‹ La stabilisation du francChapitre 15 sur 23 · EG CES · texte numérisé non relu

EG CES

Et l’Etat, dites-vous. Quel remède apportait-il à cette situation ?

Aucun. Il avait oublié qu’une des attributions essentielles de sa souveraineté consiste à fournir au peuple une monnaie stable. Déjà Jésus-Christ s'était fait montrer une pièce de monnaie pour enseigner

qu’on doit obéissance à celui qui, par son sceau, … garantit l’instrument des échanges : #

L'Etat? Vous me croirez si vous voulez, mais pen-

dant des années il chercha quand même à équilibrer son budget malgré l'évidence qu’il n’y parviendrait

pas. Continuant à raisonner comme avant-guerre, il

ne se rendait pas compte que, du moment que la

monnaie perdait de sa valeur, il n’en aurait jamais assez pour payer ses dépenses qui, elles, ne dimis 7e

nuaient pas.

Le franc qui, avant guerre, valait 20 SOUS, n un valut plus que 18, puis 15, puis 12, puis 10. AQU | d’hui, il vaut un peu moins de 3 sous... |

Et l’histoire financière de cet Etat devint si ahurissante que je vous la résume. Vous pouvez vous en égayer, car il est bien entendu que cette histoire ne se passe pas chez nous.

Pour remplir le tonneau des Danaïdes, l'Etat fit

appel à tous les grands argentiers de bonne volonté.

Les premiers eurent recours à l’emprunt. C’est le procédé le plus commode pour se procurer de l’argent. Un beau jour, cependant, on s’aperçut qu’on avait immobilisé tout le fonds de roulement du pays. Comme la caisse était vide, il fallut trouver autre -Chose.

Les successeurs durent se rabattre sur les. impôts

et sous ce rapport dépensèrent des trésors d’imagination. Ce furent d’abord les impôts anciens qu’on augmenta, puis on en créa de nouveaux. Ils furent directs en premier lieu, indirects ensuite, Ils rentrèrent plus ou moins abondants, plus ou moins vite, mais la Caisse resta vide obstinément.

Dans un beau mouvement on imagina les impôts rétroactifs, mais la Caisse ne les conserva pas davantage.

Entre temps, comme la Caisse se vidait si vite qu’on avait à peine le temps de s’en apercevoir, on dut faire ce que font tous les gouvernements aux abois. L’inflation, pour l’appeler par son nom, donna quelques ressources spontanées. On la pratiqua seule, sans impôts, puis avec des impôts destinés à la résorber (?) La Caisse était toujours vide.

Et aujourd’hui l'Etat, réduit à la mendicité, songe à liquider les quelques immeubles qui restent dans son patrimoine.

Cette histoire est bien triste; elle a cependant un côté touchant.

Comme le dernier grand argentier, harcelé par ses fonctionnaires, s'était endormi, épuisé, auprès de sa caisse vide, il fit un beau rêve.

Oui, comme ces malheureux qui, ne pouvant payer leur boulanger, s’imaginent en songe qu'ils déposent

des mille et des cents à la Caisse d'épargne, notre grand argentier voyait sa caisse vide se remplir d’un seul coup jusqu’au bord. Mieux que ça, elle débordait. Et ces excédents débordants allaient alimenter une Caisse d'amortissement qu'il va créer demain !

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