques mois qui est très gros de conséquences pour les nationaux.
Cet écart est d’autant plus grand que toutes les ‘nations malades commettent les mêmes fautes; on peut même affirmer que leurs efforts concourent à ce que l'écart reste aussi grand que possible. La législation sur les loyers, la politique des tarifs de nos chemins de fer retardent la hausse des prix inté-
rieurs qui restent au-dessous des prix mondiaux. | Donc l'écart, dès qu'il est bien établi, va constituer une prime pour les étrangers, et c’est notre pays qui en fait les frais.
Tout pays inflationniste reçoit ce que l’on appelle communément un coup de fouet à l’exportation, et ses industriels sont tout d’abord surpris de recevoir de nombreuses commandes. no
Il n’y a cependant aucune raison pour que brus-
quement nous fabriquions mieux ou meilleur marché.
Alors pourquoi pénétrerions-nous sur des marchés qui nous étaient fermés jusqu'ici ?
Notre outillage s’est-il modernisé du jour au lendemain ? Nos charges seraient-elles moins lourdes?
Non. C’est notre monnaie qui, en se dépréciant,
fausse nos calculs. Nous croyons faire un bénéfice. parce que nous encaissons un nombre toujours plus grand de francs. Maïs ces francs ont une valeur qui va en se rétrécissant comme la fameuse peau de cha-
grin. Nous perdons au lieu de gagner. Les industriels
qui tiennent leur comptabilité en or, seule monnaie.
internationale, ne tardent pas à s’en apercevoir. Une balance commerciale est tout naturellement favorable dans un pays dont la monnaie se déprécie. Un pays dont la monnaie s’avilit est considéré. comme un pestiféré par ses voisins, car les produce | teurs étrangers ne peuvent plus lutter contre sa concurrence, au moins momentanément. On réclame, à ce moment-là, des mesures de protection. EÆtesvous bien sûr que nulle part en Europe des indus- L2
triels n’ont demandé à leur gouvernement de les protéger contre la chute du franc?
S1 la baisse de la monnaie, en s’accentuant, favorise les exportations tout en faisant perdre de l’argent (en fin de compte) aux exportateurs, il est done désavantageux de vendre à l'étranger.
Il est done également désavantageux de vendre aux étrangers qui viennent sur notre territoire: que nous vendions à l'étranger, ou que les étrangers viennent consommer sur place, cela revient au même.
Ici encore, il faut s'entendre. Les campagnes xénophobes sont odieuses, et je serai le dernier à prétendre qu’il faut empêcher les étrangers de venir séjourner dans notre pays. Bien au contraire, notre pays ne pourrait pas vivre sans les touristes qui lui apportent chaque année les devises étrangères dont nous avons besoin, car il ne faut pas oublier que notre pays n’a le monopole d’aucune matière première. Nous ne possédons pas des puits de pétrole qui, aux Etats-Unis, sont une source inépuisable de prospérité, car c’est presque une rente que les pays dépourvus de matières premières paient, chaque année, aux pays détenteurs de cette fortune.
Mais la France, heureusement, a presque l’équivalent sous une autre forme. Ses beautés naturelles, ses merveilles artistiques, le charme de ses paysages attirent chaque année des milliers de touristes étrangers. La vue du Mont-Blanc est une source de devises étrangères aussi bien que la cure de Vichy, à Evian, ou le séjour à Paris. Sans cet apport
de devises étrangères, que deviendrait notre balance des paiements ?
Mais l’afflux des étrangers ne constitue une source
de richesses qu’autant que nous sommes sur un pied
d'égalité, au point de vue monétaire, avec le reste du. monde. Avant la guerre, plus nous avions de touristes et plus la France s’enrichissait. Maïs dès que notre monnaie, ayant perdu tout rapport avec l'or, à commencé à se déprécier, l’entrée des étrangers a cessé d’être une opération rémunératrice et, si la. chute de notre monnaie s’accentue, les étrangers, de plus en plus nombreux, seront une cause de pertes, puis de ruine.
L’afflux des étrangers est une source de nil pour notre pays, mais à condition que notre monnaie soit stabilisée, c’est-à-dire qu’elle soit à nouveau basée sur l’or.
Une monnaie de papier qui se déprécie conserve plus de valeur sur son propre territoire qu’elle n’en
garde à l'étranger. Lorsque notre france vaut X à
Londres, à Bruxelles, à New-York ou à Berlin, il se. trouve qu’il vaut chez nous X plus « quelque chose ».
Et ce « quelque chose » va attirer les étrangers … 4
comme une sorte de prime dont la France va faire les frais.
Si un certain nombre de florins couvre toutes les dépenses ordinaires d’un Hollandais pendant six
jours dans sa patrie, ce même nombre de florins, converti en francs et consommé en France, lui assurera | la même existence pendant dix jours peut-être.
Voulez-vous un autre exemple? Actuellement, la vie en France est équilibrée à peu près sur le cours de la livre à cent francs. Cela résulte de l’indice de cherté de vie.
Mais un Anglais, en échange d’une livre, peut se procurer 134 francs en Angleterre. Il obtiendra done chez nous, d’abord pour cent francs de marchandises comme n'importe quel Français, puis encore pour 34 francs de marchandises supplémentaires.
Dira-t-on que c’est un bénéfice pour notre pays que d'offrir une prime de 34 % à tout acheteur étranger ? |
Si tous ces phénomènes sont difficrles à saisir et surtout à expliquer, ils sont faciles à constater dans tous les pays dont la monnaie s’est dépréciée. Nous ne remonterons pas ici bien loin dans l’histoire, puisque l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la Russie, l'Allemagne, etc., en ont été le théâtre depuis la fin de la guerre.
Prenons l’exemple de l’Allemagne, car ïl est encore tout frais dans les mémoires, et comparons avec ce qui se passe chez nous.
En 1924, le franc avait encore un tiers de sa valeur.
Aujourd’hui, il ne vaut plus que 19 centimes. Il y a donc eu chute de 0,33 à 0,19 et pendant cette chute le décalage entre les prix intérieurs et les prix extérieurs a Joué contre notre pays.
ane
En Allemagne, après l’armistice, le mark avait.
eneore la moitié de sa valeur.
Un an après, le mark ne valait plus qu’un cinquié- : me. Il a subi une chute de 0.50 à 0.20 dans un laps de temps très voisin de celui qu'a mis notre franc
pour subir un même mouvement de dépréciation. I] a fallu ensuite quatre années pour que le mark
allemand perde ce dernier cinquième de sa valeur, 2
c’est-à-dire passe de 0.20 à O.
Au cours de cette dernière période l'Allèniene de été littéralement vidie de sa substance, soit par ses.
exportations, soit par les étrangers venus consommer sur place.
Qui fut un des premiers à voir le parti que la
France pouvait tirer de la dépréciation du mark? Ce fut un de nos généraux qui commandait sur le Rhin.
Dès le mois de janvier 1919 il proposa à notre gou- .
vernement de se fournir en Rhénanie de tous les … matériaux nécessaires à la reconstitution des régions
dévastées. Notre gouvernement ne voulut pas le suivre, mais les mercantis internationaux eurent moins
de scrupules et se chargèrent d’un pillage qu’il est
bon de rappeler.
KE Ce sont nos agents en Rhénanie qui vont nous renseigner. Je glane des informations au hasard. Ici, e’est un couple qui fait tous les jours le voyage de Sarrebruek à Nancy, emportant des valises pleines
de thermomètres médicaux qu'il achetait 20 sous et revendait 10 francs. Quelques mois plus tard, ce couple a un appartement somptueux à Mayence et roule . en automobile, Là, ce sont des mercantis britanniques qui raflent à vil prix toute la coutellerie de Solingen qu'ils revendent ensuite comme venant de Sheffield. Ailleurs ce sont des Suisses, des Hollandais, des Américains qui réalisent des profits analogues.
Veut-on avoir quelques précisions sur l’influence des étrangers consommant sur place ?
Certes, nul d’entre nous n’a perdu le souvenir de la crise monétaire en Autriche et en Allemagne. On se souvient que la vie était alors si bon marché pour les étrangers que nombre de Français se rendirent en Rhénanie ou en Autriche pour y passer leurs vacances. On n’a pas perdu la mémoire des récits qu'ils nous firent des prix extraordinairement avan- tageux qui étaient pratiqués dans ces pays.
J'ai, sous les yeux, le livre de comptes tenu par une famille française qui a vécu en Allemagne de 1919 à 1924. Il est tenu en francs français que nos compatriotes convertissaient en marks au cours du jour. Si les Allemands encaissaient un nombre de marks toujours plus élevé et pouvaient ainsi croire qu'ils faisaient de brillantes affaires, veut-on savoir ee que représentait, en francs français, l’équivalent de ce qu'ils recevaient ?
Nos compatriotes avait loué une villa aux environs de Wiesbaden. La location leur coûta :
990 francs en 1920;
982 francs en 1921;
100 francs en 1922.
Pendant ce temps, le propriétaire touchait chaque année le même nombre de marks. |
Je lis, toujours dans le même livre de comptes, qu’un tapissier est venu installer la villa. IL recoit pour huit jours de travail et fournitures variées : 40 francs.
L'’auto est remisée dans un garage qui coûte 9 fr. par trimestre.
En 1919, un dîner en musique, su un grand hôtel de Na revenait à 1 fr. 90.
Notre famille, composée de sept personnes, couche dans un hôtel du Palatinat, y dîne et y prend son petit déjeuner le lendemain matin. Elle déjeune à midi dans le meilleur restaurant de Mayence. Toute cette « partie de plaisir » revient à 44 francs. é
Voici une garde-malade qui veille jour et nuit pour 1 fr. 40. i
Et une fillette prend pendant 2 mois des leçons
de piano à raison d’une heure par : semaine ; la note
totale s'élève à 9 francs.
Voulez-vous un aperçu de quelques prix:
2 lits avec sommiers ...... ur #70 francs 4 5 paires de chaussures .......... 65 francs 7 volumes de quatuors de Beetho- Font
ven (à 4 mains) . Re nn 1 grand piano à quêéue ...:.,.:.. L200 "rames
Pendant ce temps les commerçants ne voyaient qu’une chose: le nombre de marks qu'ils encais-
saient. Et comme leur chiffre d’affaires allait augmentant et que les acheteurs emplissaient leurs magasins, ils croyaient s'enrichir en vendant des objets le double du prix qu'ils avaient payé. On ne s’inquiétait pas de la dépréciation qu'avait, entre temps, subie la monnaie.
Est-ce tout ?
Non, car la ruée dura peu. Les boutiques pleines d’acheteurs se vidèrent de marchandises; les stocks s’épuisèrent. Alors on s’aperçut que l’avilissement du mark rendait impossible le réapprovisionnement en matières premières. Les prix allemands dépassèrent immédiatement les prix mondiaux et devinrent inabordables — surtout pour les Allemands.
On assiste dès lors à un renversement complet de la situation, et je donne ici un petit exemple qui va l’illustrer d’une manière étonnante :
Deux jeunes Américains avaient acheté en 1920 deux bicyclettes à l’usine Opel. L’une fut payée 100 francs, l’autre 120.
Ils roulèrent dessus pendant 4 ans et demi et les revendirent ensuite très usagées aux Allemands 600 francs les deux.
L'Allemagne se rendit compte du danger, mais
quand il était trop tard pour y parer.
Contre l’exportation désastreuse de ses marchan- … dises elle établit des droits de sortie très élevés. ; Les étrangers se virent confisquer leurs acquisitions en cas de non-déclaration. On déshabillait à la frontière ceux d’entre eux qui avaient revêtu les vêtements neufs qu'ils venaient d'acheter. Pour la eonsommation sur place, on établit un double prix, l’un pour les Allemands, l’autre pour les étrangers. Si je donne tous ces exemples, c’est pour prouver combien l’afflux des étrangers, qui est une source de richesse quand la monnaie est stable, peut devenir une cause de ruine rapide lorsque la monnaie se déprécie. | En sommes-nous là ? Certainement non, mais notre franc ne vaut plus que 19 centimes. Si nous le laissions glisser sur la pente, il est certain que nous constaterions chez nous le même désastre. = Pour le moment nous en sommes à la période … d’extase devant les flots de franc-papier que les étrangers déversent dans nos hôtels, nos restaurants et nos magasins. Mais quelques symptômes inquié-. : tants viennent de se révéler et il ne serait pas courageux de les taire car un pays comme le nôtre peut | et doit éviter les fautes commises par nos voisins. 5 Ces symptômes les voici : se On se rappelle qu’une grave crise économique a vi en Suisse. Les chômeurs bâlois vinrent vivre à bon compte dans la petite ville badoise de Lœrrach. | Or, on signale des chômeurs anglais dans quelques petites localités de la côte normande et même dans
LA FRANCE PERD SA SUBSTANCE 107 la banlieue de Paris. Mes compatriotes d’Annemasse, ville située à la frontière suisse, me disent que les Genevois raflent actuellement sur les stocks de leurs magasins au grand préjudice de la population locale.
L'été dernier les touristes étrangers furent beaucoup plus nombreux que d'habitude et ils appartenaient à des classes sociales qui d'ordinaire ne visitent pas notre pays. C'étaient des touristes aux moyens limités, tentés par les bas prix que l’on pratique en France lorsqu'on calcule en or. La plupart sortaient pour la première fois de chez eux et se montraient aussi exigeants que parcimonieux. On devinait qu'ils ne disposaient que d’un budget restreint. J’ai pu observer l’année dernière, à l’écart des grands courants de tourisme, dans de petites localités dépourvues de tout caractère original, des étrangers vivant très simplement dans des pensions modestes où ils ne dépensaient que le strict nécessaire. Ils obtenaient chez nous pour la même somme en or plus de satisfactions que dans leur propre pays. |
Est-ce l’avant-garde de cette invasion qui a submergé l'Allemagne ? |
La France serait impardonnable de ne pas parer au danger alors qu’il en est temps encore.
Mais la chose devient urgente, car si vous consultez nos tarifs de chemins de fer, si vous les comparez aux tarifs étrangers en vous aidant d’une cote des
changes, vous découvrirez comme moi cette petite
anomalie
Supposez qu’un habitant de Neuchâtel fasse le
voyage de Besançon aller et retour. Calculons tout en francs français.
Nous constaterons que ce voyage comporte 100
kilomètres en territoire suisse et 100 kilomètres en territoire français.
Les 100 kilomètres en territoire helvétique, notre ©
Suisse les fera en troisième classe et il déboursera 45 fr. 90.
Mais pour les 100 kilomètres français il ee les premières, car cela lui coûtera 23 fr. 10.
. C’est un fait ; un Suisse paie chez lui 0,53 par kilo-
mètre en troisième classe, et 0,36 chez nous en train
de luxe ; l’augmentation récente de 30 % a dimi-
tes
Le seul moyen d'éviter les désastres que je viens d'évoquer est de stabiliser la monnaie. Notre.pays ne peut pas rester seul en Europe avec une monnaie instable qui le place en complet désaccord avec le.
reste de l’univers. Il ne peut vivre avec des échanges
faussés, en plein désordre économique, livré à l’exploitation des profiteurs internationaux. \
Notre monnaie doit redevenir saine, € ’est-à- ne à
base d’or. L'Etat manque à l’une de ses obligations
les plus essentielles en ne nous fournissant pas une mesure stable des valeurs. Nous allons voir qu'il le
nué cet écart mais elle est loin de le foire disparaf- ne
peut si tous les Français sont d’accord pour le vouloir.
Depuis la guerre, notre franc est affligé d’une instabilité chronique. Il va perdant peu à peu de sa valeur. Toutes ces variations dans la valeur du franc sont une source de difficultés innombrables.
Et la persistance de la baisse entraîne une spoliation progressive de toute une partie de la population, notamment les rentiers, les retraités, les créanciers, les détenteurs de revenus fixes. En un mot, tous les porteurs de francs.
Aujourd’hui, je crois que personne ne nie sérieusement l’absolue nécessité d’une mesure fixe de la valeur. Chacun se rend compte que la moindre altération fausse l’équilibre des transactions, avantage les uns au détriment des autres. C’est, dans un sens comme dans l’autre, une nouvelle distribution arbitraire des richesses.
Il n’y a pas d'échange, pas de contrats possibles sans la stabilité de la monnaie.
Mais lorsqu'une monnaie comme notre franc à perdu déjà les 4/5 de sa valeur, est-il possible de sauver ce qui reste? Est-il possible de stabiliser ?
Ceux qui prétendent revaloriser le franc, c’est-àdire lui faire reconquérir une partie du terrain perdu, sont des hommes qui croient implicitement que la stabilisation est possible.
En effet, revaloriser le france, c’est tout d’abord arrêter sa chute. Arrêter sa chute, c’est Le stabiliser.
C’est donc la première étape indispensable à à l’ exéeution d’un programme aussi ambitieux.
Mais cet arrêt dans la chute, cette stabilisation, exige déjà un effort considérable pour la nation tout . entière. Depuis qu’on parle de revaloriser le frané . (e”*est-à-dire depuis l'armistice) cet effort n’a pas été tenté et le franc n’a pas cessé de descendre la pente.
D'autres affirment que la stabilisation est impossi-ble. Ils citent les exemples récents de l’Autriche, de. la Hongrie, de la Russie, de l'Allemagne. Une monnaïe qui se déprécie, disent-ils, doit aller fatalement à la catastrophe finale. :
Entre les premiers qui, sous prétexte de revalorisation, négligent de faire l'effort énergique pour stabiliser, et ceux qui veulent abandonner le franc. | | au sort du rouble ou du mark, doïvent se grosses tous ceux qui veulent sauver Le franc.
La Stabilisation c’est le Retour à Or
J'ai essayé de Fe que la France malade .
Bnancièrement pouvait et devait guérir.
Là-dessus, quelques-uns m'ont reproché de voir é dans la réforme monétaire le remède à tous nos … Maux. ne Je n'ai jamais dit une énormité pareïlle. Fr J’ai rappelé, au contraire, que la guerre ayant détruit un bon tiers de nos richesses, la France avait