‹ La stabilisation du francChapitre 17 sur 23 · C2 CES · texte numérisé non relu

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Depuis quelques mois, la spéculation internationale s’est retournée. Elle a jugé que l’arrivée d’un ministère d’union nationale allait rétablir la confiance, calmer les esprits, arrêter peut-être cette évasion de capitaux qui avait été le grand facteur de la baisse antérieure et que certains étrangers avaient si bien su exploiter. |

Elle à donc pris position à la hausse, timidement d’abord, puis résolument ensuite, dès qu’elle a constaté que, l’élan donné, le mouvement s’accélèrait et que le gouvernement lui-même escomptait une revalorisation de sa devise.

L'occasion était belle. De plus, une hausse de notre devise, outre les bénéfices qu’elle permettrait de réaliser, gênerait certainement, nos exportations :

tout pays à monnaie avariée étant considéré comme un pestiféré par les producteurs des pays voisins.

Mais, dira-t-on, quels sont les bénéfices que la. spéculation internationale peut réaliser à la hausse du france ?

Si un spéculateur étranger s’enrichit, il y a bien*-

quelqu ’urt qui subit une perte. Rien ne se perd, rien ne se crée. | |

Analysons l’opération :

Voici, par exemple, un Anglais qui met 1.000. livres au jeu. C’est dire qu’il les échange contre un certain nombre de francs. Il gardera ses francs jusqu’à ce que ceux-ci aient augmenté de valeur. À ce. moment-là, il les échangera contre des livres et 1l en aura 1.500 au lieu de mille.

Mais, qui paie les 500 livres qui constituent son

bénéfice ?

C’est la France, ce sont les Français. Car enfin,

ces 900 livres sortent bien de quelque part et nous.

ne les fabriquons pas. La Banque de France peut émettre des billets de banque ; mais ils ne doivent

pas porter la signature de la Banque d’Angleterre. |

Alors, c’est bien nous qui les payons.

Comment ? Par la baisse de toutes nos valeurs de Bourse, surtout et y compris les valeurs internationales libellées en or. Interrogez les hommes du métier. Ils vous diront que nos bonnes valeurs internationales sortent des portefeuilles français pour aller élire domicile dans les portefeuilles anglais, américains, hollandais, allemands.

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J'entends tout de suite la fine remarque que ne vont pas manquer de faire quelques augures: « Tant pis pour les porteurs de valeurs étrangères, tant pis s’ils trinquent. Ce sont de mauvais Français. »

Français, mes frères, qui parlez aussi légèrement, avez-vous oublié que notre pays, même avant la guerre, avait tous les ans une balance commerciale déficitaire ? Que voulez-vous ? C’est un fait : Nous achetions à l’étranger toujours plus que nous lui vendions, même au temps de notre grande prospérité.

Alors, pour compenser le déficit de notre balance commerciale, il fallait bien que quelque chose vienne s'ajouter à nos rentrées de l’extérieur. Ce quelque chose, c'était le revenu de notre portefeuille étranser. Nos avoirs à l’étranger atteignaient 45 milliards en 1914 et les revenus que nous en tirions (environ 2 milliards 700 millions) servaient justement à équilibrer notre balance des paiements.

Or la guerre a eu cette conséquence fâcheuse, qu'on oublie souvent, de faire fondre notre portefeuille étranger. De créanciers, nous sommes devenus débiteurs pour un nombre impressionnant de milliards.

Alors, pour équilibrer demain notre balance des paiements, il faut bien, coût que coûte, que nous parvenions à reconstituer nos avoirs àl’étranger. L'’effort accompli depuis l’armistice est aujourd’hui

compromis par la spéculation sur notre monnaie. Ce que nous avions refait est défait au profit de nos. créanciers. Je laisse à d’autres le soin de s’en réjouir. 7

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Une autre conséquence de l’énorme spéculation à la hausse qui vient de se poursuivre sur le franc, À c’est d’avoir permis au Trésor de s’approvisionner de devises. Non seulement il a pu reconstituer — dit-on — le fonds Morgän, mais il peut faire face aux plus prochaïnes échéances. En même temps, le Trésor paraît regorger de francs au point que nous sommes en mesure de rembourser la Banque de France. ie re

Ce miracle, hélas ! ne peut s'expliquer encore que par la spéculation à la hausse sur notre devise. :

Suivez-moi bien : voici un groupe de spéculateurs anglais qui déeide d’acheter cent millions de francs. Ne vos récriez pas. L'opération est courante et elle se fait souvent sur des sommes beaucoup plus considérables. | Hot.

Ces Anglais, pour acheter leurs cent millions de : francs, sont obligés d'offrir des livres sur le marché. Qui achète ces livres ? C’est le Trésor, directement. ou indirectement, et vous comprenez que plus il y à de spéculateurs, plus le Trésor s’approvisionne de devises. Voici nos Anglais en possession de leurs cent millions de francs. Qu'en feront-ils ? Ils les gardent jusqu’au jour où ils les revendront avec bénéfice.

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Mais, en attendant ce jour, il faut faire quelque chose de ces cent millions de francs. On ne peut vraiment pas les laisser improductifs. Les faire venir à Londres ? Pourquoi faire ? Avec cent millions de francs, à Londres, on est incapable de payer sa place en autobus, car les francs n’y ont pas cours et le conducteur n’accepte que des pennies. Alors on laisse les cent millions de francs en France en dépôt dans une banque ; et la banque, qui sait qu’on peut les lui redemander d’un instant à l’autre, se contente de les verser en compte-courant au Trésor.

Chaque spéculateur à la hausse fournit done am Trésor des devises étrangères d’abord, des francs ensuite. Si le Trésor emploie ces franes pour acheter de nouvelles devises, on voit l’engrenage.

Oui, mais lorsque le spéculateur voudra prendre son bénéfice ? Il réclamera ses franes à la banque, qui les réclamera au Trésor. Celui-ci devra ensuite décaisser ses livres. et quelques-unes de plus, puisque le spéculateur a réalisé un bénéfice.

On voit donc que la spéculation se fait en deux temps. Premier temps : le Trésor encaïsse des livres * et des franes. Second temps : le Trésor décaisse un plus grand nombre de livres et les mêmes francs. L'idéal serait que l’opération s’arrêtat après le premier temps. Maïs connaissez-vous beaucoup de spéculateurs assez désintéressés pour ne pas prendre: leur bénéfice ?

On s’est extasié sur l’abondance de notre Trésorerie, c’est le Pactole qui coule à pleins bords. Quel-

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ques esprits curieux et qui se refusent de croire aux miracles ont cherché la clé de l’énigme. La voici : le

Trésor achète des devises avec les franes que la gpéculation lui prête.

Que cette situation soit de tout repos... c’est une | î

autre affaire.

Que devient l'Equilibre du Budget?

Et le budget ?

On le discute en ce moment. Il va atteindre une quarantaine de milliards.

Le lecteur se rappelle qu’au moment où le france baissait, l’équilibre budgétaire n’était jamais atteint. On additionnait des recettes et des dépenses qui variaient selon la valeur du franc. L'équilibre n'existait que pendant une minute. Personne n’a perdu le souvenir de la longue procession des minis-

tres des Finances. Tous semblaient s’être donné le

mot pour dire : « Mon prédécesseur croyait avoir réalisé l’équilibre budgétaire. Hélas ! cet équilibre n'existait que sur le papier. Mais si vous consentiez encore à faire le petit effort que je vous demande, je vous promets qu'il serait le dernier ». C'était bien, en effet, le dernier effort, mais pour le ministre

seulement, car son successeur venait réclamer le sui- vant. Un jour, un grand argentier imagina de chan-.

ger la formule. Il proposa d’un seul coup le super-

équilibre du budget. Son ingéniosité fut couronnée du même insuccès.

Mais, si l’équilibre budgétaire est un mythe tant que la monnaie se déprécie, il va peut-être être réalisé sans difficultés avec un franc en pleine hausse ?

Ne nous y fions guère. Nos dépenses vont bien demeurer ce qu’elles sont, mais maintenant ce sont les recettes qui ne consentiront jamais à être à la hauteur des prévisions.

Jetons un coup d'œil sur quelques chapitres.

On attend 3.200 millions de la cédule des bénéfices industriels et commerciaux. J'entends cependant dire partout que l’activité économique se ralentit. Certains se réjouissent même de voir que les industriels et les commerçants vont perdre une partie des oros bénéfices qu'ils ont réalisés l’année dernière. Ce serait, pour eux, le commencement de la pénitence. Bien, maïs alors ne comptons pas qu'ils puissent payer les mêmes impositions que l’année passée !

On espère 2.4000 millions de l’impôt général sur le revenu. Iei, aussi, je crains des déceptions, puisque les impôts cédulaires rapporteront moins.

On escompte 7.851 millions de l’impôt sur le chiffre d’affaires. Cependant, ne lisons-nous pas que nous sommes à la veille d’une baisse importante de toutes les marchandises ? On achète peu en baisse et

surtout on achète moins cher. Si les prix diminuent, le chiffre d’affaires diminuera aussi et l’impôt sur le chiffre d’affaires sera bien forcé de suivre ce mouvement.

Un ralentissement de l’activité économique aura

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rons devant le Anse suivant :

Ou réduire nos M on amputera les ‘traite

ces des rentiers et des pensionnés.

Ou faire de l'inflation.

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‘On ne stabilise pas une monnaie de baisse, maient péremptroirement, il y à quelques mc adversaires de la stabilisation. |

Nous constatons qu’on ne stabilise pas dura ntag lorsque la monnaie est en hausse.

Alors, quand stabilise-t-on ?

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Français, accepterons-nous longtemps encore de vivre dans l'insécurité du change ?

C’est une plaie pour les industriels qui ne se préoccupent plus d’améliorer l’outillage ou les procédés de fabrication ; leur prix de revient devient impossible à établir. La seule préoccupation des hommes d’affaires consiste aujourd’hui à prévoir, tant bien que mal, Les variations de la monnaie de demain car elles apportent la fortune ou la ruine.

Plaie pour le commercant dont les achats les plus judicieusement étudiés peuvent tourner au désastre.

Plaie pour l’ouvrier dont le salaire doit subir des modifications constantes pour rester en rapport avec le prix de toutes choses. Il voit aussi s'éloigner les assurances sociales, aussi désirées que promises, puisque tous les calculs qu’elles impliquent reposant sur une monnaie qui n’est pas fixe, ne corresponderaient à aucune réalité.

Plaie pour les employés et les TRE car leurs traitement suivent moins facilement que les salaires les changements des prix de toutes choses.

Plaie pour le consommateur qui paie l’énorme prime d’assurance que perçoivent les industriels et les commerçants pour se garantir contre tous les aléas du change.

Plaie pour l’Etat qui ne peut plus calculer son budget.

Plaie pour l’épargne qui n’a plus de raison.

d'exister !

Dans ce mirage que crée le papier-monnaie, per-

er

sonne n’y voit plus clair car, devant des chiffres c brillants, on prend l’apparence pour la réalité. Ees

soubresauts de toutes les valeurs entraînent bientôt la masse et la fièvre du jeu s’empare de toutes les » classes sociales. Dans cette atmosphère malsaine,

l’honnêteté commerciale s’estompe tous les jours :

davantage. Un contrat ne s’exécute plus s'il est devenu défavorable.; on résilie ses engagements

pour cause d’imprévision !

Ne parlons plus des contrats de droit civil. Un 4 bail, un prêt, une hypothèque deviennent impossi- . bles, car c’est l’insécurité complète pour celui qu.

contracte. Ce qui paraît avantageux aujourd’hui

devient désastreux demain ; une convention accep- : table pour tout le monde ne tarde pas à être inique

pour l’un des contractants.

Il n’existe, et ne peut exister de sécurité économi-

que sans stabilisation de la valeur de notre monnaie.

Cette sécurité est réclamée par tous ceux qui tra

vaillent et qui épargnent. Seuls peuvent s’en plain- o

dre les agioteurs et les flibustiers.

Pour ces derniers, il faut que la stabilisation. | à

« éclate » et les consterne comme l'armistice

« éclata » et consterna les trafiquants de guerre.

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Et qu’on ne vienne pas nous dire que cette stabi=

lisation est impossible. Elle ne serait donc impossi-. *. ble qu’en France ? Et la France, seule, vivrait dans le désordre, alors que presque toutes les nations en. |

sont sorties ?

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