‹ La stabilisation du francChapitre 13 sur 23 · IN · texte numérisé non relu

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un capital énorme à reconstituer. C’est donc le souci de la production qui doit dominer toute notre politique. |

Mais une autre conséquence de la guerre a été de briser notre monnaie. Depuis le 5 août 1914, nous n’avons plus de monnaie saine, et le désordre qui em est résulté augmente tous les jours. C’est un véritable cancer qui ronge notre économie nationale.

J'ai dit, et je le répète encore, qu'il est impossible de se remettre à l’ouvrage sans avoir, au préalable, stabilisé notre monnaie. On ne travaille pas avee une monnaie qui va se rétrécissant comme une peau de chagrin, pas plus qu’on ne construit un immeuble en se servant d’une mesure aus varierait tous les jours.

La stabilisation de la monnaie est le premier acte de tout redressement financier. On ne peut rien tenter de sérieux sans commencer par là. Notre histoire financière, depuis l’armistice, enregistre une série d'échecs simplement pour avoir méconnu cette vérité élémentaire.

À quoi sert de proclamer, comme nous le faisons, que la situation est désespérée? Toutes les lamentations dont s’accompagnent nos vains efforts de redresser notre situation ne nous grandissent certes pas aux yeux de l’étranger.

Voulons-nous oui ou non aboutir ? Si oui, profitant des expériences de nos voisins et, nous appuyant sur le simple bon sens, commençons par le commencement.

Un ami de notre pays (il nous en reste encore) me

disait dernièrement en récapitulant nos tentatives

mort-nées, que notre politique financière depuis

1918 lui rappelait l’histoire d’un ingénieur qui avait

édifié une série de constructions destinées à une. .

fabrication industrielle, mais sans calculer la force

motrice dont il aurait besoin. Comme lui, nous per- Fe

dons de vue le nervus rerum, cette forge motrice sans …

laquelle les usines les plus hardiment construites res.

RTS

tent inutilisables. La force motrice de l’édifice financier, c’est l’unité monétaire, c’est le france stable.

Faute de quoi tout s'écroule comme un château de nt

cartes.

Sans franc stable, nos recettes sont purement | nominales et ne SR à aucun de nos besoins financiers.

Sans franc stable, nos efforts pour équilibrer ! e. |

budget sont absolument inutiles.

Sans franc stable, c’est rêver que d'espérer con-

solider la dette flottante autrement que par une con trainte aveugle.

Commencons donc enfin par stabiliser la monnaie. Pour cela, il faut l’accord de tous les citoyens.

Il faut qu’on sache qu'il n'existe pas de france

socialiste, ou de franc radical, ou de franc blocnational, ou de franc conservateur. Il SA du france de tous les Français.

Nous ne sommes done pas devant un problème

politique, mais devant un problème technique et le plus urgent de tous ceux que nous avons à résoudre. |

Certes, l’idée progresse, mais il est encore nécessarlie de faire comprendre à tous en quoi consiste la stabilisation de la monnaie, précisément pour démontrer qu’elle est possible, $

Trop de gens s’imaginent encore qu’une monnaie

est fonction de la richesse du pays; que si un pays

est riche, il a une bonne monnaie; que notre monnaie traduit l’appauvrissement momentané dont nous souffrons, mais que, puisque la France est foncièrement riche, sa monnaïe ne tardera pas à remonter, etc.

Tous ces raisonnements fantaisistes peuvent se résumer dans cette formule: le franc, c’est l’action de la société « France ».

- Eh bien, tout cela, c’est encore du « bourrage de crâne ».

La monnaie n’a rien à voir avec la richesse intrin-

sèque d’un pays. Un pays très riche peut avoir une

mauvaise monnaie; un pays pauvre peut en avoir une excellente, comme la Suisse, par exemple, dont la situation économique est loin d’être brillante, et qui cependant possède une monnaie parfaite. Une monnaie n’a rien de commun avec l’action d’une société anonyme, qui monte si la société est prospère, qui baisse si la société est en perte. Une bonne monnaie ne varie pas. Elle est aujourd’hui ce qu’elle était hier, ce qu’elle sera demain. Car c’est

sur elle que sont basés les contrats dont la stricte . exécution exige que la monnaie reste fixe, qu’elle ait la même valeur à l’échéance, même lointaine, qu’au jour de la signature des contrats.

pe CES

La fixité qui fait la bonne monnaie tient uniquement à ce qu’elle repose sur l’or, qui est l’étalon valeur. |

Un billet de banque n’est de la bonne monnaie qu’autant qu'il peut être échangé contre une certaine quantité d’or.

Tant que cette condition est réalisée, le Hier. ne varie pas, quel que soit le degré de prospérité du pays. C'était le cas du france en 1914, dont la valeur était fixe et ne dépendait ni de la balance commerciale, ni de la balance des paiements. F

C’est au moment où il y a divorce entre le billet et l’or, que la monnaie devient un papier soumis à l’offre et à la demande, objet de spéculation, variant en plus et en moins suivant le degré de prospérité du. pays émetteur.

La stabilisation de la monnaie : c’est Le retour à. l’or.

Les explications que je donne ici sur la stabilisation de la monnaie font certainement sourire les imi-

tiés. Ils trouveront que je simplifie trop le problème, ou peut-être que je ne précise pas suffisamment son côté technique.

Mais sur une aussi grave question, ce sont les notions élémentaires qui sont surtout perdues de vue. Les visites que je reçois, les lettres que l’on m'adresse m'obligent à faire pleuvoir quelques vérités premières.

Au surplus, les techniciens ne sont pas obligés de me lire.

Voici donc le compte rendu fidèle d’une conversation que je viens d’avoir avec un gros commerçant parisien.

— Certes, je suis pour la stabilisation de la monnaie, me dit-il, mais je redoute le bouleversement qu’elle entraînera à coup sûr.

— Bouleversement ? Dites crise économique. Il est certain qu’elle s'accompagne toujours d’une cerise d'autant plus grave qu’on attend plus longtemps. Mais c’est une crise de santé

— Ce n’est pas cela qui m’effraie, me répondit-il, mais j'ai peur du bouleversement dans nos habitudes.

— Oui, il va falloir estampiller les billets ou les échanger contre d’autres billets. On ne s’y reconnaîtra plus.

— Où avez-vous vu cela? Les billets stabilisés seront Aude aux anciens et en aussi grand nombre qu'eux. Il n’est question ni d’estampiller, ni. d'échanger les billets existants. ; — ÂAlors, où est l’avantage de la stabilisation? : — Simplement en ceci: la valeur de vos billets ne changera plus, ils ne continueront plus à se dépré- : cier. En somme on stabilisera les prix. La hausse constante du prix de la vie ne se produira plus. — Comment ferez-vous ?

—— En 1914, les prix n'’étaient-ils pas stables? Notre frane de 1914 variait-il tous les jours? — Certes non, mais en 1914 nous étions riches. — Ce n’est pas pour cela que le franc était stable. C’est parce qu’il était solidement amarré à l’or. Contre un billet de cent francs vous pouviez toujours | obtenir cinq louis d’or et réciproquement. C’est pour cela qu'on écrivait sur tous les billets : « payables en espèces, à vue et au porteur ». D'ailleurs on n’a pas cessé d'inscrire cette mention, même depuis que les us billets ne sont plus échahecdbles coùtre de l? OT, c’est-à-dire depuis le « cours forcé » institué le a. août 1914. 3 — Revenir à l’or ? Maïs c’est impossible, nous n’en avons plus. | ne — Pardon, il en reste heureusement encore. .

—- Oui, mais pas pour nos cinquante milliards de billets. Vous oubliez qu’en 1914, nous n’avions que six milliards de billets en circulation. :

— D'accord. L’inflation nous a fait passer de 6

milliards à 53 milliards de billets, e’est parfaitement exact. Ceci n’empêche que si nous voulons stabiliser nos billets, il faut absolument qu'ils soient à nouveau échangeables contre de l’or. Evidemment on ne pourra pas en donner autant qu'autrefois.

À ces mots mon interlocuteur resta songeur un instant, puis il éclata :

: — Mais c’est la faillite que vous nous proposez là !

— Faillite? Quel gros mot! Faillite, parce qu'on ne pourra pas vous donner autant d’or qu'autrefois. Et que vous donne-t-on aujourd’hui en échange de vos beaux billets neufs ?

— Rien.

— Alors, si on vous donne quelque chose, au lieu de vous donner rien, vous direz que c’est la faillite ?

Mon homme ne s’avoua pas battu. Il reprit bientôt :

— Elle est bonne, votre stabilisation. Comme si nous pouvions décréter demain que le franc vaut moins d’or qu'autrefois. Que diraïent les étrangers ?

— Et que disent-ils aujourd’hui qu’on ne leur donne rien du tout ?

—— Nous serions donc libres de changer la valeur du franc? Sans nous entendre avec les étrangers ?

Et voilà ce que bien des gens pensent encore.

Ils oublient que la question de la monnaie ne regarde que nous autres Français. Il nous plaît d’appeler franc une quelconque quantité d’or, comme les Anglais appellent « livre » la quantité d’or

qu’il leur plaît. Les Américains donnent à leur dollar le poids d’or qui leur convient ; ainsi font les Italiens de la lire, les Espagnols de la peseta, les Hollandais de leur florin, etc.

Et lorsque toutes les monnaies sont saïnes, c’est-àdire échangeables contre leur poids d’or, il suffit de comparer les poids et les alliages pour en faire l’échange.

En somme, chaque pays est libre d’avoir la monnaie qui lui plaît, sans consulter ses voisins.

Et les voisins prennent notre monnaie, comme

nous prenons la leur: pour le poids d’or fin qu’elle renferme.

Sauf, c’est le cas du frane d'aujourd'hui, lorsqu'il n’en contient plus du tout. Alors c’est la loi de l’offre et de la demande, c’est la spéculation... c’est l'instabilité monétaire avec tous les maux et désordres qu’elle entraîne.

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Nous renvoyons à l’histoire monétaire de notre pays ceux qui sont choqués par l’idée que notre franc stabilisé contiendra moins d’or que celui que nous possédions avant la guerre.

Ils verront que notre franc de 1914, dont nous étions fiers, n’était cependant qu’un petit disque en argent pesant 5 grammes, alors que son arriêreorand’mère, la livre carolingienne, ainsi appelée

parce qu'elle pesait une livre de l’époque, se composait de 408 grammes d'argent.

Passer de 408 grammes à 5 grâmmes, tel fut le sort du franc à travers les siècles. Chaque guerre ou révolution s’est traduite pour lui par des émissions de plus en plus faibles. La livre sterling vient, elle aussi, du même point de départ. Elle pèse encore 125 grammes aujourd'hui. É

Cette lente déchéance de la monnaie peut être représentée graphiquement par une ligne qui reste horizontale pendant de très longues années, puis s’abaisse brusquement à l’occasion d’une commotion sociale, pour redevenir horizontale jusqu’à la commotion suivante.

Notre monnaie fixée par la loi du 7 germinal an XI a subi, au cours de la guerre 1914-1918, et depuis, une dépréciation considérable qui, physiquement, a été cachée au pays. On a enfoui la bonne monnaie dans les caves de la Banque de France, tandis qu’on faisait passer de 6 à 58 milliards les billets qui la représentaient !

Stabiliser la monnaie, c’est refaire une monnaie saine, qui, certes, sera moins forte que celle de 1914, mais présentera à nouveau ce caractère de fixité qui est indispensable à la monnaie. ’

Stabiliser la monnaie, c’est l’amarrer une fois de plus à l’or, seul étalon international de la mesure des valeurs. C’est la rendre à nouveau, non pas invulnérable, le mot n’est pas assez fort, mais {nattaquable, car on n’attaque pas une monnaie saine,

basée sur l’or. Personne ne songerait à âttaquer le franc suisse ou le florin hollandais.

Stabiliser la monnaie, c’est la dissocier définitive-

ment du crédit de l'Etat. C’est lui rendre une valeur

propre, indépendante du sort plus ou moins brillant

du pays émetteur. C’est la soustraire au domaine de la spéculation...

Pour que cette réforme monétaire puisse s’accomplir sans bouleverser les habitudes de chacun, il est

indispensable de maintenir nos cinquante-trois miliards de billets en circulation.

Mais à chaque billet, il faut donner une nouvelle couverture métallique.

Comment la chose peut-elle se faire? |

D'abord écartons tout de suite l’idée que nous allons remettre de l’or en circulation. Hélas! il ne peut en être question avant longtemps. C'est à la

dernière étape de la stabilisation que la convertihi- -

lité des billets en or est assurée. + Mais la stabilisation des prix peut être ee :

aussitôt que chaque porteur d’un billet de banque x

pourra l'utiliser pour se procurer l’or (ou les devises valant de l’or) dont il a besoin pour régler ses achats à l'étranger.

En effet, si, toutes les fois que j’ai besoin de Fe pe

ou de dollars, je puis m’en procurer à un prix toujours le même, il est clair que le change est stabilisé.

‘Le change stabilisé a, pour conséquence, la stabilisation des prix intérieurs, ce qui revient à dire que la monnaie est stabilisée.

mt

La première chose à faire consiste donc à séparer très nettement le crédit de l’Etat de celui de la banque d'émission chargée d’émettre Les billets stabilisés. La banque d'émission doit être comme la femme de César, sinon le public pourra toujours craindre qu’elle n’ait des complaisances pour le Trésor en lui avançant de nouveaux billets. -

La banque d'émission doit émettre, sous sa seule

responsabilité, des billets qu’on peut convertir en or (ou en devises valant de l’or) pour tous les paiements à faire à l’étranger.

Est-il nécessaire de créer une nouvelle banque d’émission ?

Nullement. Nous en avons une dont le prestige universel n’est pas atteint, malgré la dureté de ces derniers temps. La Banque de France, heureusement pour notre pays, a conservé un crédit qui lui permet de jouer le premier rôle dans la stabilisation de la

monnaie française.

Le Rôle de la Banque d’Emission

Les deux maladies dont souffre notre monnaie par suite de l'inflation sont les suivantes :

1° Le cours forcé établi le 5 août 1914. Depuis ce jour fatal, notre monnaie a rompu ses amarres avec l’or. Celle loi a consacré le divorce du billet et du métal. Depuis ce jour, le billet, n’étant plus convertible, est devenu un effet moratorié, soumis aux. fluctuations de la spéculation universelle,

2° La confusion du crédit de l’Etat avec sonne de la Banque de France. sr En effet, examinons ensemble le bilan de la | que de France.

Dans la mesure où nous lisons juste, nous consta-

tons que sur une circulation de 53 milliards de bil-

lets (en chiffres ronds) les avances à l'Etat attei gnent 36 milliards. A joutons à ces avances celles qui

ont été consenties par l’Etat à des gouvernements

étrangers, soit 5 milliards environ. Au total : 41 mil- ds

liards de billets avancés à l’Etat sur un ensemble de 53 milliards émis par la Banque de France.

Ce qui revient à dire que, sur 53 milliards de billets émis, 41 milliards n’ont pour contre-partie qu’une promesse de l’Etat ; il va donc de soi qu’une monnaie pareille n’a pas de valeur propre.

En d’autres termes: un billet de cent francs se eompose pour vingt francs du crédit de la Banque de

France et pour quatre-vingts francs du crédit de

l’Etat. Pour les 4 cinquièmes de la valeur, il dépend uniquement du plus ou moins de confiance que l’on a dans la situation financière de l’Etat français.

Stabiliser le franc, c’est le dissocier au plus vite à du sort de l'Etat de manière à le soustraire à la spé- <ulation. so

Constatons encore que la Banque de France a une -encaisse métallique (or et argent) de 5.800 millions en chiffres ronds. Malheureusement 1.800 millions

sont à Londres, en garantie d'engagements de l’Etat et 1l est un peu puéril de les considérer encore comme faisant partie de notre patrimoine.

L'’encaisse métallique est done d’environ 4 milliards defrancs-or.

Mais si on réévaluait les 4 milliards d’encaisse, si, au lieu de les porter en compte pour leur valeur d'autrefois, on les portait en compte pour leur valeur d'aujourd'hui, ces 4 milliards d’encaisse deviendraient 24 milliards de nos francs actuels.

Une nouvelle loi pourrait donc autoriser la Banque de France à porter son encaisse métallique au chiffre de 24 milliards, laissant ainsi un bénéfice de 20 milliards qui serait porté au crédit de l'Etat.

Quelles seraient les conséquences de cette opération ?

Le compte d’avances de l’Etat serait ramené de 41 milliards à 21 milliards.

Les 53 milliards de billets seraient garantis par une encaisse de 24 milliards de francs, ce qui représenterait une couverture métallique de 46 % environ.

En utilisant le prêt Morgan et l’or qui se trouve encore dans le pays (1), et qu’il serait facile de faire racheter par l'Etat, on arriverait à une encaisse métallique certainement supérieure à 50 % des billets émis; ce qui permettrait la levée du « cours

(4) On le fait FAURE hui, mais toujours sans entreprendre la stabilisation.

forcé » 7 au moins pour les règlements Avec l'étranger. te

J'entends déjà les cris de tous les représenta S de l’école classique: « Toucher à la Banque de France ? Quel sacrilège ! » .

Qu'on me pardonne, mais il me semble que j ess au contraire de délivrer la Banque de France l’emprise de l'Etat, en lui rendant la totalité de : crédit. Et je prétends, en même temps, que l’occa- | sion paraît excellente pour rajeunir un peu ce te : institution. Elle date de Napoléon I”, comme notre code civil, comme notre administration.

Nous ne ferions, d’ailleurs, que suivre | exemple 5 de tous les pays où la banque d’émission a subi de retouches, en particulier depuis la guerre. Et, a surplus, la Banque de France ne subit-elle pas quel- … ques modifications à chaque renouvellement de son privilège ? o

Je pe donc ici nettement deux questions: £

bénéfices additionnés) al actuellement de 269 : mil lions de francs. N'’est-il pas très insuffisant par ra | port à son chiffre d'émission qui a passé de 6 à 53. Hs “

on le compare à celui des autres s hanqres d’é é sion ? | KES

tifiera-t-elle lorsque nous serons revenus à une monnaie saine ?

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