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en trois, en quatre, sa stabilisation sera périlleuse et peut-être illusoire.
Si vous n'avez pas réglé vos dettes interalliées, si le vaisseau de l'Etat ne peut pas repartir vers la mer libre, débarrassé d’une partie de ce lest qui le surcharge, si vous n'avez pas, par des amortissements et des conversions, supprimé une partie de ce poids excessif qui le fait donner de la bande, aucune solution satisfaisante ne sera possible. Quand le vaisseau aura franchi les passes, alors vous pourrez aborder la grave question de la ADS MONE si une autre solution n'est pas en vue.
Mais aujourd'hui, ce serait se résigner à la défaite quand il nous est permis d'espérer la victoire, au moins la victoire partielle. Nous ne prétendons pas que c'est demain ni après-demain que nous aurons libéré complètement le franc des poids morts qui le surchargent. Mais on peut, on doit même, quand on a la responsabilité gouvernementale, envisager cet aboutissement de nos efforts. Il ne faut pas dire à l'étranger que nous nous résignons à la dévalorisation ; il faut proclamer notre espoir d'assainissement monétaire.
Il faut affirmer devant le monde notre sentiment profond que, grâce à la richesse de la France métropolitaine et coloniale, grâce aux ressources infinies qu’elle ne doit cesser de développer, grâce à son amour du travail, à son esprit d'épargne, un jour viendra, nous l'espérons, où le franc, injustement déprécié, aura son éclatante revanche.
En attendant, que faire ? Se borner à la solution la plus efficace : réaliser une stabilisation de fait, avec tendance constante et opiniâtre vers la hausse. C'est ce que le Gouvernement s’est efforcé de IAire depuis qu'il est au pouvoir.
. Cette stabilisation, avec marche vers la hausse par paliers successifs, nous pouvons l'obtenir avec l’aide de
nos alliés qui, j'en suis convaincu, seimontreront, dans
le règlement des dettes, attentifs à ne pas compromet-
tre les résultats de notre patient effort. Nous pouvons
l'obtenir grâce à des emprunts à l'étranger comme cet
emprunt Morgan, qui nous est une garantie contre les
attaques de la spéculation.
Et ainsi, à travers sans doute de longues et lentes étapes, en évitant les crises douloureuses que provoquent les déflations trop rapides autant que les inflations excessives, la France poursuivra un grand et.
magnifique effort de redressement et parviendra à
rendre à notre monnaie une valeur intrinsèque, corres- …
pondant à ce que nous estimons tous être sa valeur réelle.
C’est là, messieurs, un programme national auquel, toute question théorique à part, nous devons tous, et d'un seul cœur, nous rallier. (Applaudissements.)
M, le Président. — [a parole est à M. Duboin.
M. Jacques Duboin. — Monsieur le ministre, vous venez de confirmer vos déclarations. Moi, je continue
mon discours, pour montrer tout simplement que cette instabilité monétaire que vous nous annoncez pour plu-
sieurs années créera un désordre permanent dans les finances et je vous démontrerai, de plus, que la tâche est impossible.
Je disais, au moment où j'ai été interrompu, que l'inflation provoque la hausse et que la déflation provoque la baisse. : ;
Nous allons voir quelles sont les répercussions de lae
hausse et de la baisse dans l’économie nationale.
Pour cela, il faut faire une petite distinction. Je vous ai tout à l'heure montré, monsieur le rapporteur général, qu'en cas de hausse, vous vous empresseriez d'acheter et que des millions de Français en feraient
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autant ; qu'en cas de baisse, vous vous empresseriez, au contraire, d'attendre, afin de bénéficier de cette baisse.
Voyons les choses de plus près, d'une façon un peu plus scientifique.
Il faut distinguer, monsieur le ministre des finances, votre industriel, autrement dit votre entrepreneur, et l'épargnant. Vous avez parlé des épargnants. Nous allons voir quel sort vous leur réservez avec votre déflation lente. Si vous estimez que vos 40 milliards de billets pourront être remplacés par 40 milliards d’or...
M. le ministre des finances et M. le rapporteur général. — Non ! non! :
M, Jeaques Duboin, — c'est-à-dire par plus d’or qu’il n’en existe dans le monde entier, la vie sera aussi chère. Ce ne sera plus le billet qui sera déprécié, ce sera l'or.
M. Roux-Freissineng. — Les billets auront disparu à
ce moment.
M. Jacques Duboin — Ils auront disparu, dites-vous? Mais qui donc les rendra ? Croyez-vous que chacun détienne des billets proportionnellement à sa fortune ? Je connais des millionnaires qui n’ont pas mille francs de monnaie. Ce sont là des sophismes qu'on raconte et qu'il faut dissiper.
Je reprends ma démonstration.
Voici un entrepreneur, la partie active du pays, et voici un épargnant. Il y a là deux groupes de gens qui travaillent ensemble. C'est la beauté et la justification du régime capitaliste, que d’avoir permis à l'entrepreneur de s'assurer la collaboration des épargnants. C'est ainsi que fonctionne notre régime capitaliste.
Dans les cas de hausse et de baisse, voyons ce qui se produira. L'entrepreneur est forcément emprunteur
d'argent. Le sien ne lui suffit pas. Il fait appel au crédit : c'est l'épargnant qui jouera le rôle de préteur.
Si l'entrepreneur croit à la hausse, c'est-à-dire à Ja : dépréciation de la monnaie, à l'inflation, il se doute | bien que tous les consommateurs — pour reprendre See l'expression dont se servait l'honorable rapporteur général — se hâteront de faire leurs achats, de multi us plier leurs demandes. L'entrepreneur. l'industriel pro duira donc le plus possible, pour gagner davantage.
C'est ce que nous avons vu en 1919 et 1920, au moment ar de la grande période d'inflation : on produisait de plus que l'on ne consommait. “
Si le producteur croit à la baisse — c'est-à-dire à. votre revalorisation, monsieur le ministre des finances — il sait que le consommateur, que tous les consommateurs vont s'abstenir et attendre. Il va donc ralentir . . sa production, c'est son intérêt indiscutable, et tant pis si la collectivité doit en pâtir.
Voici donc un risque nouveau qui surgit, que ee à bilité monétaire fait apparaître dans l’économie nationale. Risque nouveau pour l'entrepreneur d'abord, constamment sur le qui-vive et qui devient spéculateur malgré lui. ; fe
S’il.croit à la hausse, à l'inflation, il va se mettre à produire le plus LOS be : il fera appel au crédit, car la hausse espérée lui fournira des bénéfices exception- mnt nels. Il produira même plus qu'on ne consomme! Je vous le disais il y a un instant, nous avons vu cela en ; 1919 et en 1920.
S'il croit à la revalorisation du franc, monsieur le À ministre, c'est-à-dire à la baisse des prix, il ralentira Sa production pour ne pas subir de pertes. De
N'oubliez pas, messieurs, que l'entrepreneur, le commerçant, l'industriel, autrement dit toute la partie active de la population, sont obligés de posséder des. stocks ; les industriels, parce que leur fabrication Le